Mémoire - Résumé

Les fuyards font les histoires : L’architecture utopique renversée comme modèle structural du récit d’évasion

Marie-Dominique BILLEQUEY

L’organisation sérielle, voire cellulaire, des espaces disciplinaires, dont Michel Foucault dans Surveiller et punir en démontrait la vision, met en scène l’obsession avec laquelle nos sociétés modernes organisent l’espace. C’est le philosophe utilitariste Jérémy Bentham qui a révolutionné la conception carcérale avec le panoptique et encouragé le triomphe de la surveillance et de l’identique.Perpétuellement sous les projecteurs aveuglants de la surveillance, l’individu se réfugie derrière un écran protecteur d’anesthésie sensorielle, ce qui glorifie une société homogène, contraire à l’émancipation d’un devenir original parce qu’incontrôlable. La conception architecturale de la prison (bétonnée ou sociale) doit être anticipative et prévoir le geste humain, l’orienter, l’éduquer, pour abolir la différence. De cette manière, la forme contrôle le fond.

Dans ce contexte, l’ordre détruit la narration, le récit stagne, se ponctue de verbes à l’infinitif et de séquences descriptives parce que sans pulsion, le récit est éjecté. L’étude des protagonistes appelés à affronter un espace carcéral dans plusieurs romans donne l’occasion de creuser la problématique de l’incarcération certes, surtout celle de son détournement, et permet de prendre la pleine mesure de son influence sur le récit. Cette analyse propose donc d’étudier la représentation panoptique dans le récit télévisé Prison Break de Paul Scheuring afin d’en saisir l’esthétique transgressive. Par la reconduite incessante, à l’extérieur comme à l’intérieur des murs, des thèmes de l’enfermement, de la perte d’identité, du pouvoir omniscient, la série développe l’idée du piège comme motif esthétique et dramatique. C’est par le corps-outil et l’esprit (anti-)utopiste que la transgression fait basculer le système de sens entre l’identique de l’architecture et l’unique de l’esprit.