Relations amoureuses et célibat

Rester près, même loin...

STÉPHANIE LALANNE, psychologue

En juin dernier, radieux, Nathalie et Philippe avaient hâte d'annoncer à l'autre la bonne nouvelle : leur acceptation à l'université, dans leur 1er choix. Le hic : Nathalie était admise à Québec et Philippe à Sherbrooke. Ils se connaissent depuis six mois et leurs familles sont de Montréal. Leur joie faisait place à la déception. Que faire? Leur avenir professionnel est important, mais comment allaient-ils vivre l'éloignement? Comment leur couple, assez récent, allait-il tenir?

Rachel et Julien vivent ensemble à Sherbrooke depuis deux ans. Ils partagent les mêmes intérêts, se parlent beaucoup, ont de bons amis, se connaissent bien et ont des projets d'avenir. C'est un couple stable. N'empêche que leur retour aux études, dans deux villes différentes, Sherbrooke et Montréal, pendant trois ou quatre ans, ne les enchante pas, loin de là.

Depuis septembre 2006, Hubert est chargé de cours à l'UdeS. Chaque lundi matin, aux aurores, il quitte sa compagne, Jeanne, et leurs deux jeunes enfants, qui continuent leur vie à Lac-Mégantic. La famille se retrouve le jeudi soir : les enfants sont déjà en pyjama et attendent papa qui, malgré sa fatigue, leur raconte une histoire avant le dodo. Puis, vient le temps du couple… Le week-end, les quatre font provision de moments de joie, de bisous, de câlins, à travers les diverses activités et la planification de la future semaine.

La distance est une épreuve

Le manque, l'ennui, la solitude. Le choc a été dur pour Philippe lorsqu'il est déménagé à Sherbrooke, lui qui a toujours été entouré de ses amis, de sa famille, de son amoureuse. Et retrouver Nathalie à Québec un week-end sur deux, dans un appartement avec deux autres colocs, c'est pas évident.

Julien et Rachel aimaient partager leur quotidien. Être séparés leur est très pénible. Heureusement, la motivation d'apprendre ce qui les passionne depuis longtemps, de se préparer professionnellement et de construire une vie meilleure les encourage à tenir bon.

Chacun sait que la distance met la relation à l'épreuve. On se demande d'abord comment garder le contact et rester en lien. Une fois passée l'excitation des premières retrouvailles, on peut être déçu : l'autre nous apparaît changé, moins enthousiaste, plus ordinaire. On souffre aussi de la séparation, surtout à répétition; au début, on a du courage, puis la tristesse monte. Il arrive même que l'attente, si elle n'est pas nourrie, tue la confiance. L'usure peut provoquer des disputes où l'on ne se reconnaît pas.

Oui, la distance est une épreuve : le déchirement peut être douloureux. Mais elle peut aussi être une expérience intéressante : elle permet de se retrouver avec soi-même et d'évaluer, à tous les niveaux, la profondeur de nos sentiments. Apprendre à se séparer sans s'effondrer.

La non-distance intérieure

La semaine dernière, un soir où sa femme lui manquait terriblement, Hubert a écrit à Jeanne : «Ma chérie, restons branchés. L'essentiel, c'est de s'aimer très fort. C'est vital. Que l'amour coule dans nos veines. Sur la route, il peut y avoir des mirages. Le plus important, c'est la confiance. À l'intérieur de moi, il n'y a pas de distance.»

L'amour réciproque, ressenti, nourri, donne une force incroyable. Et puis, quand on aime, l'imagination est fertile; éviter la routine, étonner : une lettre d'amour par la poste, des petits messages coquins à un moment inattendu, un petit cadeau qui montrera à la personne chère qu'elle est toujours présente dans vos pensées et dans votre cœur.

Des découvertes

Sans Philippe, après un moment d'adaptation, Nathalie a eu envie d'aller davantage vers les autres, s'est découvert de nouveaux talents, a élargi son réseau amical. De son côté, Philippe s'est investi à fond dans une troupe de théâtre, sans conflit d'horaire avec Nathalie. Il s'y est épanoui. Leur avenir, quel qu'il soit, n'en sera que plus riche, y compris dans le grand voyage de la vie à deux. Même s'ils venaient à se quitter, leurs souvenirs les plus précieux resteraient intacts dans leur mémoire et dans leur cœur.

Aussi souvent qu'ils le peuvent, Rachel et Julien se retrouvent avec grand bonheur. Ils profitent de chaque minute ensemble, se racontent ce qu'ils apprennent, s'encouragent dans leurs travaux. Ils ont plaisir à explorer de nouvelles avenues et à les partager avec leurs amis autour d'un bon repas. Leur vie s'enrichit.

