De Rita Hayworth à « l'être en détresse » : le rôle de la photographie dans la construction de la figure de Gabrielle Roy

Marie-Ève RIEL

Parmi les études portant sur les stratégies d'écrivains et la fabrication de l'auteur, il est un sujet encore peu exploité: celui du rôle attribué à la photographie d'écrivain. Bien que l'on se soit intéressé à quelques écrivains européens, les études de cas québécois sont inconnues, mis à part un chapitre du livre de Pascal Brissette portant sur Émile Nelligan dans son ouvrage Nelligan dans tous ses états. Un mythe national. L'objectif général de ce mémoire consiste à montrer quels peuvent être les rôles de la photographie d'écrivain dans la construction d'une figure d'auteur du champ littéraire québécois. Dans un premier temps, il est question de l'évolution du statut de l'auteur en regard de la représentation physique de l'écrivain. Nous voyons à quel moment la photographie apparaît, au Québec, sur les livres. Puis, nous nous intéressons aux diverses modalités de la représentation physique contemporaine de l'auteur: de l'écrivain immortalisé dans un univers de représentations connues à la photographie qui prépare ou confirme la lecture d'une oeuvre. Dans un second temps, nous effectuons une étude de cas, celle de la figure d'auteure de Gabrielle Roy. En identifiant les effets induits sur la figure de l'écrivaine, nous étudions à quels moments et pourquoi ses éditeurs principaux, Beauchemin, Stanké et Boréal, ont choisi telle photographie plutôt qu'une autre pour accompagner un texte donné. Par l'étude de diverses sources telles la correspondance, la biographie de l'auteure, les témoignages de ses éditeurs, nous voyons également quels rapports Gabrielle Roy entretient, tout au long de sa carrière, avec son image et avec ses éditeurs.