Suicide

Le suicide de mon père

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Peut-être vous parlera-t-il?

Mon père s’est suicidé il y a sept ans. Il s’est tiré une balle avec un fusil de chasse. C’est ma sœur qui l’a trouvé dans le garage. J’avais quinze ans. Mon père était un homme peu communicatif, mais malgré cela, je savais qu’à cette période de sa vie, ça n’allait pas bien pour lui. Quelque chose le dérangeait à son travail. Il n’y était pas heureux. Il s’était mis à boire. Je crois que c’est ce qui causait des tensions entre mon père et ma mère. Peut-être était-il déprimé?

Quand j’ai appris la nouvelle, je ne voulais pas le croire. Même lorsque j’ai vu son corps inanimé, il me semblait qu’il s’agissait d’un mauvais rêve et, qu’en vérité, il vivait toujours quelque part. Je suis passé de l’incrédulité à la colère. Je lui en ai voulu d’être un homme si fermé et de ne pas avoir su parler de ce qu’il vivait. Puis, j’ai pensé que j’aurais pu être un meilleur fils pour lui. Je lui aurais dit que, malgré tous les défauts que je lui trouvais, il était mon père et que je l’aimais. Je lui aurais dit que j’avais besoin de lui comme guide pour l’homme en devenir que j’étais. Nous aurions été plus proches et j’aurais pu l’aider. Je lui aurais dit que, même lorsqu’on ne voit que la mort comme issue possible à nos problèmes, il y a toujours au moins une autre solution. C’est seulement qu’on ne peut la voir dans notre état de détresse. Je l’aurais encouragé à aller chercher de l’aide et je l’aurais même accompagné.

Aujourd’hui, je ne comprends toujours pas pourquoi il s’est suicidé, mais je ne lui en veux pas. Pas plus que je condamne son geste. J’ai appris à vivre avec cette réalité. Je sais aussi qu’au temps où cet événement est survenu, je n’aurais pu faire plus. Je lui parle souvent dans ma tête. Il me semble que nous n’avons jamais été aussi près l’un de l’autre. Il y a même des jours où j’ose croire que, où qu’il soit, il veille sur moi…

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation 819 821-7666

Le suicide d’un proche

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Peut-être vous parlera-t-il!

Bonjour, J’aimerais vous parler de mon frère qui s’est suicidé il y a quelques années. Il avait cinq ans de plus que moi. J’avais beaucoup d’admiration pour lui. Il était autant attentionné à mon égard qu’il était disponible pour aider les autres. C’était aussi un gars bourré de talent qui réussissait à peu près tout ce qu’il entreprenait. Cependant, sa popularité et ses succès dissimulaient bien le fait qu’il était une personne plutôt réservée sur ce qui se passait en dedans de lui. Aussi, quand mes parents et moi avons appris que Frédéric s’était suicidé, cela a eu l’effet d’une bombe pour nous ainsi que pour tous ceux qui le connaissaient. Nous arrivions difficilement à comprendre son geste et cela était douloureux pour ceux qui l’aimaient. Peu de temps après, ma mère a découvert des lettres et des poèmes qu’il avait écrits. C’est alors que le voile s’est levé sur sa souffrance intérieure. Nous avons découvert à ce moment qu’il ne s’était jamais remis d’une rupture amoureuse vécue quelques années auparavant. Cette perte avait miné sa confiance, particulièrement dans ses relations avec les filles, et il s’était isolé affectivement de plus en plus. Par le doute qui s’était immiscé en lui, il ne voyait plus combien il était une personne précieuse aux yeux de ceux qui le côtoyaient. Parce qu’il avait toujours été celui sur qui on pouvait compter, il se sentait incapable de demander de l’aide, craignant de déranger ou de briser ce qui lui semblait être l’ordre naturel des choses. Alors il a vécu sa souffrance en silence jusqu’à ce que l’intensité de sa peine l’amène à poser le geste ultime de se tuer. Il croyait ainsi que sa souffrance mourrait en même temps que lui. Il n’avait sûrement pas pensé que sa douleur, au lieu de s’éteindre avec lui, se répercuterait chez ceux qui l’aimaient. Douleur, pour nous, de la mort qu’il s’était donnée; douleur de ne pas avoir pu discerner sa souffrance; douleur de n’avoir pu être là pour lui comme il l’avait été si souvent pour nous; douleur de ne plus le voir; douleur de ne plus lui manifester notre affection…

