Sandra Martel, Directrice Principale, Gestion d'actifs pour la Société Les ponts Jacques-Cartier et Champlain inc.

Bravo à tous les récipiendaires pour l’excellence de votre travail!

Je suis diplômée de génie civil de la 36e promotion. J’ai eu la chance d’étudier ici, et de travailler pour le groupe de recherche ISIS Canada qui était un groupe de recherche sur l’utilisation des matériaux composites et des senseurs optiques dans les structures de génie civil avec les professeurs Pierre Labossière et Kenneth Neale du Département de génie civil. À partir de ce moment, j’ai été piquée par la recherche et par l’innovation qui font en sorte qu’au quotidien, je cherche constamment à questionner, pousser et à aller plus loin.

Maintenant, j’occupe le poste de Directrice Principale, Gestion d’actifs pour la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain.  Les défis d’entretien auxquels nous faisons face sont nombreux et uniques.  Nous sommes dans un climat particulier, avec des sels de déglaçage à profusion, et des écarts de température pouvant aller de -40oC a +40oC. Notre défi : maintenir les ouvrages en bon état de fonctionnement tout en assurant la fluidité de la circulation.

Pour le pont Champlain, le défi est de plus en plus exigeant. Le pont est malheureusement arrivé à une fin de vie prématurée. Pourtant, lors de la construction de ce pont en 1962, les ingénieurs de l’époque vantaient la prouesse d’ingénierie réalisée de par le fait de sa conception originale et économique.  En effet, le concept était précurseur, audacieux, mais il a manqué à ces ingénieurs un élément important à inclure dans la conception : son entretien. 

Aujourd'hui, on ne peut remplacer les éléments du pont qui se sont détériorés comme on le fait pour le pont Jacques-Cartier ou Honore-Mercier. Ce sont des éléments extérieurs à la structure qui doivent être ajoutés pour assurer sa sécurité. D'ailleurs, je vous ai parlé de mon travail dans un groupe de recherche au Département de génie civil, et bien nous avons utilisé les mêmes fibres de carbone et les capteurs de fibre optique pour suivre le comportement du pont Champlain. Donc, les éléments innovateurs d’une époque sont devenus les erreurs majeures menant à la mise hors service du pont après seulement 55 ans de vie.  Il y a donc une grande leçon à tirer du pont Champlain : nous devons apprendre du passé, ne pas répéter les mêmes erreurs, et voir au-delà des besoins immédiats.  Les notions de développement durable utilisées aujourd'hui aident grandement à évaluer tous les aspects d’un projet, et à faire des choix qui traverseront le temps.

Ce que j’aimerais vous dire concernant le pont Jacques-Cartier, c’est un tout autre volet : en fait, je veux vous parler de ses valeurs sociales et patrimoniales. Le pont Jacques-Cartier est au cœur de deux quartiers de deux villes majeures : Montréal et Longueuil.  Les enjeux sont donc très différents du pont Champlain.  On parle de transport actif, on parle de sécurité sur et sous le pont, et on parle d’un ouvrage utilisé pour représenter Montréal dans le monde.

En 2017, on a fêté quelques événements importants, dont le 150e anniversaire de la confédération et le 375e anniversaire de Montréal.  Un des projets majeurs proposés a été la mise en lumière du pont.  En fait, ce pont fait rêver beaucoup de monde, et les artistes disaient vouloir mettre en valeur la structure qu’ils comparent à une dentelle.  Bien que nous ayons déjà songé à un tel projet dans le passé, Moment Factory et six autres firmes montréalaises reconnues dans le domaine de l’éclairage ont soumis un projet tout à fait unique pour la mise en lumière du pont Jacques-Cartier : l’idée est que le pont soit connecté et vibre au rythme des Montréalais. 

Avec le regroupement d’artistes, d’ingénieurs de plusieurs disciplines notamment en génie civil, environnement, génie électrique et informatique, le projet représente un exploit, surtout avec un délai très court de réalisation.  Les travaux ont été exécutés en 10 mois, incluant des travaux d’hiver.  Ce sont 10,4 km de câblage, 2 807 luminaires et plus ou moins 10 000 systèmes de fixation, sans compter la programmation, les capteurs d’informations et la production des capsules de mises en lumière qui ont été réalisés.

Alors, pour le mot de la fin, je tiens à mentionner qu’individuellement, on est de plus en plus exigeants, ce qui fait qu’en tant qu’ingénieurs, nous devons constamment trouver de nouvelles idées et de nouvelles solutions. Le travail des ingénieurs d’une discipline a un impact direct sur le travail des autres ingénieurs : on n’a qu’à penser aux transformations majeures qui vont venir avec la voiture autonome!  On a la chance de bâtir de nouveaux systèmes, matériaux, véhicules et ouvrages d’art intégrés à leur environnement, mais pour que tout ça ait du sens, on se doit de communiquer et travailler ensemble. 

Alors je vous invite à faire partie de ceux qui remettent en question le statu quo, qui apprennent des leçons du passé, qui écoutent les besoins actuels et envisagent les besoins futurs, qui travaillent en partenariat et qui visent l’excellence avec un seul but : améliorer notre qualité de vie collective. 

À tous, bonne chance pour cette fin de session, et surtout, meilleure des chances dans votre carrière!