Mémoire - Résumé

Le roman québécois contemporain dans l'édition française (1975-1998)

Sylvie MICHELON

La littérature québécoise a connu un engouement sans précédent dans les années soixante et soixante-dix auprès des critiques français, qui découvraient alors un corpus jeune et régénérant. Cette période prit fin avec la remise du prix Goncourt à Antonine Maillet pour Pélagie-la-Charrette, en 1979. Les années 1980 et 1990 allaient voir se succéder de nombreux écrivains sur la scène des lettres françaises, sans qu'aucun d'entre eux ne soit l'objet d'une réelle révélation outre-Atlantique. Les talents déjà consacrés allaient confirmer leur statut de représentants de cette littérature, d'autres ont réussi, ponctuellement, à s'attirer les faveurs de critiques influents. Ce mémoire a pour objectif majeur de mettre à jour la place qu'occupe le roman québécois intégré au champ éditorial français depuis 1975 d'une part, mais encore de définir l'horizon d'attente dont ce corpus est marqué.

La première partie de l'étude sera consacrée à ceux des auteurs qui ont publié un ou plusieurs de leurs romans dans l'Hexagone. Dans le premier chapitre, nous verrons qu'une publication à Paris équivaut pour un écrivain à une reconnaissance aux yeux de ses pairs. La ville lumière reste celle qui détient le pouvoir de consécration et de légitimation des oeuvres circulant dans le cadre de la francophonie. Pourtant, bien peu d'éditeurs prennent le risque d'inclure des titres et des auteurs de littératures dites « périphériques » au sein de leur catalogue. De fait, les politiques éditoriales propres à chaque maison divergent dès lors qu'il est question de productions romanesques de la « belle Province ». Ainsi, certaines privilégieront une prise de risque amoindrie en misant, à long terme, sur un ou deux noms seulement, d'autres favoriseront la diversité des écritures, quitte à ne publier qu'un titre de l'auteur en cas d'échec commercial. Nous verrons, dans le second chapitre, que les professionnels de l'édition québécoise ont su proposer à leurs auteurs des solutions palliatives quant à l'unique publication en France, comme celles que représentent les coéditions et les cessions de droits.

L'étude de la réception critique du roman composera la seconde partie du mémoire. Le troisième chapitre s'attachera en effet à déterminer la place occupée par la production romanesque québécoise, la teneur du discours critique dont elle est gratifiée et ceci dans deux périodiques, Le Monde des livres et Le Bulletin critique du livre français. Il apparaît bien malaisé pour le public lecteur de se représenter la littérature québécoise autrement que par le recours aux images générées par l'allusion au pays de production des oeuvres. Si quelques rares succès, plutôt épars (comme celui du Matou, d'Yves Beauchemin, dont nous allons traiter) permettent de présenter le fait littéraire québécois dans sa contemporanéité, la permanence des références à Maria Chapdelaine semble faire de ce roman le classique désigné d'un corpus encore méconnu. L'horizon d'attente de cette littérature fera l'objet du quatrième et dernier chapitre. Conscients des conséquences néfastes d'une vision passéiste quant à la diffusion de leur littérature, nombre d'acteurs du milieu littéraire, au Québec, s'appliqueront à la présenter dans sa modernité par le recours à la notion d'américanité. Celle-ci s'avère en effet être l'une des alternatives possibles relatives à l'appréhension, par le lecteur français, d'oeuvres qui lui sont familières par la langue d'écriture mais étrangères par les réalités qui les traversent.