Relations interpersonnelles

Ces éternels insatisfaits...

Psychologue invitée : JOHANNE BERNATCHEZ

Noël approche. Les rencontres familiales s'organisent. Les partys de bureau vont bon train. La recherche d'idées de cadeaux donne des maux de tête.

Roger se considère comme malchanceux cette année. Il a pigé le nom de Louise pour l'échange de cadeaux dans sa famille. Peu importe ce qu'il lui offrira, elle trouvera quelque chose à redire. Il peut déjà s'imaginer le genre de commentaire qu'elle dira quand elle ouvrira son paquet : «Ah, merci… Bon, ça me fera plus de vaisselle à laver… Ben oui, la verrerie peinte à la main perd ses couleurs au lave-vaisselle.» Pourtant c'est un si joli ensemble! Et il y a mis le prix!

Josette s'est promis cette année qu'elle fera tout pour ne pas s'asseoir à côté d'Yves lors du souper de Noël du bureau. L'année dernière elle a passé le souper à entendre ses jérémiades à propos de tout et de rien : l'hiver est trop froid, l'été trop chaud; leurs bureaux sont laids et mal divisés; la serveuse a l'air bête; le gouvernement est pourri; la planète va mal; etc. Elle est rentrée chez elle insatisfaite de sa soirée et un peu maussade. Elle comprend maintenant pourquoi une place était restée vacante à côté de lui…

Attention! Risque de contagion!

Les origines de ce pessimisme chronique chez certaines personnes sont multiples : blessures d'enfance, tendance dépressive, accumulation de frustrations, etc. Mais intéressons-nous plutôt à l'aspect pratique de la chose : comment ne pas se laisser atteindre par l'humeur négative de l'autre? Car il peut être difficile de ne pas se laisser contaminer par ce négativisme.

Essayons d'abord la «contre-contamination». Un sourire, une plaisanterie, un mot gentil à l'égard de la personne à la mine sombre peut avoir son effet positif, surtout sur les mauvaises humeurs passagères. Sur les sujets plus récalcitrants, cela peut avoir un effet neutralisant temporaire, ce qui est déjà un plus. Face aux cas plus chroniques, il faudra se créer un mur, une frontière intérieure : «Est-ce que j'étais d'humeur maussade ce matin? Non. D'où cela vient-il? C'est depuis que j'ai eu affaire à untel. Cette humeur ne m'appartient pas. C'est la sienne.» Délimitation des frontières. «Et je n'ai pas envie de gâcher ma journée qui s'annonçait correcte.» Prise de position et de décision qui nous fait reprendre du pouvoir sur ce qui se passe en nous. Nous pouvons ainsi continuer à côtoyer et à interagir avec une personne négative en maintenant à notre conscience la limite entre l'autre et nous, et en choisissant que quoiqu'elle dise ou fasse, cela n'a pas à nous affecter.

Vous croyez être porteur?

Vous avez parfois l'impression que les gens ne vont pas vers vous spontanément? Même pire, que l'on vous évite? Vous remarquez que vos commentaires ne suscitent pas ou très peu l'échange auquel vous vous attendiez? Peut-être êtes-vous parmi ceux qui, inconsciemment, troublent le climat autour d'eux. En cette fin de l'année, moment propice aux bilans, demandez-vous, de bonne foi, si votre attitude n'y est pas pour quelque chose. Une bonne prise de conscience, des «auto-observations» judicieuses et un désir sincère de changer sont déjà des actions porteuses d'une amélioration certaine. Vous observerez, après quelques efforts, des changements en vous qui occasionneront des comportements différents à votre égard. Vous provoquerez des moments agréables, d'abord pour vous-même, et vous cesserez peut-être de vous prouver continuellement qu'il n'y a que du mauvais et de la laideur autour de vous. Ce changement serait un beau cadeau à offrir aux personnes qui vous côtoient, mais ce serait un plus beau cadeau encore à vous offrir. Sur ce, Joyeux Noël!

Elle me tape sur les nerfs!

