Quête de sens, retour à soi, identité

Devenir adulte : un voyage initiatique

Psychologue invitée : GINETTE CLOUTIER

À Pâques, l'an passé, ma nièce Cynthia me faisait part de ses difficultés à entrer dans la vie adulte. Mon intérêt s'est immédiatement mis en éveil. Dans le cadre de mon travail, ces inquiétudes, ce n'est pas la première fois que je les entends. Qu'est-ce qui se passe dans la société actuelle pour que tant de jeunes soient désemparés à l'idée d'entrer dans la vie adulte?

Le voyage initiatique

Cynthia me disait que ce qui la rebute dans cette étape de vie, c'est la monotonie, le sérieux et ces fichues responsabilités qu'il faut assumer. Comment expliquer à une jeune de 20 ans que la vie adulte, c'est merveilleux, douloureux, palpitant, parfois ennuyant, souvent déstabilisant, et que ce voyage en vaut la peine? La période de transition vers la vie adulte ne sert-elle pas à cela, remettre en question, essayer de garder certains privilèges de l'enfance, tâtonner dans les responsabilités? N'est-ce pas une période qui sert de tremplin à ce saut périlleux vers la vie adulte? Période nécessaire de remise en question de tout ce qui, on se l'imagine, était bon avant?

Comment outiller ces jeunes pour que la réception du saut soit faite en bonne et due forme, pour que l'oisillon s'envole maladroitement, mais qu'il s'envole tout de même et ne se laisse pas couler vers le bas?

Le rêve doit être à la mesure du rêveur

À trop leur présenter des quêtes inaccessibles, ne submerge-t-on pas les jeunes d'exigences irréalisables par rapport à eux-mêmes et à la vie? Cynthia me disait ne pas être capable de s'identifier aux adultes : les baby-boomers n'ont pas ses valeurs et la génération X, pas question! Elle a l'impression d'avoir à se bâtir un modèle, et ce n'est pas une mince affaire. Maintenant, c'est presque normal qu'un jeune rêve de devenir astronaute, de gravir l'Himalaya, de sauver la planète. Pourtant, seul un tout petit nombre de personnes a les qualités requises et trouvera les conditions favorables pour réaliser de tels rêves. On dirait parfois que les rêves sont trop grands pour les capacités réelles de la personne.

Devenir adulte, c'est s'actualiser, c'est réaliser son potentiel, c'est aller au bout de soi-même. C'est se mettre en marche pour accomplir ce qui nous tient à coeur, à la mesure de nos capacités. Fonder une famille, fréquenter un cercle d'amis, exceller dans un sport, relever de nouveaux défis, rire, s'amuser, s'actualiser dans son travail, faire des choix de vie selon ses valeurs, tout cela peut être très satisfaisant et donner l'impression fort agréable de l'accomplissement.

Un adulte flirtant avec les valeurs de l'adolescence

J'ai interrogé un homme d'expérience, quelqu'un qui est rendu au sommet de la montagne. Quelqu'un qui regarde «sagement» de là-haut comment il a réussi à traverser le périple de la vie adulte et surtout la période transitionnelle vers ce sommet. Lui aussi a trouvé difficile ce passage vers la vie adulte. Il a composé avec cela en ne s'engageant pas tout de suite, mais en allongeant de quelques années ses études universitaires pour la période de maîtrise tout en étant chargé de cours (il faut bien gagner sa vie!). C'est autour de 27 ans que le goût de la vie adulte s'est imposé. Il commençait à trouver frustrant de ne pas avoir droit de parole au travail, trouvait difficile le vide de sa vie amoureuse. La vie sans engagements commençait à lui peser. Il s'est alors engagé dans un travail régulier à l'université, et il a rencontré une compagne de vie stable. Les deux premières années de travail ont été difficiles puisqu'il avait l'impression d'entrer dans le moule, de se fondre dans la vie adulte. Il avait l'impression de perdre cette liberté si chère à son cœur, son identité même. Finalement, les bienfaits de l'âge adulte sont apparus, la satisfaction de pouvoir exprimer son opinion, d'avoir un pouvoir décisionnel au travail et dans la société. Dans sa vie privée, les bienfaits d'un amour grandissant et constant l'ont conquis pour les avantages de la vie adulte. Pour être heureux, il n'a quand même pas tout abandonné ce qui l'animait, le faisait «vibrer» avant cette période. Il se considère comme un adulte flirtant avec certaines valeurs de l'adolescence, valeurs qu'il assume pleinement.

