Mémoire - Résumé

La construction de la posture aucto-éditoriale dans les mémoires d'éditeurs québécois

Valentina BLAGA

Désir de justification, de légitimation, besoin de laisser une trace, d’affirmer sa position dans le champ éditorial, peu importe la raison, depuis la deuxième moitié du XXe siècle, des éditeurs québécois, après de nombreuses années de labeur dans le domaine de la publication de livres, décident de coucher sur le papier leurs expériences, surtout professionnelles. En se mettant en scène, l’éditeur devient un auteur. Il est obligé d’adopter une nouvelle posture, une posture d’auteur, tout en gardant sa posture d’éditeur. Mais de quelle manière se construit-il comme auteur?

La posture auctoriale résulte d’un processus interactif auquel participent plusieurs agents, mais qui commence avec l’auteur et l’éditeur. Elle se construit par nombre d’indices posturaux qui se trouvent autant à l’extérieur de l’ouvrage de l’auteur que dans l’espace du livre. Le premier ordre d’indices concerne la dimension sociale (non-verbale) de la posture auctoriale : habillement, attitude lors des entrevues, présence physique sur les affiches publicitaires, etc. Le second ordre concerne la dimension rhétorique (verbale) de la posture qui se retrouve dans toutes les productions discursives de l’individu, notamment sa correspondance, ses archives, ses entrevues et, en ce qui a trait aux mémoires d’éditeurs, l’ensemble de courts textes qui accompagnent et complètent le texte principal (c’est-à-dire le péritexte) et le texte lui-même.

Chez Alain Stanké, Paul Michaud, Jacques Fortin, Victor-Lévy Beaulieu, Jacques Hébert, Alain Horic, Pierre Graveline et Marcel Broquet, la rédaction de leurs mémoires professionnels a été un moment marquant d’affirmation et une occasion de revenir sur leur expérience comme éditeur. Dans le cadre de leur récit personnel de carrière, ces mémorialistes se construisent donc en même temps une posture éditoriale.

Se croisent donc dans les mémoires d’éditeur la posture auctoriale et la posture éditoriale, macro-figure de l’énonciation que nous ne pouvons ni ignorer ni séparer de la première. La mise en œuvre de cette nouvelle posture aucto-éditoriale constitue l’objectif principal de la présente recherche.