En bavardant avec ses collègues, Hubert a entendu parler d'une petite maison, coquette et à prix abordable, à dix minutes de l'Université. Il est allé la visiter. La famille y serait très bien. L'école primaire est toute proche, les services sont à deux pas. Notre romantique a fait ses calculs, a pris rendez-vous pour retourner visiter la maison avec Jeanne. Un coup de cœur! Ils en ont parlé aux enfants. Excitation générale! À Noël, ils seront dans leur nouveau nid d'amour. Ensemble, chaque soir. Elle est pas belle, mon histoire?

C'est elle, le problème!

« Ma blonde est tellement contrôlante! J’en peux plus. Je ne peux rien faire sans son autorisation, sinon c’est la crise pendant une semaine. » C’est la centième fois que Luc nous parle de son « problème ». Autour de la table, c’est le silence : nous sommes tous exaspérés. Personne n’ose lui dire vraiment ce que chacun pense tout bas : « T’es pas tanné, Luc, de faire la victime? C’est toujours de la faute des autres, jamais de la tienne. »

Après un court malaise, j’ose un : « Luc, as-tu déjà pensé que tu pouvais faire partie du problème? » Le regard qu’il me lance! Je regrette déjà mes paroles… « T’es en train de me dire que c’est moi le problème, alors que c’est elle qui fait tout pour me compliquer la vie? », lance-t-il furieux. Tant qu’à être du mauvais côté, je risque le tout pour le tout : « Je ne dis pas que c’est toi le problème, Luc, je dis juste que c’est peut-être toi la solution. » Il semble que mon inspiration subite m’ait évité de justesse l’étiquette de la traîtresse féministe. Luc semble ramollir un peu. Je profite de cette porte ouverte pour continuer : « Même si c’est vrai que ta copine est parfois très contrôlante, tu parles comme si tu n’avais pas le choix de subir cela. On dirait que tu n’as aucun pouvoir sur la situation… Quand on t’écoute parler, on croirait que c’est toujours de la faute des autres, tu parles comme une… victime ». Ça y est, le morceau est lâché! Je retiens mon souffle… Heureusement, mon ami Jean vient à ma rescousse : « Peut-être que si tu assumais que tu as quelque chose à voir dans ce problème, tu pourrais faire quelque chose pour le changer plutôt que de le subir en accusant l’autre. Moi, quand j’ai admis que c’était moi qui étais incapable de dire non à mes amis, j’ai arrêté de leur reprocher d’être trop exigeants et j’ai appris à mettre mes limites. » Luc reste pensif puis marmonne un : « Ouin… ». Il enchaîne ensuite sur autre chose, comme pour dire : « J’en ai eu assez pour le moment. »

Quelques semaines plus tard, Luc nous lance un : « Je sors plus souvent ces temps-ci. Ma blonde… je me suis donné la permission… » et il nous fait un petit clin d’œil comme pour dire : « Merci pour l’autre fois, ça m’a bien aidé, mais mon orgueil m’empêche de l’admettre ouvertement. » Il m’a semblé ce jour-là que Luc était plus fort : il avait le plein pouvoir sur sa vie, car il en était responsable.

Mélanie Thibault, psychologue
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666

Doit-on pardonner l’infidélité (Partie 1)