Cette histoire s’inspire de faits vécus…

Nous nous sommes connues en première année de bacc, et ça a cliqué tout de suite entre nous. On a aussi fait quelques travaux de session ensemble et ça allait bien; alors devenir colocataires à notre deuxième année d’université allait de soi. Je ne comprends pas ce qui s’est passé, mais ça fait à peine un mois qu’on a emménagé ensemble et il y a déjà de la tension dans l’air à l’appartement. Elle se couche tard et ça m’empêche de dormir. Elle se dépanne souvent en utilisant mes affaires, sans même me demander la permission. Elle finit par me les remettre, mais quand même : c’est d’un sans gêne! On dirait que parce que nous avons décidé de devenir colocs, il n’existe plus de frontières entre elle et moi. Comme si mon espace lui appartenait! Et quand son copain vient les fins de semaine, c’est encore pire! J’ai l’impression que je dois m’enfermer dans ma chambre pour ne pas déranger les « amoureux »! J’ai essayé de lui faire comprendre discrètement, comme quand j’ai ramené ma bouteille de shampoing dans ma chambre au lieu de la laisser dans la salle de bain comme je faisais toujours. Je me disais : « elle va allumer! » Eh bien non! Elle n’a pas compris! Elle est venue la chercher dans ma chambre!

Croyez-moi, on pense bien connaître quelqu’un, mais lorsqu’on prend connaissance de sa véritable personnalité, on a parfois de mauvaises surprises!

En tous cas, c’est certain que je ne pourrai pas passer toute l’année comme ça. Il faut que ça change, sinon ça va mal tourner. Je vous en redonne des nouvelles.

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation 819 821-7666

Elle ne me tape plus sur les nerfs!

Cette histoire s’inspire de faits vécus…

Vous me reconnaissez? C’est moi qui « bitchais » ma coloc il y a quelques semaines.

Bien, on a fini par se parler. Le ton a monté un peu au début, mais les émotions calmées, on a fini par se comprendre. Elle ne voyait pas de mal à sa façon d’agir, puisque dans sa famille, tout le monde fait comme ça. Et moi, j’ai peut-être un peu de difficulté à m’affirmer. Je pense souvent qu’avec de petits signes, l’autre va deviner ce que je ne dis pas…. Toujours est-il que nous avons fini par trouver des compromis pour les choses qui nous agaçaient de part et d’autre. Mais surtout, nous avons convenu de nous donner des moyens pour prévenir toute autre escalade de tension entre nous. D’abord, nous nous sommes promis que dès que quelque chose nous irrite, nous ne tardons pas à en parler à l’autre. Nous avons aussi établi une sorte de signal pour faire comprendre à l’autre que nous voulons lui communiquer une insatisfaction. Celle qui a quelque chose à dire va coller sur la porte de chambre de l’autre une photo qu’on a toujours trouvé rigolote : celle d’un kangourou avec des gants de boxe. Finalement, nous avons décidé de faire attention aussi à la façon dont nous parlons à l’autre au moment de notre discussion. Au lieu de parler au « tu » bien souvent accusateur lorsqu’il y a une friction, nous tenterons de mettre en application des techniques de communication apprises dans nos cours. Nous chercherons à parler au « je », en exprimant surtout la réaction que produit en nous le comportement dérangeant de l’autre. Enfin! Tout cela prendra sûrement encore quelques petits ajustements, mais l’important c’est qu’on ne se tape plus sur les nerfs! N’est-ce pas?

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation

La sociabilité, ça se travaille!

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Salut, je m’appelle Jack. Je suis quelqu’un de réservé et je n’ai pas la conversation facile. Vient rapidement qu’après le classique « Salut », je ne sais plus quoi dire. Puis parler de météo… bof… L’an dernier, quand j’ai commencé l’université, j’ai dû encore une fois me faire de nouveaux amis. Je me suis dit que je devrais profiter de ma nouvelle vie universitaire pour changer certains aspects de ma personne, particulièrement ma difficulté sociale. Je me suis aussi dit que si je voulais que les choses changent vraiment, il me faudrait mettre un peu d’effort. Je me suis donc développé quelques trucs qui m’ont aidé à connaître de nouvelles personnes et qui font que je me sens moins démuni quand j’ai du « social » à faire avec des gens que je ne connais pas.