Aujourd’hui, quand je pense à lui, c’est avec amour même s’il me manque beaucoup. Je ne lui en veux pas pour son geste. Mais il me reste tout de même un petit regret de ne pas avoir vu qu’il souffrait et qu’il n’ait rien dit. S’il avait osé s’ouvrir à quelqu’un, brisé l’isolement dans lequel il s’était emprisonné, il en aurait été tout autrement pour lui. Il aurait reçu toute l’aide dont il avait besoin et j’ai la conviction qu’il serait encore en vie et heureux à nouveau… Non, la souffrance ne s’éteint pas lors d’un suicide. Elle se transforme en chagrin dans d’autres cœurs…

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation 819 821-7666

Le suicide, c’est grave!

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Le suicide c’est grave. Il faut en parler. C’est pourquoi j’ose sortir de l’ombre et vous raconter mon histoire… Je ne suis pas passé à l’action, mais cela a passé proche, très proche même… J’avais tout planifié : ce que je ferais, comment je m’y prendrais, où je mettrais fin à mes jours et le moment…Je commençais l’université. J’étais encore remué par la séparation inattendue de mes parents et toutes les complications qui s’ensuivaient. Ma blonde de ce moment représentait ma bouée, l’élément stable de ma vie. Mais voilà qu’elle se posait des questions sur notre relation. Elle ne savait plus si elle m’aimait encore vraiment. Le fait que j’étudiais à Sherbrooke et elle à Québec ne facilitait pas les choses. Avec toutes mes préoccupations, mes résultats aux intras ont été désastreux. C’était plus que je ne pouvais en prendre. Il me semblait que tout me lâchait dans ma vie. Alors j’ai eu le goût de la lâcher moi aussi.

Un copain de classe, intrigué de me voir de moins en moins aux activités, est venu s’informer de moi. Je n’avais pas le goût de m’ouvrir et parler. Il me semblait, à ce moment-là, que ça ne ferait que raviver ma peine. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans sa tête, mais il est resté là, persévérant. J’ai fini par lui raconter un peu ce qui m’arrivait. Il a osé me demander si je pensais à me suicider. Quand il m’a posé cette question, je me suis senti libéré. C’était comme si quelqu’un saisissait suffisamment l’importance de ma douleur pour reconnaître que le suicide pouvait être une solution à la mesure de sa gravité.

Ma souffrance ainsi partagée devenait moins lourde. Il m’a beaucoup encouragé à ne pas rester avec « ma solution » et à aller plutôt vers une ressource qui m’aiderait peut-être à trouver d’autres issues. Il m’est difficile de décrire le bien que ce copain m’a fait juste en venant vers moi. Il me semble qu’à partir de ce moment, le cours des événements a commencé à changer. Je suis allé chercher de l’aide. Ce soutien m’a permis de faire face aux difficultés de ma vie.

J’éprouve encore un serrement au cœur quand je pense à tout cela aujourd’hui. Je frémis à évoquer ma détresse de ce temps-là, mais surtout à penser que j’aurais pu commettre l’irrémédiable alors qu’au bout du compte, il y avait d’autres solutions. J’ai envie de dire à ceux qui sont dans une mauvaise passe : même si la mort semble être la seule solution, croyez-moi, il y en a d’autres et donnez-vous une chance de les trouver.

Salut, Mike

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation

Le suicide

Salut,

Le suicide, on en parle. De plus en plus. On en fait des statistiques. On analyse le phénomène. On en cherche les causes. Ça ne me dérange pas, je pense même que c’est correct. Mais à un autre niveau c’est plus que cela. Il y a la souffrance. Je sais de quoi je parle, je suis passée par là. J’ai fait une tentative de suicide à l’âge de dix-huit ans. Je m’étais préparée un « cocktail » avec les médicaments de la pharmacie de mes parents. J’avais mal en dedans, depuis trop longtemps. Cela a fait l’effet d’une bombe auprès de mes copines, de l’école, de ma famille…