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous…

Bonjour, je m’appelle Tania. J’aimerais partager avec vous une situation difficile que j’ai vécue il y a quelque temps. J’ai fréquenté Éric pendant environ deux ans avant que nous décidions de vivre ensemble. Nous nous entendions bien sur plusieurs aspects. Nous avions les mêmes goûts pour la musique et les sports. Nous avions quelques amis de couple avec qui nous sortions fréquemment. Pour moi, la seule ombre au tableau était que nous n’avions pas souvent l’occasion d’être seulement nous deux, alors que pour Éric ça ne semblait pas faire problème. Il y a environ trois mois, j’ai appris par une compagne de classe qu’Éric voyait une autre fille. J’ai d’abord été surprise et, sur le moment, je me suis dit qu’elle se trompait. N’étant pas jalouse, je me disais qu’Éric avait le droit d’avoir des amies de filles. Toutefois, je n’arrivais pas à me convaincre de sa fidélité. Je me suis mise à réfléchir à notre relation. Bien qu’en apparence tout semblait normal, je devais admettre que nous n’avions pas beaucoup de moments d’intimité. Nous faisions des activités ensemble, nous avions des relations sexuelles, mais nous ne nous parlions pas souvent de nous. Je me suis souvenue en avoir fait quelques fois la remarque à Éric, mais il me disait toujours alors que ce n’était pas nécessaire, puisqu’il n’y avait pas de problèmes entre nous. Dans les jours qui ont suivi, j’ai été plus attentive à l’attitude d’Éric. J’ai remarqué, entre autres, que lorsque je tentais de m’approcher de lui physiquement, il me disait qu’il était fatigué ou préoccupé par un travail. J’ai aussi tenté d’améliorer notre communication en m’informant de lui, de ce qu’il faisait, de ce qui le tracassait. Il me répondait que tout allait bien ou qu’il n’avait pas le goût de parler de cela. Après une semaine de vaines tentatives de rapprochement, je me suis décidée à lui poser directement la question. Au début, il a nié. Par la suite, il m’a avoué que, en effet, il était sorti quelques fois avec une autre fille mais que c’était maintenant terminé. J’ai d’abord réagi avec colère. Je lui ai dit ce que je pensais de lui. Je l’accusais de ce qui nous arrivait. Éric me suppliait de lui pardonner. Il me disait que cette aventure lui avait permis de réaliser que c’était moi qu’il aimait. Je me suis un peu calmée et nous avons convenu de prendre du recul l’un face à l’autre. J’avais besoin de réfléchir. Que devais-je faire? Lui pardonner et lui faire à nouveau confiance? Ou au contraire, le quitter même si je l’aimais encore?

À suivre...

Jean Lafontaine, psychologue
Service de psychologie et d’orientation
(819) 821-7666

Doit-on pardonner l’infidélité (Partie 2)

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous...

Bonjour, c’est encore Tania! Je devais choisir entre quitter l’homme que j’aimais ou lui pardonner et lui refaire confiance. Éric et moi avions décidé de nous laisser du temps pour réfléchir. Nous ne nous sommes pas vus ni appelés pendant deux semaines durant lesquelles il est retourné vivre chez ses parents. Je pleurais souvent et mes études s’en ressentaient. Heureusement, j’avais de bonnes amies à qui parler. J’étais totalement confuse. D’un côté, je lui en voulais d’avoir fréquenté une autre fille, de l’autre côté, je l’aimais. Pour sa part, il disait que cette expérience lui avait fait réaliser que c’était moi qu’il aimait. J’étais pourtant incapable de voir comment je pourrais lui faire confiance à nouveau. Sur ce point, mes amies ne m’aidaient pas beaucoup. Certaines me disaient que je ne devais plus lui faire confiance. D’autres me disaient que je devais considérer mes sentiments pour lui et que mon amour serait le plus fort. J’étais vraiment partagée. Je me sentais seule face à une aussi grande décision. Dans mes réflexions, j’ai réalisé que, pour me permettre d’y voir plus clair, je devais avoir une explication franche avec Éric. Je lui ai donc proposé de le rencontrer. C’était primordial pour lui aussi qu’on s’explique avant que je prenne ma décision. Il m’a parlé des raisons qui l’avaient amené à poser ce geste et de ce qu’il en avait retiré. Il m’a avoué sa vulnérabilité et sa difficulté à s’ouvrir aux autres de peur d’être blessé. Cela expliquait pourquoi il avait toujours évité de me parler de ses sentiments. Il m’a dit aussi que le fait de se replier sur lui-même l’avait amené à se sentir seul. Alors, lorsque cette fille lui avait fait des avances, il s’est senti désiré et important. Il m’a dit ne pas avoir eu de relation sexuelle avec elle. C’était surtout pour parler avec elle. Ça comblait sa solitude. Pendant les quelques semaines que cela a duré, il se sentait coupable. Il avait l’impression de me trahir. Puis, il a réalisé que ce qui se passait avec cette fille pourrait aussi se vivre avec moi s’il le désirait. Il savait que j’étais ouverte à ce genre de conversation. Éric a eu peur aussi de me perdre, car il se rendait compte qu’il n’aimait pas cette fille et que c’était bien moi qu’il aimait. Comme c’était elle qui l’avait approché, il était certain qu’elle voulait de lui. C’est à cause de cette certitude qu’il avait été capable de s’ouvrir.