D’abord, je me suis forcé, et le mot n’est pas trop fort, à sortir. Ainsi, je me suis obligé à aller à des activités de la rentrée. Là, je me suis rendu compte que quand tu es dans un endroit public où il y a une activité, le plus souvent, il y a quelqu’un qui finit par t’adresser la parole. Également, lors de l’activité d’initiation, on a à parler à d’autres et ça fournit une bonne occasion de créer des relations plus proches, d’autant plus que nous sommes tous des nouveaux et des nouvelles du même programme. Ensuite, j’ai développé les tactiques suivantes qui m’ont donné d’assez bons résultats. Je m’informe de l’autre à qui je parle. Pas de questions indiscrètes. Seulement des choses qui restent générales comme : « Viens-tu de Sherbrooke? », « Connais-tu du monde ici? », etc. En général, les gens aiment bien parler d’eux, du moins sur des généralités comme cela. Il ne prend pas beaucoup de temps non plus que les questions qu’on leur pose nous sont retournées. Par après, si j’ai la chance d’être tombé sur quelqu’un qui a de la jasette, le tour est joué. Si je suis tombé sur quelqu’un d’aussi réservé que moi, l’échange peut tomber à plat. Alors, j’utilise ma tactique no 2 qui consiste à parler de ce qui se passe autour, par exemple, les 2e et 3e qui semblent prendre leur revanche sur les petits nouveaux à l’initiation. Il suffit de porter attention, il y a toujours quelque chose qui se passe autour. C’est sûr aussi que je peux parler un peu de moi, si je me sens assez à l’aise avec l’autre : « Je ne connais pas personne ici » ou « C’est la première fois que je viens à Sherbrooke ». J’ai remarqué aussi que pour entreprendre une conversation, c’est pas mal pareil avec un gars ou une fille. C’est un peu plus tard que ça se corse avec les filles, surtout quand tu te rends compte qu’elle t’intéresse… mais ça, c’est une autre affaire. Allez, bon, je vous laisse là-dessus et bonne rentrée!

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666

Pour une cohabitation harmonieuse

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Salut, je m’appelle Martine!

J’aimerais partager une expérience avec vous. La session dernière, j’ai loué un appartement avec ma meilleure amie Isabelle. Au début, nous étions toutes excitées à l’idée de vivre dans le même appartement, nous qui nous entendions si bien et qui passions tant de temps ensemble. Les premières semaines se sont très bien passées, mais ensuite, les choses se sont compliquées de plus en plus pour moi. Isabelle n’avait pas le même rythme que moi. Elle se couchait très tard et invitait souvent des amis à l’appartement alors que je devais étudier ou me reposer avant un examen. Au début, je préférais essayer de passer outre même si ça me dérangeait. Je me disais qu’après tout, elle avait bien le droit de faire ce qui lui plaisait, elle était chez elle aussi. J’en ai enduré des soirées à entendre Isabelle placoter avec ses amis pendant que j’essayais de dormir ou d’étudier. Et plus ça allait, plus ma colère montait. Je devenais de mauvaise humeur quand elle était là et je lui adressais de moins en moins la parole. Je lui en voulais de ne pas tenir compte de moi et de me déranger. L’atmosphère est devenu très tendue entre nous. Un jour, une collègue de classe à qui je faisais part de toutes mes frustrations à propos d’Isabelle m’a dit : « Pourquoi tu ne lui en parles pas? ». J’ai réalisé que je n’osais pas dire à Isabelle ce qui me dérangeait et que je préférais mettre de côté mes besoins parce que j’avais peur de sa réaction. Je craignais qu’elle se fâche ou que ça crée un froid entre nous et que notre relation se détériore. Pourtant, si je laissais la situation se dégrader encore, notre amitié ne ferait pas long feu. J’ai donc rassemblé tout mon courage et j’ai décidé de parler à Isabelle. À ma grande surprise, cela s’est très bien passé. Isabelle a pris le temps de m’écouter jusqu’au bout et nous avons convenu d’un moyen d’éviter ces situations : quand Isabelle voulait inviter des amis, elle m’en faisait part et nous trouvions le meilleur moment pour que ça ne me dérange pas trop. Il suffisait seulement d’établir un mode de fonctionnement clair dans lequel nous nous sentions bien toutes les deux. De plus, cette discussion a permis à Isabelle de me dire certaines choses qui la dérangeaient par rapport à moi, comme le fait que je n’étais pas trop zélée sur le ménage. Nous avons donc fait le point sur notre vie de colocataires et maintenant, chaque fois que quelque chose d’important nous dérange, nous avons notre petite discussion. J’ai aussi réalisé que ce qu’on ne dit pas ne peut pas être deviné par les autres. Je vous le dis, si vous emménagez avec des nouveaux colocs, prenez le temps dès le début de vous parler de ce qui est important pour vous pour être bien chez vous. Cela vous évitera de vivre comme moi des semaines de colère et de frustration et de voir vos relations se dégrader…

Mélanie Thibault, psychologue
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666

Vitamine essentielle!