C’est à travers leur agitation que j’ai réalisé que ce n’était pas ma vie que je voulais m’enlever mais la souffrance et la solitude que je voulais voir disparaître de ma vie. Puis on a voulu m’aider. J’étais moins seule. Peu à peu, on m’a extirpé de cette souffrance. J’ai compris des choses. J’ai réalisé ainsi que ma vie est précieuse, plus que tout, plus que la douleur intérieure. Ma souffrance n’est qu’un état qui demeure tant que je ne lui donne pas le moyen de se libérer. Mais ma vie, c’est ma constante, ma continuité, c’est l’essence même de mon être. J’ai encore des moments difficiles mais à chaque fois, je me dis c’est la vie que je choisis.

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation

On n'aurait jamais pensé cela de lui

Il a encaissé la rupture avec sa copine sans broncher. Nous avons parlé de sa force de caractère. Il riait, de moins en moins. On s’est dit qu’il devenait un peu trop sérieux. Ses blagues étaient de plus en plus lugubres. On lui a dit qu’il devenait plate. Il n’était jamais satisfait de ce qu’il faisait. Nous lui avons dit qu’il était perfectionniste. Il sortait de moins en moins. Nous avons pensé qu’il étudiait davantage. Il se disait souvent essoufflé par la vie. On lui a suggéré d’en faire moins. Il a souvent manqué des cours. Nous avons mis cela sur le compte de la fatigue. Il se trouvait beaucoup de défauts. On lui a dit qu’il était trop dur avec lui-même. Il parlait parfois de la mort comme d’une sorte de libération. Nous l’avons appelé « le philosophe». Par moments il était évident que ça n’allait pas pour lui. Nous avons parlé entre nous de sa mauvaise passe. Quand il a voulu parler de ses malheurs, on l’a invité à prendre une bière pour oublier.

Son suicide a créé une onde de choc dans notre groupe. Nos croyances et notre peur nous ont aveuglés. Notre logique ne nous permet pas de comprendre un tel geste. La souffrance fait peur. Le suicide est tabou. Nous avons cherché à expliquer ce que nous voyions par des raisons accessibles et rationnelles.

Pourtant… Si on avait regardé au-delà des apparences… Si on avait su entendre sa souffrance… Il aurait pu en être autrement…

Johanne Bernatchez, psychologue, 819 821-7666

Suicide, parlons-en

Cette histoire est fictive, mais s’inspire de faits vécus…

Toi aussi tu as été touchée par le suicide?

Oui, mon ex. Heureusement, nous l’avons trouvé à temps. Après les premières stupeurs, j’ai été tellement en colère contre lui. Je lui en voulais de ne pas m’avoir fait assez confiance pour me dire à quel point il était mal. Cela a ébranlé la confiance que j’avais en lui. À tout moment, par la suite, j’avais peur qu’il me cache quelque chose. Je crois que c’est ce qui a entraîné la rupture à la longue. Il a compris depuis que c’est important d’en parler quand ça ne va pas. Même si cela fait partie du passé maintenant pour moi, je crois que cela va me marquer pour le reste de ma vie.

Oui, je comprends. C’est un peu la même chose pour moi. C’est une blessure, une grande perte avec laquelle je devrai vivre moi aussi le reste de ma vie. Quand mon père s’est suicidé, il nous a laissé une lettre disant qu’il ne serait plus un poids pour personne. Il n’allait pas bien mais restait secret là-dessus. C’était dur de savoir qu’il souffrait, mais maintenant qu’il n’est plus là, c’est encore plus difficile. Il croyait nous délivrer: il se trompait. C’est tout à fait le contraire qui s’est produit. J’étais tellement en colère contre lui! Je me suis sentie trahie, abandonnée, bafouée. Comme si l’amour que j’avais pour lui n’était rien. Maintenant, je lui pardonne, mais parfois, quand je m’ennuie de lui, la colère monte en moi encore. Crois-tu que c’est normal?

Oui. L’intervenant qui nous a rencontré après le geste de mon ex nous a dit qu’il était normal de passer par cette émotion en réaction à un geste aussi radical et bien souvent incompréhensible.

Article rédigé dans le cadre de la Semaine de la prévention du suicide

Johanne Bernatchez, psychologue