C’est à ce moment qu’Éric a réalisé que, s’il avait pu le faire avec elle, il pourrait aussi le faire avec moi. Il voulait apprendre à mieux communiquer et à partager ses sentiments, et il voulait le faire avec moi. À la suite de cette discussion, ma décision se précisait. J’aimais cet homme. Je voulais au moins me donner une chance de voir si j’étais capable de lui pardonner et de lui faire confiance à nouveau. Nous sommes ensemble depuis maintenant huit mois. Je ne souhaite ce genre d’histoire à personne, mais, dans notre cas, cette mésaventure a malgré tout permis de consolider notre relation.

Jean Lafontaine, psychologue
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666

La violence conjugale, pour s’en sortir 

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Bonjour, je m’appelle Édith. J’ai le goût de vous parler de mon histoire dans l’espoir d’aider d’autres personnes qui ont vécu la même chose que moi. Mes relations amoureuses ont toujours été décevantes. Mon premier copain était quelqu’un de distant et froid. Il ne me disait jamais qu’il m’aimait et, chaque fois que je tentais d’aborder le sujet, il me répondait que s’il était avec moi c’était la preuve qu’il m’aimait. Il était souvent dur avec moi, mais comme je l’aimais, je me disais que je méritais probablement ses reproches. Cette relation n’a duré que quelques mois. Il m’a laissée pour une autre. J’étais bouleversée. C’était ma première peine d’amour. Qu’est-ce que j’avais fait pour qu’il ne m’aime plus? J’en ai conclu que je n’avais pas su comment m’y prendre. Quelques mois plus tard, j’ai rencontré un autre garçon et je l’ai tout de suite aimé. Je m’étais promise de ne pas commettre les mêmes erreurs et que j’allais tout faire pour lui plaire. Au début tout allait bien. Je le voyais les fins de semaine et je m’amusais en sa compagnie. Les choses se sont gâtées le jour où je lui ai demandé de m’accompagner à une fête d’anniversaire pour une de mes amies. Mon copain avait beaucoup bu et en revenant nous nous sommes disputés. Il s’est mis en colère et m’a frappée. Je suis rentrée chez moi, fâchée et déçue, en me disant que c’était fini, que je ne voulais plus le revoir. Le lendemain, il m’a téléphonée pour s’excuser, promettant qu’il ne recommencerait plus. J’ai accepté de le revoir. Nous avons repris, mais quelques temps plus tard, il m’a frappée à nouveau. Le même scénario s’est répété. Cette relation a duré ainsi environ trois ans.

Il faut que je vous dise que j’ai vécu dans une famille où il y avait de la violence. J’ai souvent vu mon père battre ma mère lorsque j’étais petite. Cette situation a duré toute mon enfance jusqu’au jour où ma mère a décidé de quitter mon père. J’avais douze ans à cette époque. Je m’étais dit alors que je ne ferais pas comme ma mère : je ne tolèrerais pas qu’un homme me frappe. J’étais forcée de reconnaître que, malgré ma promesse, je reproduisais la même situation. Je ne comprenais pas pourquoi. Au début, je me disais que je n’avais pas été chanceuse. Plus tard, après d’autres mauvaises expériences, j’ai réalisé que ce n’était pas un hasard si je me retrouvais toujours avec des hommes violents. Durant toute mon enfance, j’ai entendu ma mère me dire que je ne ferais pas mieux. Elle me répétait que je n’avais pas plus de force de caractère qu’elle et que tous les hommes étaient pareils à mon père.

J’ai réalisé un jour, avec l’aide de mon psychologue, que j’avais assimilé ce qu’elle m’avait dit. Au fond de moi, je ne croyais pas que ma personne avait suffisamment de valeur pour trouver un homme qui me respecte et m’aime réellement. Tout n’est pas réglé, mais je remonte la pente doucement. J’apprends à m’aimer, j’apprends surtout à reconnaître ma valeur. Je ne sais pas encore si je pourrai reconnaître l’homme qui me traitera avec amour et respect, mais j’y travaille.

Jean Lafontaine, psychologue

La jalousie

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous.