Psychologue invitée : JACINTHE LECLERC

Depuis longtemps, beaucoup d'efforts sont investis pour nous sensibiliser à l'importance d'avoir une saine alimentation et de pratiquer régulièrement de l'exercice pour nous maintenir en bonne santé. Fort heureusement, on constate aussi de plus en plus d'efforts afin de nous sensibiliser au maintien d'une bonne santé psychologique. Sensibles à l'apport essentiel de vitamines et minéraux au bon fonctionnement de notre organisme et au maintien d'une bonne santé, sommes-nous autant sensibles à l'apport de «vitamines» indispensables au maintien d'une bonne santé psychologique et mentale? Quelles sont ces «vitamines» essentielles à notre bien-être psychologique? L'une d'entre elles se nomme possiblement «amitié».

Bienfaits

Les amitiés sont importantes dans la vie de la plupart des individus et centrales à des expériences de bien-être, de bonheur et d'intégration sociale. Cette vitamine contribue à prévenir l'isolement, sert d'antidote contre la déprime, la fatigue et l'épuisement, surtout lorsqu'elle est combinée aux vitamines «humour» et «activités de loisirs». Nos amis influencent notre estime personnelle en nous renvoyant une image positive de nous-même. Ils représentent aussi une source importante de support émotionnel notamment par leurs rôles de confidents et de conseillers, nous permettant d'évacuer préoccupations et tracas, de nous alléger du poids d'un secret ou de prendre du recul face à une situation. Une carence de cette vitamine peut engendrer un sentiment de solitude, une impression d'avoir une vie terne et un mal-être plus général.

Posologie et sources « alimentaires »

La posologie recommandée est variable d'un individu à l'autre et on suggère plutôt d'évaluer la dose qui nous convient le mieux. Certains individus préfèrent n'avoir que deux très bons amis qu'ils voient fréquemment, alors que d'autres préfèrent avoir un très large cercle d'amis et varier les contacts.

On retrouve cette vitamine un peu partout : dans une salle de cours, au travail, dans les ligues de hockey et d'ultimate frisbee, dans un cours de danse, etc. Pour que cette vitamine soit métabolisée, il est important qu'il y ait une exposition suffisante au potentiel vitaminique et qu'il y ait un catalyseur, comme par exemple une similarité d'intérêts, de valeurs, etc.

Tout comme on s'assure de la qualité des aliments que l'on consomme, notamment par l'achat de produits biologiques, il est tout aussi pertinent de s'assurer de la qualité de notre réseau d'amis. Par ailleurs, comme nous représentons également une source potentielle de cette vitamine, il est important d'offrir à notre tour la plus grande qualité possible en portant attention à nos habiletés relationnelles et à quelques-unes de nos qualités humaines telles la loyauté, la chaleur, la bienveillance et la capacité à garder des confidences.

Précautions et interactions nuisibles possibles

Diverses transitions de vie (déménagement, changement d'institution scolaire, changement de travail, début d'une relation amoureuse), un surinvestissement dans le travail et dans la vie familiale peuvent entraîner une carence en vitamine amicale. Il importe de veiller à maintenir un niveau suffisant de contacts amicaux. Par exemple, un étudiant qui quitte sa région pour poursuivre ses études peut s'exposer à des activités sociales pour se créer plus facilement un réseau amical en participant par exemple aux activités d'initiation. Pour sa part, une personne qui amorce une relation amoureuse passionnée pourra être soucieuse de préserver un minimum de contacts amicaux car les effets carentiels de la vitamine amicale se font parfois sentir suite à une brusque rupture amoureuse.

