Thèse - Résumé

Marie-Hélène JEANNOTTE

Comment se dit-on auteur autochtone au Québec? Comment construit-on son autorité, à la fois comme auteur (digne de parole, de confiance, crédité pour prendre cette place privilégiée dans la diffusion des idées) et comme autochtone (légitimé à prendre cette place et cette parole au nom de ce groupe particulier, ou, plus simplement, en tant que membre de ce groupe)? En prenant le cas particulier de Bernard Assiniwi, considéré comme le premier auteur autochtone du Québec, cette thèse s’intéresse au discours et aux pratiques favorisant l’acquisition de la légitimité de se dire auteur autochtone, et d’agir comme tel. Les deux premiers chapitres visent à situer, d’une part, la notion d’auteur en regard des cultures autochtones (chapitre 1). Loin d’être absolue, la définition de l’auteur varie selon le point de vue culturel et historique. Entre les traditions littéraires occidentale et autochtone, des différences fondamentales apparaissent dans les conceptions de l’auteur et de la littérature. D’autre part, le chapitre 2 offre un état des lieux de la place des auteurs autochtones dans le champ littéraire entre 1971 et 2000 et analyse les rapports entre les auteurs autochtones et les supports, les lieux de publications, les genres littéraires occidentaux et l’édition québécoise. Le chapitre 3 retrace la trajectoire d’Assiniwi dans le champ littéraire et plus largement culturel au Québec en identifiant les moments-charnières : sa carrière de comédien, le « réveil » de son identité autochtone, ses débuts comme chercheur-historien et comme écrivain, jusqu’à sa reconnaissance comme chercheur (1992) puis comme auteur (1997). Les trois derniers chapitres analysent la figure d’auteur d’Assiniwi telle que construite dans son discours par rapport à trois axes. D’abord, l’identité autochtone (chapitre 4), est liée, chez Assiniwi, à la filiation, aux langues, à l’expérience du territoire et aux communautés autochtones. Ensuite, le savoir et l’histoire représentent pour l’auteur cri un véritable cheval de bataille. Il développe en ce sens un éthos combatif et engagé, cherchant à valoriser l’épistémé autochtone et à fournir un contre-discours devant l’historiographie allochtone, attisant la polémique (chapitre 5). Enfin, Assiniwi, l’écrivain, se positionne en début de carrière à contre-courant des normes littéraires occidentales. Toutefois, plus sa carrière avance, plus il se montre avide de reconnaissance. Il s’exprime de plus en plus sur le milieu littéraire (éditeurs, correcteurs, critiques, subventions, prix), proposant une lecture du milieu comme ethnocentriste et colonialiste.