Salut, je m’appelle Etienne. J’aimerais vous faire part d’une prise de conscience que j’ai faite il n’y a pas longtemps. Je vivais avec Annie depuis déjà deux ans, mais elle m’a quitté il y a quelques mois. Elle m’a dit qu’elle n’en pouvait plus de se sentir surveillée et contrôlée sans arrêt, qu’elle avait besoin de liberté. Elle m’a dit que je ne lui faisais pas confiance et que cela la faisait souffrir. Au début, je me suis dit qu’elle reviendrait, car elle réaliserait qu’elle m’aime et que mes comportements étaient justifiés. Maintenant, je sais que je suis allé trop loin et qu’elle ne reviendra pas. J’ai eu beaucoup de peine à la suite de cette rupture et je ne comprenais pas pourquoi elle était partie. J’ai rencontré un psychologue pour voir plus clair dans tout ça, car ce n’était pas la première fille qui me quittait en me disant les mêmes choses. Je commence maintenant à comprendre les raisons de son départ. Je réalise que ce qui brise mes couples se nomme la jalousie. Eh oui, je suis un gars jaloux. Au début, je justifiais mes comportements jaloux en disant que c’était la faute d’Annie. Elle était trop collante avec les autres gars, elle les regardait trop souvent, elle côtoyait des gars dans ses travaux d’équipe… Bref, si j’étais jaloux, c’était de sa faute. De son côté, Annie est devenue tendue. Elle se surveillait sans arrêt pour être sûre de ne pas me rendre jaloux. Elle en est même venue à arrêter de faire des choses qu’elle aimait de peur de me faire fâcher. Vous vous rendez compte, elle avait peur de moi! Je réalise maintenant que ce n’était pas Annie qui avait un problème mais moi. Si j’étais jaloux, c’est que j’avais peur qu’elle me quitte et c’était cette insécurité qui était le problème. Je la rendais responsable de mes craintes et je lui donnais la responsabilité de me rassurer en ne faisant rien qui pourrait me déranger. Pourtant, cette insécurité m’appartenait et c’était à moi de m’en occuper. Je ne pouvais pas empêcher Annie de vivre pour que je ne vive pas d’insécurité. De plus, elle ne faisait rien qui justifiait une telle jalousie. Ses comportements avec les autres gars étaient corrects, rien de déplacé. Pourtant, ma jalousie m’amenait à la questionner sur ses allées et venues, à la surveiller, bref, à la contrôler. Le contrôle était pour moi une façon de m’assurer de ne pas souffrir. Comme je surveillais tout ce qu’elle faisait, je me donnais l’illusion qu’elle ne pourrait rien faire qui me fasse du mal. Je me suis trompé. Ce n’est pas en contrôlant ceux qu’on aime qu’on s’assure qu’ils nous aiment et qu’on s’évite de souffrir. La preuve, c’est qu’Annie est partie à cause de ce contrôle. Je réalise que la confiance dans le couple est un ingrédient essentiel et que j’aurai à apprendre à faire confiance à l’autre. J’aurai aussi à travailler sur mon insécurité qui est en fait une peur d’être abandonné et de souffrir. Je devrai donc prendre le temps de calmer cette peur. Mon psychologue et moi, nous y travaillons! J’espère donc pouvoir vivre une prochaine relation dans laquelle amour et liberté vont se côtoyer!

Mélanie Thibault, psychologue

Les réflexions d'un célibataire

Psychologue invitée : Mélanie Thibault

Quand je vois mon grand ami, nous parlons de nos vies pendant des heures. Lors de notre dernière rencontre, il m’a partagé la difficulté d’être «encore» célibataire après quatre années. Non pas qu’il n’ait rencontré aucune femme durant cette période, mais ce furent souvent des rencontres brèves d’un soir ou de quelques jours qui ne débouchaient sur aucune relation durable. «Avant, j’aimais vraiment cette liberté de pouvoir rencontrer qui je voulais sans vraiment avoir à me poser de question, m’a-t-il expliqué. Mais maintenant que je me sens prêt à plus, je ne rencontre personne qui puisse vraiment m’intéresser et avec qui ça marche.» Nous avons donc exploré ce qui pouvait bien être la cause de cette difficulté qui le rendait triste.

Première prise de conscience

En parlant ensemble, nous avons constaté que mon ami a certaines craintes face à l’engagement sérieux avec quelqu’un. Au début, il me disait : «J’ai peur de me tromper, si jamais il y avait mieux ailleurs.» En creusant un peu plus loin, il a convenu que paradoxalement, il a justement peur de trouver la bonne personne. Cette réponse m’a d’abord étonnée. Puis mon ami m’a expliqué qu’au fond, s’il trouve la bonne personne, une personne qu’il aime beaucoup, il s’attachera à elle et prendra alors le risque de la perdre. «Perdre un grand amour, m’a-t-il dit, serait tellement dur à traverser!»

