INFOGRELQ 22

LES ÉDITIONS FIDES

ou la grande aventure éditoriale du père Paul-Aimé Martin

Dans le monde du livre au Québec, les Éditions Fides occupent une place à part. À la fois maison d’édition religieuse et entreprise commerciale, cette société a fait le pont entre la longue tradition cléricale du Canada français et le renouveau intellectuel du Québec de la seconde moitié du XXe siècle. Héritière des organisations de l’Action catholique mais aussi de l’édition professionnelle des années vingt et trente, Fides s’est distinguée des autres sociétés de publication à vocation religieuse en adoptant, dès sa fondation, les objectifs et les stratégies d’une maison littéraire et commerciale complète.

À Montréal en mars 1937, un jeune homme pénétré de l'esprit de la JEC (Jeunesse étudiante catholique) qui se destinait à la prêtrise, conçut l'idée d'une revue de documentation et de bibliographie afin de venir en aide aux jeunes étudiants dont on venait de constater l'indigence en matière de lecture. Ainsi la revue Mes Fiches prit naissance avec la collaboration des religieux du Scolasticat de Sainte-Croix et avec l'accord du supérieur de la maison qui était également l'aumônier de la Jeunesse étudiante catholique et l'oncle du jeune fondateur, le père Émile Deguirre. Cette initiative était conforme aux objectifs de la JEC et compatible avec les objectifs de la Congrégation de Sainte-Croix dont la principale mission était de nature éducative. Le jeune Paul-Aimé Martin, qui ne se sentait pas particulièrement doué pour l'enseignement - débouché naturel pour les prêtres de sa congrégation -, décida de consacrer toutes ses énergies à cette activité éditoriale qui connut rapidement une envergure inattendue.

Après avoir profité de la prospérité des années de guerre, puis résisté à la crise éditoriale qui en a découlé, les Éditions Fides connaissent un essor remarquable. Elles font l’acquisition d’une imprimerie, d’un hebdomadaire et de plusieurs librairies. Le capital symbolique accumulé, la notoriété de ses grandes collections et la réussite commerciale de l’entreprise - symbolisée, entre autres, par l’édification d’un grand immeuble sur le boulevard Dorchester -, font passer la maison au premier rang de l’industrie au cours des années soixante. L’entreprise se maintient au sommet grâce à la propagation d’ouvrages adaptés aux nouvelles demandes en littérature québécoise, en sciences humaines et en sciences religieuses. Puis les difficultés de la librairie et la crise générale de l’édition dans les années 1970 mettent un frein à cette expansion alors que le père Martin termine son mandat.

Dans un ouvrage qui vient de paraître, Jacques Michon relate les grandes étapes de cette évolution1. On découvre ici au moins deux histoires de la maison d'édition: celle qui découle de l'administration générale de l'entreprise et celle de sa direction intellectuelle. Ces deux aspects, concernant la réalité socio-économique de la maison et les choix idéologiques et culturels de l'éditeur, sont développés en parallèle. L'évolution de la première réalité permet d'éclairer les fluctuations de la seconde et de comprendre en particulier pourquoi certaines collections ont été créées puis d'autres abandonnées et pourquoi plusieurs auteurs sont disparus du catalogue alors que certains s'y sont maintenus pendant plus de 40 ans. Dans le domaine de l'édition, l'analyse de la production doit être menée de front avec l'étude des conditions matérielles d'existence du livre. Celles-ci sont elles-mêmes indissociables des luttes idéologiques, des conflits sociaux et des fluctuations économiques qui souvent en découlent, comme nous le voyons notamment dans les chapitres consacrés aux effets du rapport Bouchard et de la Révolution tranquille sur l’organisation du milieu du livre.

L’étonnante aventure éditoriale racontée dans ce livre s’inspire en grande partie des propos du père Martin lui-même qui a été directeur général de Fides de 1937 à 1978. C’est tout un pan de la culture du livre qui se révèle à nous et qui nous permet de découvrir, d’étape en étape, les grandes mutations qui ont marqué le monde du livre dans la deuxième moitié du siècle.

