Thèse - Résumé

Entre tradition et modernité : le chassé-croisé éditorial d'Albert Lévesque

Liette BERGERON

Albert Lévesque a été le président-directeur général de la Librairie d'Action canadienne-française et des Éditions Albert Lévesque pendant un peu plus de dix ans, soit d'avril 1926 à févier 1937. Sa maison d'édition fut la plus prestigieuse de cette période et, fait important à souligner, elle ne dépendait ni d'une institution religieuse, ni d'un parti politique. La raison de son prestige dans les milieux culturels canadiens-français fut qu'elle publia la plupart des écrivains de l'entre-deux-guerres. En fait, 119 auteurs ont publié des livres aux Éditions Albert Lévesque. De ceux-là, l'histoire a retenu entre autres les noms de Lionel Groulx, d'Edouard Montpetit et de Jean Bruchési alors que l'histoire littéraire a retenu plusieurs écrivains dont Jovette-Alice Bernier, Éva Senécal, Alfred DesRochers, Louis Dantin, Albert Pelletier et Emile Coderre (Jean Narrache). En littérature de jeunesse, Marie- Claire Daveluy et Maxine sont considérées aujourd'hui comme des pionnières.

On peut se demander de quelle façon ce PDG s'y est pris pour faire prospérer une entreprise qui a publié 241 titres et 38 rééditions et réimpressions dans près de 40 collections de roman, poésie, théâtre, essai et critique littéraire, entre autres. C'est en reconstituant différents aspects du travail éditorial de Lévesque, d'un point de vue bibliographique, sociologique et paratextuel, qu'apparaît l'apport novateur de ce jeune homme qui a jeté les bases de l'édition littéraire moderne au Québec. L'engagement nationaliste de Lévesque et sa vision dynamique du rôle des agents du champ littéraire ressortent des nombreux articles qu'il a écrits. L'adéquation et les écarts entre les affirmations de Lévesque et ses actions sont aussi exposés dans des chapitres qui traitent du fonctionnement interne de sa maison, de sa production et de ses stratégies de diffusion. L'étude diachronique de toutes ces facettes révèle un éditeur tiraillé entre, d'une part, une modernité éditoriale qu'il tente d'instaurer au Québec,à l'instar de son modèle Bernard Grasset en France et, d'autre part, une tradition idéologique et littéraire héritée de ses prédécesseurs.