En fait, nous avons constaté que plus l’amour est grand, plus le risque de souffrir de la perte de cet amour est grand aussi. Alors je comprends pourquoi mon ami a peur de perdre quelqu’un d’important et de souffrir. Il a d’ailleurs perdu un proche ces dernières années, et cette perte lui a fait tellement mal qu’il ne veut pas revivre cette douleur. Depuis, il a développé plusieurs stratégies pour se protéger d’un véritable attachement à une femme et la laisser devenir importante pour lui : il choisit des femmes non disponibles ou déjà en couple. Quand ces dernières manifestent de l’intérêt pour lui, il devient tout à coup très occupé et distant. Bref, tout pour éviter d’être vraiment en relation.

Ça se confirme…

«Mais j’aime aussi ma liberté même si je veux une blonde! a ajouté mon ami. Il me semble que ce serait dur d’y renoncer après toutes ces années. C’est vraiment agréable de sentir que je peux charmer plusieurs femmes, vivre les moments pleins de frissons de la première rencontre sans jamais devoir quelque chose à l’autre.» J’étais un peu surprise, lui qui venait de me dire qu’il voulait vraiment s’engager. Je lui ai alors demandé : «Tu as l’impression que vivre en couple, c’est devoir quelque chose à l’autre?» Il m’a expliqué que la dernière fois qu’il s’était attaché à une femme, il s’est senti responsable de ses besoins et a cherché à lui faire constamment plaisir. Il n’arrivait plus à dire non et se sentait coupable de prendre du temps seul. Il ne se donnait pas le droit de répondre à ses besoins car il était trop occupé à répondre à ceux de sa copine. Toute sa vie tournait autour d’elle. À la fin, il a trouvé la relation lourde et s’est senti pris et étouffé. «Mais pourquoi faisais-tu autant de choses pour elle?» lui ai-je alors demandé. «Je voulais qu’elle reste. Je croyais que si je faisais tout pour elle, elle m’aimerait encore plus et ne me quitterait pas.» On revient encore à cette peur de perdre, d’être laissé. Mon ami se trouve donc devant deux options insatisfaisantes : éviter l’engagement pour être certain de ne rien perdre ou être en relation et se perdre lui-même pour ne pas perdre l’autre. Alors, rencontrer des femmes différentes de temps en temps sans pour autant aller plus loin est une sorte de bon compromis : mon ami comble ses besoins relationnels un minimum sans prendre le risque de s’attacher.

Et maintenant…

Je ne sais pas ce que mon ami fera de ces prises de conscience. Peut-être que le seul fait d’avoir démasqué sa peur de perdre un être cher l’aidera à faire le choix d’affronter cette peur plutôt que de développer toutes sortes de stratégies inconscientes d’évitement. Peut-être aussi découvrira-t-il qu’il porte en lui des blessures liées à des expériences d’abandon dans son enfance, et que sa peur d’être abandonné revit en lui lorsqu’il est en couple. Peut-être craint-il de souffrir autant que dans le passé. J’aurais alors envie de lui dire justement qu’il n’est plus un enfant et qu’il pourra survivre à une rupture. Il a davantage de ressources en tant qu’adulte, alors on ne peut plus vraiment l’abandonner. Fais-toi confiance, mon ami, et prends le risque d’aimer, ça vaut la peine!

Ma liberté

Cette histoire est fictive mais s’inspire de faits vécus…

Depuis le début de mes études universitaires, j’ai rencontré plusieurs filles intéressantes mais avec qui je n’ai fait que de courts bouts de chemin.

En effet, après un mois ou deux en couple, j’avais envie de prendre le large et je mettais fin à la relation. J’en ai brisé des cœurs en trois ans. Pourtant, j’avais envie de vivre une relation stable, mais chaque fois que je sentais que ça devenait sérieux, que l’autre pourrait s’attacher, on dirait que je me sentais en prison. J’étouffais. J’avais toujours l’impression que si je continuais la relation, j’allais être obligé de répondre à tous les désirs de l’autre et que je ne serais plus libre de vivre ma vie comme je le voulais. J’avais aussi peur de devoir me justifier chaque fois que j’avais envie d’être seul, de voir mes amis ou d’avoir des projets personnels. J’avais l’impression de devoir rendre des comptes.

J’ai longtemps pensé que les filles étaient compliquées et qu’elles voulaient me mettre la corde au cou, mais j’ai réalisé il n’y a pas longtemps que je fais partie du problème.

D’abord, comme je crains que le rapprochement ne brime ma liberté, quand je sors avec une fille, je suis tellement distant qu’elle se demande toujours si je suis vraiment intéressé à elle. Elle finit donc par me dire que nous ne passons pas assez de temps ensemble et me faire part de plus en plus souvent de son insatisfaction dans la relation, ce que je prends comme des reproches qui me donnent envie de partir.