1 Jacques Michon, Fides, La grande aventure éditoriale du père Paul-Aimé Martin, Montréal, Fides, 1998, 387 p.

Centre Anne Hébert

Le Centre Anne Hébert, inauguré le 15 mai dernier à l’Université de Sherbrooke, est maintenant une réalité au Département des lettres et communications de la Faculté des lettres et sciences humaines.

Le Centre offre aux chercheurs une collection complète des oeuvres d’Anne Hébert, y compris leurs rééditions et leurs traductions. Sont aussi disponibles: tapuscrits non annotés; coupures de presse; communications de divers chercheurs présentées lors de colloques et symposiums; mémoires et thèses sur l’oeuvre; études sur l’auteure, articles parus dans les revues canadiennes et étrangères; enregistrements sonores d’entrevues canadiennes et européennes... Les manuscrits et tapuscrits annotés et autres documents d’archives sont déposés au Bureau des archives de l’Université de Sherbrooke et seront éventuellement accessibles. Au total, 1500 documents de toute nature sont disponibles.

Outre une salle de conférence, des espaces de travail pour quinze personnes environ et divers équipements, ce nouveau lieu de recherche dispose d’une banque de données et d’un catalogue informatisé. Grâce aux équipements informatiques, il est aussi possible d’accéder au catalogue du Service des bibliothèques de l’Université ainsi qu’à ceux des autres bibliothèques universitaires et de recherches au pays et dans le monde.

Cours et séminaire

À l’hiver 1999, Richard GIGUÈRE assumera la direction du séminaire sur L’Édition littéraire au Québec (LIT 747), tandis que Jacques MICHON reprendra son cours de premier cycle sur L’Édition québécoise au 20e siècle (LIT 550). Voir le site web du GRÉLQ, www.grelq.qc.ca (séminaires et microprogrammes), pour plus de détails concernant le contenu et les objectifs de ce cours et de ce séminaire.

SÉMINAIRES DE RECHERCHE DU GRÉLQ 1998-1999

  • Diana Cooper-Richet, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
    La librairie anglaise à Paris
    Lundi, le 21 septembre 1998
  • Jean-Yves Mollier, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
    Louis Hachette (1800-1864), le fondateur d’un empire
    Mardi, le 22 septembre 1998
  • Lucie LAMBERT, éditrice, Shawinigan et Vancouver
    Le livre d’artiste
    Mars 1999

Un programme plus complet sera disponible cet automne.
Les séminaires de recherche ont lieu à 13 h 30, à la salle du conseil (local A4- 166) de la Faculté des lettres et sciences humaines à l’Université de Sherbrooke.

Le Cercle du livre de France 1947-1959

Aïni Si Mohand a soutenu un mémoire de maîtrise consacré au Cercle du Livre de France (CLF), maison d’édition et club du livre. Dans un premier chapitre, l’auteur présente les circonstances historiques qui ont amené la création du club à New York en 1947, puis elle analyse ses modes de fonctionnement et ses stratégies commerciales et retrace l’itinéraire éditorial de son directeur littéraire, Pierre Tisseyre. Le deuxième chapitre s’intéresse à l’implantation du CLF à Montréal ainsi qu’aux autres clubs dirigés par Tisseyre qui se lance dans la publication de nouveautés canadiennes en 1949. Le troisième et dernier chapitre s’intéresse à la production des éditions du CLF, c’est-à-dire autant à la publication des oeuvres originales qu’à la réédition de livres français diffusés par le club au cours de ses douze premières années d’existence. Il s’agit ici, entre autres, de mesurer l’importance de la littérature québécoise par rapport à la littérature française dans le catalogue de la maison.

SI MOHAND, Aïni, «Le Cercle du Livre de France (1947-1959)», mémoire de maîtrise, Université de Sherbrooke, 14 mai 1998, 118 f. Directeur: Jacques Michon.

Publications

Dans Information scientifique et technique et communication écrite, actes du 11e colloque de bibliologie et 1er colloque bilatéral algéro-français (22-25 novembre 1992), sous la dir. de Robert Estivals, SBS, Paris, 1997, ont paru trois articles signés par des chercheurs du GRÉLQ: Yvan Cloutier, «Les nouvelles technologies de l’IST et les politiques de subventions des revues scientifiques» (p. 38-43); Pierre HÉBERT, avec la collaboration de Bill WINDER, «L’indexation d’une revue savante: le cas de Voix et images» (p. 89-106); et Jacques MICHON, «Les statistiques nationales sur l’édition au Canada, entre la culture et l’industrie» (p. 129-137).