Pour une vie bien vitaminée…

En conclusion, pour une vie bien vitaminée, songeons à augmenter ou à régulariser l'apport d'amitié dans notre vie : une sortie entre amis où on rit à en pleurer, l'envoi d'une carte d'anniversaire, d'un courriel où on mentionne à nos amis qu'on pense à eux et qu'on leur souhaite une bonne journée, l'appel d'un vieil ami à qui on n'a pas parlé depuis longtemps et qui nous renvoie un «allo» rempli d'enthousiasme, etc. Et surtout, oublions le recours possible à des suppléments vitaminiques artificiels... Les amis ne s'achètent pas dans un contenant à la pharmacie!

Vivre avec un coloc

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Peut-être vous y reconnaîtrez-vous...

J’aimerais vous faire part de l’expérience que j’ai vécue en arrivant à l’université. J’habite à l’extérieur de la ville, donc, comme plusieurs d’entre vous, j’ai dû louer un appartement. Afin de réduire les frais, j’ai décidé de partager l’appartement avec un colocataire. Imaginez-vous, deux gars, sans autre expérience que la vie de famille, qui décident de vivre pour la première fois par leurs propres moyens!

Au début, c’était difficile, je dois l’admettre. Nous n’avions ni l’un ni l’autre vécu une telle expérience auparavant. Nous ne savions pas cuisiner, à part bien sûr des sandwiches, des déjeuners et quelques autres petits plats très simples. De plus, nous n’avions pas beaucoup d’ordre, alors imaginez ce dont l’appartement avait l’air à la fin du premier mois. Je n’ose pas le décrire tellement c’était bordélique.

C’est aussi vers cette période que notre relation commença à se détériorer. Les accusations et les reproches volaient de part et d’autre, surtout lorsqu’un de nous deux voulait inviter quelqu’un. J’ai donc proposé un déjeuner-causerie à mon colocataire afin de faire le point sur notre situation. D’un commun accord, nous avons convenu de faire le ménage de l’appartement. Nous avons aussi décidé de faire des efforts pour qu’il reste en ordre le plus longtemps possible. Pour ma part, comme j’aime bien manger, j’ai demandé à ma mère de me prêter un livre de recettes et de me donner aussi quelques trucs de cuisine. Après quelques essais, j’ai constaté que je me débrouille pas mal bien pour faire la popote. J’ai aussi appris à faire mon lavage. La relation avec mon colocataire s’est rétablie et nous pouvons inviter nos amis sans problème.

Cette expérience m’a fait réaliser à quel point j’étais dépendant de mes parents. Cela m’a amené à me prendre en charge et je suis fier de ma nouvelle autonomie.

Jean Lafontaine, psychologue
Service de psychologie et d’orientation

Vivre dans sa bulle : une balloune à péter?

Psychologue invité : MICHEL ROY

Sortir de sa bulle. Entrer en soi-même. Penser aux autres. S'occuper de soi… Mais quelle attitude adopter? Où se trouve l'équilibre? Bienvenue dans ce monde moderne peuplé de dilemmes et de choix cornéliens à faire quotidiennement. Aujourd'hui, nous serons confrontés à cette tension critique entre l'individualisme, porteur d'épanouissement, et l'ouverture aux autres, porteuse de sens.

Tous ensemble pour l'individu

Notre ère moderne a été marquée par la conquête de l'individualité, la primauté de l'individu et de son épanouissement sur une conception de l'homme considéré comme une masse indifférenciée et négligeable. Cette conquête constitue une avancée remarquable pour l'humanité et a contribué à asseoir les droits individuels et à promouvoir l'actualisation du potentiel humain. La psychologie a été et est toujours une manifestation et un moteur important de cette révolution. Une de ses applications, la relation d'aide, a pour fonction de supporter une démarche intérieure, hautement personnelle, visant à approfondir la connaissance et la compréhension de soi-même, dans le but de favoriser son actualisation ou de résoudre des problèmes personnels. En caricaturant, on pourrait dire que la psychologie fait l'apologie de l'individualisme (mes émotions, mes besoins, mes choix, mes relations, mon épanouissement).

