Pas de conception sans les trois C

En tant qu’ingénieurs, ou futurs ingénieurs, notre rôle consiste à répondre à un besoin conceptuel en le rendant possible dans le monde physique, à concrétiser un rêve, une vision dans une arène où règnent les lois de la physique. Mais dans le monde « réel », on ne fait pas de la conception pour rien, sans but; que ce soit dans un cadre de recherche scientifique, des projets gouvernementaux, privés ou en génie conseil, notre conception est issue du besoin de quelqu’un, d’un donneur d’ouvrage pour ainsi dire. Cette conception, qui en fait est une tâche, est attribuée par quelqu’un d’autre, il faut se mériter la chance de la réaliser! Donc, en tant qu’ingénieur, quelles que soient les strates de notre pratique, nous sommes confrontés à ce que Jean-Paul Sartre appelait l’enfer : LES AUTRES !

Pourquoi donc, est-ce que ces autres, nous choisiraient nous, plutôt qu’un autre, pour effectuer cette mission ? Parce qu’on est le meilleur ? Le plus intelligent ? Le plus apte ? Non, non et non. Sans les trois C, vous ne pourrez même pas mettre de l’avant ces merveilleuses qualités qui vous permettront de vous réaliser professionnellement. Nos trois C se résument à trois termes de base :

  • Culture
  • Communication
  • Crédibilité

Malgré tout le cursus de notre parcours scolaire, il est une discipline qui n’est malheureusement guère enseignée et de moins en moins à mesure que l’on grimpe les échelons de la scolarité et c’est la culture. Le terme se défini philosophiquement par ce qui est acquis et non de l’inné, ce que l’on apprend en lisant les grands auteurs, la littérature, la musique, les arts, la poésie, les disciplines que l’ont dit « molles » parce que nous les humains, aimons bien dénigrer ce que l’on ne peut comprendre. Cette culture engendre dans l’esprit la naissance et la prolifération d’idées, de concepts qui s’agencent, d’un esprit critique, d’une personnalité qui sait s’affirmer et surtout, communiquer, notre deuxième C. Dans mon champ de pratique professionnelle, les mandats s’obtiennent en grande partie par notre capacité à démontrer notre savoir être qui lui nous mènera à démontrer notre savoir faire. C’est notre capacité d’exprimer nos idées clairement, de verbaliser nos concepts, notre aptitude à vendre notre point de vue, à inspirer confiance et leadership qui fait que les autres vous donneront l’opportunité de travailler, de réaliser des conceptions! Le savoir être permet et rend possible nos capacités relationnelles, notre intelligence émotionnelle qui bien souvent, nous guide plus justement dans nos décisions que ne le fait notre raison.

Finalement, cette capacité de communiquer et la chance de faire grandir vos aptitudes vous amènent au troisième C qui sera ce qui vous soutiendra tout au long de votre carrière : la crédibilité. Warren Buffet l’a très bien résumé : « Sans réputation, sans crédibilité, nous ne sommes rien ». La crédibilité est la manifestation de la confiance des autres, la reconnaissance qu’autrui croit en nous et en nos aptitudes et nous permet de manifester notre savoir faire. Toutefois, la crédibilité est complexe; elle est subjective, les critères varient selon les personnes (les critères d’un monteur d’acier ne sont pas les mêmes que ceux d’un architecte), elle est fluctuante, culturelle, circonstancielle! Bref, elle est à travailler tout au long de votre vie personnelle et profesionnnelle.

Finalement, le savoir être, qui à mon esprit est aussi sinon plus important que le savoir faire, passe par des valeurs. Ce sont ces valeurs qui vous définiront en tant qu’être humains et ingénieurs tout au long de votre vie et même au-delà. Les valeurs que je considère essentielles à une bonne vie mais surtout, à un bon ingénieur se définissent par l’humilité, l’écoute, le respect, la créativité et finalement, l’humour. Toutes sont inter-reliées; l’humilité amène à la constatation qu’on ne sait vraiment qu’une chose : c’est qu’on ne connaît rien.

Ceci étant, l’on a tendance à écouter plus attentivement les autres, les connaître, mais aussi bien comprendre leurs besoins, ce qui chemin faisant, mène au respect, parce qu’on réalise que les autres aussi peuvent nous enrichir et l’amalgame de toutes ces idées mène à la créativité, valeur très prisée en ingénierie. Le quatrième peut paraître étrange et difficile à lier aux autres, et pourtant, il est à la base de la première valeur, l’humilité. Quelqu’un qui arrive à rire de lui-même ne peut faire autrement qu’être un réceptacle formidable à toutes les autres valeurs nommées, car face à cette gigantesque farce cosmique qu’est l’existence, la seule chose saine à faire est de rire.

Éric St-Gorges, invité d'honneur et concepteur diplômé de la Faculté de génie