Communications

À Vancouver, au colloque de la Société bibliographique du Canada, le 16 juillet 1998, Simone Vannucci a présenté une communication sur L’Almanach de Saint-François (1917-1949).

Au congrès annuel de la société SHARP qui se tenait cette année à l’Université Simon Fraser à Vancouver du 17 au 26 juillet, Jacques MICHON a présenté une communication intitulée «Un auteur et ses éditeurs au tournant du siècle: le cas de Pamphile Le May».

Pour sa part, le 26 mai, Pierre Hébert a participé au congrès de Groningue «Frontières flottantes, lieu et espace dans les cultures romanes dans l’Amérique du Nord» avec une communication intitulée «Censure, identité et exclusion: réflexion sur quelques cas dans l’histoire littéraire du Québec». Il a aussi présidé un atelier consacré à «L’espace canadien aux siècles passés I». Lors du même colloque, Jacques Michon a présidé un atelier intitulé «Espace et identité culturelle».

Suzanne Pouliot et Noëlle Sorin ont présenté une communication intitulée «Le discours éditorial sur la lecture des jeunes, de 1960 à 1980», lors du colloque du 66e congrès de l’ACFAS portant sur «Le champ littéraire de la jeunesse au carrefour de la recherche universitaire», qui se tenait à l’Université Laval, le 13 mai dernier. À ce même colloque, Louise MELANÇON a présenté «La contribution éditoriale des éditions Fides en littérature d’enfance et de jeunesse durant les années 1940».

Le 30 avril 1998, Pierre Hébert a présenté une communication intitulée «L’université en danger de censure» au PEN Club. Il a aussi participé à une table ronde sur «La liberté d’expression et la responsabilité». D’autre part, il a donné une conférence, à l’UQTR le 17 avril, ayant pour titre «La censure: état de la question».

La censure 1920-1960

Le numéro 68 de Voix et Images, consacré à la censure (1920-1960), vient de paraître; il a été préparé par Pierre HÉBERT. D’entrée de jeu, une lettre de Louis Dantin à Alfred DesRochers, présentée par Richard Giguère, donne un témoignage sur la censure religieuse au Québec dans les années 1920. On y trouve les articles suivants: «Sartre à Montréal en 1946: une censure en crise» par Yvan CLOUTIER; «‘Ces restes d’Inquisition...’ Littérature, édition et censure dans les correspondances d’écrivains de l’entre-deux-guerres au Québec» par Richard GIGUÈRE; «‘Où est l’univers concentrationnaire?’: Le Devoir et les paradigmes de la censure (1920-1960)» par Pierre HÉBERT; «Érotisme littéraire et censure: la révolution cachée» par Élise SALAÜN; et «L’humanisme intégral comme doctrine censoriale. La revue Lectures des éditions Fides (1946-1951)» par Nathalie VIENS. Une entrevue de Pierre HÉBERT avec Fulgence Carpentier (présentée par Marie-Pier LUNEAU) complète ce numéro qui se présente comme un complément utile au livre que Pierre Hébert a fait paraître dernièrement sur la censure au Québec, 1625-1919.