Individualisme à tout crin? Non

Comme chaque médaille a son revers, le développement de son individualité peut mener à des excès. On assiste, par exemple, à une forme de narcissisme exacerbé, moussé par la publicité et les médias, qui trouve son expression dans le star system et la création de vedettes instantanées. Le triomphe de l'individualité a pris la forme, pour bien des gens, de la célébrité, de leur 15 minutes de gloire. «Je ne suis quelqu'un que si j'existe pour les autres, que si je suis reconnu par les autres.» On assiste alors à des dérives telles que les téléréalités. L'individualisme ambiant peut avoir un autre effet pervers, celui de nous enfermer dans un cocon confortable, à l'abri des secousses et des désagréments extérieurs. C'est l'ère du cocooning, de la recherche d'un confort tout personnel, de plaisirs individuels, de petits bonheurs à soi qui, peu à peu, mènent à l'étiolement de son lien au monde, contribuant ainsi à la perte de sens, à l'évanescence de ce qui transcende la personne, qu'on pourrait appeler conscience sociale, valeurs morales ou valeurs citoyennes, pour prendre un mot à la mode. Comme le dit Charles Taylor, philosophe : «La face sombre de l'individualisme tient à un repliement sur soi qui aplatit nos vies, qui en appauvrit le sens et nous éloigne du souci des autres et de la société.»1

Pour la suite du monde…

Pourtant nous vivons dans un monde où la planète est notre village, où nos gestes, nos choix, ont un impact, à différents égards, sur la planète entière. Notre tendance à l'individualité est donc de plus en plus confrontée aux appels à une forme de transcendance (préoccupation de l'autre, malade ou pauvre, préoccupation de l'environnement…). Est-il possible d'assurer la primauté de l'individu tout en participant à quelque oeuvre qui dépasse sa personne, embrasse l'altérité? Dans l'échelle des besoins de la personne, une fois satisfaits les besoins physiques et affectifs ainsi que les besoins d'estime, de reconnaissance personnelle, la personne se met à la tâche de satisfaire ses besoins d'accomplissement. L'actualisation du besoin de produire, d'accomplir quelque chose constitue l'apogée, si je puis dire, du développement personnel. Il consistera donc à utiliser ses ressources pour l'accomplissement de réalisations au bénéfice des autres par le travail, le bénévolat, la création, l'engagement social.

Poursuivre son développement personnel, s'actualiser n'aura de sens que si cette démarche débouche sur une action envers l'environnement humain et physique. Se conforter dans son cocon individuel ne peut mener qu'à l'assèchement, à un sentiment de vide intérieur… trop souvent compensé par la recherche de sensations fortes, pour ne pas dire extrêmes, dans l'espoir de ressentir un tant soit peu, quelque chose. Vous voulez vraiment pratiquer un sport extrême? Réalisez-vous dans, avec et pour le monde!

1 Charles Taylor, Grandeur et misère de la modernité, Bellarmin, 1992, 150p.

Vivez-vous l’isolement?

Bonjour, je m’appelle Monika. J’aimerais partager avec vous ce que j’ai vécu lors de mon entrée à l’Université l’an passé. Comme beaucoup d’entre vous, je viens de l’extérieur de la région. Il a donc fallu que je me déniche un appartement. Ce fut difficile. D’une part, je ne connaissais pas la ville et, d’autre part, je n’avais pu trouver de coloc. J’ai finalement loué un petit meublé dans le centre-ville. Ce choix ne m’a pas aidé à connaître du monde, d’autant plus que je suis quelqu’un de timide. Mes seuls contacts avec les autres se résumaient aux échanges avec quelques personnes dans les cours.

A certains moments, cet isolement me pesait au point même de remettre en question mon choix de continuer mes études universitaires. Heureusement, lors d’une visite de ma sœur, je lui ai parlé de ma difficulté. Elle m’a rappelé qu’il en avait été un peu de même à mes débuts au collégial. Je m’étais inscrite alors à des activités parascolaires et cela m’avait permis de me faire des amis. Notre discussion m’a fait du bien. La semaine suivante, je me suis inscrite dans une équipe de volley-ball. Je me suis retrouvée entourée de personnes très sympathiques, notamment une fille qui est devenue ma grande copine.

Pour ceux et celles qui arrivent et qui se sentent bien seuls, un petit conseil : ne restez pas dans votre coin à broyer du noir. Osez en parler et allez vers les autres. Vous-même, ne seriez-vous pas accueillant envers quelqu’un qui veut devenir votre ami ?

Jean Lafontaine psychologue
Service de psychologie et d’orientation