De plus, j’ai de la difficulté à dire non et à assumer mes choix quand l’autre est insatisfait ou exprime de la déception. C’est comme si je me sentais responsable de veiller à ce que l’autre ne soit jamais déçu. Donc si ma blonde veut être avec moi alors que je n’en ai pas envie, je n’ose pas lui dire et je me force à rester avec elle. Je ne suis alors pas très disponible et je finis par ne plus avoir envie de la voir car je ressens de la colère envers elle.

En fait, je réalise que c’est contre moi que je suis fâché : je ne me respecte pas et je me soumets à ce que l’autre veut. On dirait que j’oublie que mon pouvoir est entre mes mains et que c’est à moi de dire non et de mettre des limites quand je le veux. C’est ma responsabilité de m’occuper de mes besoins et je ne suis pas responsable des besoins de l’autre. Elle peut me faire une demande, mais je suis toujours libre de refuser. Ma liberté est en MOI.

Depuis que je me permets de dire non, c’est drôle, j’ai plus envie de me rapprocher de l’autre, je me sens moins emprisonné car je sais que c’est moi qui aie le pouvoir sur ma vie. Je n’ai donc plus à me protéger en me tenant à distance ou en coupant la relation.

Mélanie Thibault, psychologue

Pourquoi dit-on « tomber en amour »?

Cette histoire s’inspire de faits vécus vieux comme le monde…

Non, mais c’est vrai! Cela vient tout juste de m’arriver et j’ai plutôt l’impression de flotter sur un nuage!

Il n’en a pas toujours été ainsi. Voyez-vous, je suis une personne plutôt rationnelle de nature. De par mes expériences passées, j’en étais arrivée à une idée assez précise du genre de gars qui me conviendrait. Je connaissais déjà Simon. Il ne correspondait pas du tout à mes critères, mais c’était un bon copain. Un soir, alors que nous étions les derniers à partir à la fin d’une soirée, nous nous sommes mis à jaser. Puis nous avons marché, toute la nuit. Il semble que nous avions plein de choses à nous dire et à découvrir l’un sur l’autre. C’était comme si je rencontrais un nouveau Simon. Au matin, nous sommes rentrés chacun chez nous. J’avais le cœur tout drôle. J’aurais voulu continuer à parler avec lui. J’avais hâte de le revoir. Je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’à lui. J’essayais de me raisonner, mais c’était plus fort que moi. Il m’a téléphoné au début de l’après-midi. Pour lui aussi cela avait été une rencontre inattendue. Nous sommes ensemble depuis et ça va super bien. Je ne peux pas expliquer ce qui s’est passé cette nuit-là. Nous nous connaissions déjà et pourtant, du jour au lendemain, tout a changé. Je me sens vraiment en amour pour la première fois. Je peux décrire les aspects chez lui qui me plaisent mais ce que j’éprouve pour lui dépasse ces considérations. Je ne peux pas expliquer pourquoi je l’aime. Je le ressens et c’est tout. Et depuis, j’ai des ailes!

Johanne Bernatchez, psychologue, Service de psychologie et d’orientation

Rester soi-même en amour

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Il y a quelques années, si on avait demandé à mes copines de décrire le genre de personne que j’étais, elles m’auraient probablement décrite comme une fille fonceuse et très active, s’impliquant dans toutes sortes d’activités, prenant souvent le leadership dans les groupes et n’ayant pas peur de faire valoir ses idées. Cela aurait été et serait encore un portrait assez représentatif de moi… sauf quand je tombais en amour… Je devenais alors une tout autre personne. Je ne savais plus quoi dire, quoi faire, quoi être. Je cherchais constamment à deviner ce que mon copain du moment attendait de moi. J’en venais à ne plus trop savoir moi-même qui j’étais et ce que j’espérais d’une relation amoureuse. J’étais prête à devenir ce qu’il voulait que je sois, pourvu que j’aie l’impression d’être aimée en retour. Cela m’a occasionné plusieurs déceptions amoureuses. Mes ex avaient été attirés par la personne dynamique et indépendante qu’ils connaissaient. Ils ne s’attendaient pas à retrouver, dans l’intimité, une fille bouleversée et inquiète quand ils avaient à me quitter momentanément. Cela aboutissait invariablement au cercle vicieux suivant : plus je m’accrochais, plus ils cherchaient à se distancer et plus ils s’éloignaient ainsi, plus je me cramponnais à eux et cela jusqu’à ce que ça casse. J’ai expérimenté ainsi toute la gamme de relations, du « bon Jack » qui veut m’aimer pour ce que je suis à l’abuseur qui ne cherche, au fond, qu’à exercer un pouvoir absolu sur autrui. Malgré toute cette abnégation de ma personne, jamais je n’ai eu le sentiment d’être aimée réellement comme j’aspirais tant au fond de moi. La dernière relation a été particulièrement destructrice et j’ai dû aller chercher de l’aide. C’est là que j’ai commencé à réaliser que mon grand besoin d’être aimée par un gars provenait en fait du peu d’estime que j’avais pour la femme que je suis. Je voulais en quelque sorte que le gars m’aime pour deux. Depuis, j’ai commencé à regarder, accueillir, considérer la femme en moi. Dans mes relations affectives avec les hommes, je me perds moins de vue. Et lorsque je ne peux identifier immédiatement ce que je veux ou ne veux pas, je m’accorde du temps pour sonder mon désir réel. Je m’en laisse de moins en moins imposer. J’ai découvert ainsi une source d’amour inattendue et nourrissante : l’amour de moi. Je sais que lorsque je tomberai en amour à nouveau, je m’attendrai à ce que cet homme aime la femme que je suis, tout simplement.