Documents reçus

  • À rayons ouverts (Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec), n° 42, avril-juin 1998. Présente entre autres, le projet de numérisation de 360 000 pages de monographies québécoises qui seront accessibles gratuitement par l’entremise du site de la BNQ ( www.biblinat.gouv.qc.ca ).
  • BIIB (Bulletin d’informations internationales de bibliologie) n° 24, 1998. Tiré à part de la revue de schématologie et de bibliologie Schéma et schématisation n° 48, 1998, p. 101-112. Nous y retrouvons, entre autres, un rapport de synthèse du 14e colloque international de l’AIB, qui a eu lieu à Rabat (Maroc) du 12 au 14 novembre 1997, signé par Robert Estivals, et «Quelques remarques sociologiques sur l’utilisation du courrier électronique», par Marie-Claude Vettraino-Soulard.
  • CADIOLI, Alberto, Le statut du texte et l’édition moderne, Milan, Éditions Arcipelago,1997, 68 p. Dans cet ouvrage, l’auteur aborde les sujets suivants: la transformation des éditeurs, des écrivains et des lecteurs; le statut des textes; et l’évolution du livre imprimé au livre électronique.
  • «La schématisation réticulaire», Schéma et Schématisation, n° 48, sous la dir. de Robert Estivals, Paris, 1998, 112 p.
  • ROUBAKINE, Nicolas, Introduction à la psychologie bibliologique - La psychologie de la création des livres, de leur distribution et circulation, de leur utilisation par les lecteurs, les écoles, les bibliothèques, les librairies, etc. Théorie et pratique. Préface de Robert Estivals. Avant-propos de Elena Savova. Sofia, réimpression réalisée par Graphique, 1998, 2 volumes, 600 p.
  • «Sony Labou Tansi», numéro spécial de Présence francophone, n° 52, 1998, présenté par Fernando Lambert et Josias Semujanga. Dans la section ‘L’Observatoire de l’édition’, Simone Vannucci fait paraître un article intitulé «L’édition franciscaine ou la littérature au service de la religion (p.143-162).
  • Schorlarly Publishing, vol. 29, n° 3, avril 1998, University of Toronto, 188 p.

Appel de communications

Histoire du livre et de l'édition au Canada

Dans le cadre du Congrès des sciences sociales et humaines qui aura lieu à Sherbrooke et Lennoxville du 2 au 13 juin 1999, le GRÉLQ (Groupe de recherche sur l’édition littéraire au Québec), l’AQÉI (Association québécoise pour l’étude de l’imprimé) et la Société bibliographique du Canada joignent leurs efforts pour organiser un colloque conjoint consacré à la bibliographie et à l’histoire du livre au Canada. Les personnes intéressées sont priées de faire parvenir toute proposition de communication, accompagnée d’un résumé d’une quinzaine de lignes, au plus tard le 31 décembre 1999, à l’une des personnes suivantes:

Prof. Peter F. McNally
École supérieure de bibliothéconomie et des sciences de l’information
Université McGill
3459, rue McTavish
Montréal, Qc, H3A 1Y1
MCNALLY@GSLIS.LAN.MCGILL.CA

Kenneth Landry
AQÉI
C.P. 92
Sherbrooke, Qc, J1H 5H5
Kenneth.Landry@creliq.ulaval.ca

Jacques Michon
Lettres et communications
Université de Sherbrooke
Sherbrooke, Qc, J1K 2R1
jmichon@courrier.usherb.ca

Bloc notes

  • Le 16 juin dernier, Julie BONNEAU a présenté son séminaire de mémoire sur «Le feuilleton littéraire dans la presse écrite québécoise: les cas de La Tribune, du Nouvelliste, de La Presse et du Devoir (1884-1975)».
  • À l’occasion de la Journée mondiale du livre, le 23 avril 1998, Louise MELANÇON a organisé une grande fête du livre à l’école primaire Saint-Esprit à Sherbrooke. Animation, exposition, causeries, foire du livre constituaient le programme de la journée. Une vitrine consacrée au livre québécois pour la jeunesse présentait quelque 70 ouvrages publiés de 1920 à 1965. Voir à ce propos La Tribune du mercredi 22 avril 1998, p. A9.
  • Pierre HÉBERT a rencontré les médias pour parler de son livre Censure et littérature au Québec - Le livre crucifié (1625-1919). Il a participé à une table ronde avec Jean-Claude Germain à CIBL le 23 novembre 1997; il est également intervenu à Tournée d’Amérique, Radio-Canada le 13 décembre 1997 et à Radio-Canada international le 13 janvier 1998.

Groupe de recherche sur l'édition littéraire au Québec
N’hésitez pas à visiter notre site web
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INFOGRÉLQ est publié par le Groupe de recherche sur l'édition littéraire au Québec (1982).
Dépôt légal - 3e trimestre 1998 - Bibliothèque nationale du Québec et du Canada ISSN 1188-4797

Direction: Jacques Michon
Coordination: Lynda Giroux
Infographie: Luc St-Jacques
 
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