Mémoire - Résumé

L'édition féministe au Québec, 1975-1990 : les Éditions de la Pleine Lune et les Éditions du Remue-Ménage

Isabelle BOISCLAIR

L'apparition de deux maisons féministes dans le champ éditorial québécois en 1975 et 1976 marque un moment crucial dans la diffusion de la parole des femmes. Des écrivaines peuvent désormais soumettre leurs manuscrits au jugement d'autres femmes. La question du pouvoir de l'éditeur, de l'éditrice est scrutée sous cet angle. Les orientations différentes que prennent les deux maisons soulèvent toutefois des questions : qu'est-ce que l'édition féministe? Le fait de publier des écrits de femmes? Ou le fait que la sélection des textes soit opérée par une (ou des) femme(s)? Par l'analyse du catalogue et des politiques éditoriales de deux maisons d'édition féministe, cette étude tente de répondre à ces questions.

La première partie du mémoire s'attarde aux événements qui ont présidé à la mise en place d'un contexte favorable et au développement de l'édition féministe. Le premier chapitre montre que deux facteurs ont été à la fois déterminants et adjuvants dans la fondation de maisons d'édition féministes : le Mouvement de libération des femmes, qui prend naissance à la fin des années soixante, et l'investissement des écrivaines dans la littérature féministe ou, vu sous un autre angle, l'investissement du féminisme dans la parole des écrivaines. Le deuxième chapitre fait un tour d'horizon de ce qui s'est passé avant et ailleurs en édition féministe. D'abord un coup d'oeil circulaire sur la France nous montre l'apparition des premiers périodiques, des premières collections et des maisons d'édition. Le même regard est ensuite jeté sur les entreprises québécoises similaires.

La seconde partie du mémoire s'intéresse à l'évolution de deux maisons d'édition féministes montréalaises, de 1975 à 1990, les Éditions de la Pleine Lune et les Éditions du Remue-Ménage. Les troisième et quatrième chapitres retracent l'histoire, les circonstances de fondation et présentent une analyse des politiques et stratégies éditoriales de chacune des deux maisons, ceci afin de bien situer les positions qu'elles occupent dans le champ éditorial. Le cinquième et dernier chapitre fait une synthèse des ressemblances et différences entre les deux maisons, notamment par une étude statistique des articles de réception critique dépouillés dans deux revues d'actualité littéraire et deux périodiques féministes, étude qui vient confirmer la sphère d'appartenance de chacune des deux maisons. L'analyse démontre que si le Remue-Ménage est bel et bien voué à la production et la diffusion de textes féministes, la Pleine Lune délaisse le créneau «littérature féministe» au milieu des années quatre-vingt pour devenir une maison d'édition littéraire au sens large.