Johanne Bernatchez, psychologue

Se remettre d’une rupture

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous.

J’aimerais vous partager une expérience que j’ai vécue, il y a longtemps, il me semble. Il y a environ un an, mon petit ami m’a quittée pour une autre fille. Au début, j’ai eu beaucoup de difficultés à admettre qu’il ne m’aimait plus. De mon côté, je l’aimais encore. Je pleurais encore souvent en pensant à lui. Cette rupture m’a beaucoup blessée. Je n’avais plus confiance en moi. Je croyais que je n’intéresserais plus personne, que je ferais ma vie seule. Mes amies avaient beau me dire toutes sortes de choses pour me réconforter, j’étais complètement démolie. Après quelque temps et de longues réflexions, j’ai senti monter en moi de la colère contre cet homme. Je lui en voulais, je le tenais responsable de ma douleur et de ma peine. Je souhaitais qu’il souffre autant qu’il m’avait fait souffrir. J’en voulais même à tous les hommes. J’avais décidé de faire ma vie sans eux. Puis je me suis calmée peu à peu. Je comprends aujourd’hui qu’il était préférable qu’on se laisse, puisqu’il ne m’aimait plus. En fait, ça n’allait plus entre nous depuis un certain temps, mais j’avais du mal à le reconnaître. Je vois maintenant que cette séparation était pour le mieux. J’envisage désormais l’avenir autrement.

J’ai rencontré dernièrement un garçon avec qui je m’entends très bien. Pour l’instant, nous sommes copains mais qui sait...

Jean Lafontaine, psychologue
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666

Se relever lors d’une rupture

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Bonjour,

je m’appelle Karine. J’ai le goût de vous faire part de l’expérience que j’ai vécue il y a quelques mois. Mon chum m’a annoncé qu’il voulait me laisser, qu’il n’était plus certain qu’il m’aimait. Il disait qu’il n’était plus heureux avec moi depuis quelque temps, mais sans me donner plus d’explications.

Ça faisait deux ans qu’on sortait ensemble et il me semble que ça allait bien. Sur le coup, ça m’a surprise; je ne m’attendais pas à ça et je n’arrivais pas à y croire. J’ai tout fait pour le retenir, le faire changer d’idée, mais sans succès. Quand je me suis aperçue que c’était bel et bien fini, j’étais complètement à terre.

Je pleurais pour des riens, je cherchais ce que je pouvais bien avoir fait qui avait pu autant l’éloigner. Je lui en voulais aussi de m’avoir laissée sans plus d’explications.

J’ai fini par décider d’aller rencontrer un psychologue parce que ça devenait trop dur pour moi et que même mes amies ne savaient plus comment m’aider. C’est de cette façon que j’ai compris que le fait d’avoir un chum me laissait croire que j’étais importante et que, sans lui, c’était comme si je perdais toute ma valeur et ma sécurité. J’ai pu réaliser, qu’au fond, pour moi aussi il y avait des choses qui ne me satisfaisaient pas.

Cela m’a finalement permis de faire le ménage entre ce que je trouve important et ce que je ne veux pas dans une relation de couple. Maintenant, je sais que je suis importante, avec ou sans chum. J’apprends à vivre dans mes relations en tenant compte de moi et je suis de nouveau très heureuse.

Valérie Meunier, interne en psychologie (1998)
Service de psychologie et d’orientation