La littérature sauvage / Literature Unbound

Objet central permettant de matérialiser la problématique de l’échange littéraire, le livre est également le symbole cristallisant les fonctions de chacun des acteurs de cette communication spécifique (de l’écrivain au lecteur en passant par les médiateurs indispensables que sont l’éditeur, le libraire ou le bibliothécaire). Pour autant, cet élément nodal de l’institution littéraire ne rend pas compte de la totalité des pratiques scripturales à visées esthétique et fictionnelle mises en circulation dans l’espace social. Le marché du livre n’accueille pas tout écrit : parce qu’ils en ont été écartés en raison de leur faible qualité ou de propos transgressifs, parce que leurs auteurs préfèrent investir d’autres voies, certains textes trouvent à se déployer sur des supports différents. Pressentant leur future proscription ou choisissant simplement d’entrer dans le jeu littéraire par une porte non-traditionnelle, plusieurs écrivains choisissent d’intégrer le monde des « littératures parallèles et sauvages », selon l’expression de Jacques Dubois, « c’est-à-dire celles qui ne participent d’aucun des réseaux [habituels] de production-diffusion, qui s’expriment de façon plus ou moins spontanée et se manifestent à travers des canaux de fortune » (Dubois, 2005 : 192). Les auteurs de ces productions alternatives se distinguent par leur capacité à développer des stratégies de communication efficaces, susceptibles de servir leurs propres intérêts tout en prenant, par résignation ou par provocation, les rouages de l’institution littéraire à contre-pied, fût-ce pour mieux donner l’occasion à cette dernière de se les réapproprier ultérieurement. C’est à cette problématique que le présent numéro de Mémoires du livre/Studies in book culture est consacré.

Dirigé par Denis Saint-Amand, le dossier est disponible à l’adresse suivante : https://www.erudit.org/fr/revues/memoires/2016-v8-n1-memoires02805/