Garder la spontanéité de l'enfance

Cynthia aimerait tellement garder la spontanéité de l'enfance, celle qui est possible quand on n'a pas à gérer notre vie, mais à la vivre. Elle voudrait garder la confiance en la nature humaine et l'espoir en l'avenir qu'elle avait quand elle était petite. C'est une bonne piste, Cynthia, c'est ce qu'il a fait, lui, le « sage »!

Encenser le sens

Psychologue invité : GRÉGOIRE LEBEL

Ce matin, ma voiture émet un son étrange. Mauvais signe. Mauvaise humeur. Moi qui pensais passer une petite journée tranquille et souriante, voilà que les ennuis commencent. Je me rends au garage, bougon. Pas la destination détente que j'entrevoyais en ce jour de congé. Je tente sans entrain de reproduire le son que génère ma voiture au garagiste qui me regarde en souriant. Il peut bien rire : je suis nul en interprétation de sons de voitures, et c'est lui qui va profiter de mon malheur pour se remplir les poches. Je sais, je suis de mauvaise foi. Ça m'arrive. Mais lui ne se démonte pas pour autant. Sourire complice en coin et sourcils froncés en signe de réflexion, il semble m'écouter avec une réelle attention. Il m'envoie une petite tape sur l'épaule et me propose d'introduire mon bolide dans le garage par la porte numéro trois. Je m'exécute, grognon. Il se met alors à inspecter mon véhicule sous tous ses angles, m'expliquant ce qu'il fait et dans quelle intention. Troublé, je regarde cet homme énergique qui danse autour de mon carrosse, stimulé par je ne sais trop quelle motivation cachée. En fait, sa recherche semble si passionnante que je me surprends à m'approcher et à tenter moi-même de mettre la main à la pâte. Je scrute, j'observe, j'émets des hypothèses, mû par l'énergie de cet homme qui paraît sincèrement prendre plaisir à chercher le bobo. Depuis quand suis-je intéressé par la mécanique? Euh… Depuis six minutes environ!

Énergie contagieuse?

En fait, ce n'est pas nécessairement la mécanique qui m'intéresse, mais surtout l'élan de cette personne qui me donne accès à ce qui la fait vibrer. On a tous rencontré un jour ou l'autre un professeur d'histoire qui nous a fait vivre des épopées mémorables, des batailles décisives, des moments grandioses, ou un artiste qui nous a transporté sans résistance dans son univers imaginaire et tordu. Mais d'où vient cette énergie contagieuse qui nous transporte lors de situations à prime abord banales?

Une première partie de réponse nous mène du côté du sens. Le sens à titre de source de motivation, d'assise sur laquelle s'échafaude une action. Je sais pourquoi j'agis, mon action a un sens pour moi. Pas de sens, pas de motivation. Bon, nous avons un point de départ. Maintenant, si nous reprenons l'exemple de notre garagiste, quel sens peut-il bien donner à son action pour être aussi motivé? Peut-être travaille-t-il pour l'argent? pour se sentir valorisé? pour passer le temps? Je me risque à lui poser la question. «En fait, me répond-il, j'aime ce que je fais, je suis fier de le faire et surtout, j'ai le sentiment de mettre à profit mon potentiel et mes compétences pour aider les autres. C'est très agréable!» Visiblement!

Ce qui est si attirant chez une personne qui prend plaisir à se mettre en action, c'est justement le plaisir et la satisfaction qu'elle semble en retirer. Dans notre définition populaire du bonheur, le plaisir et la satisfaction sont deux ingrédients importants et donc leur recherche nous semble tout à fait indiquée. Malheureusement, nous ne pouvons calquer l'activité qui provoque un élan chez l'autre car elle n'aura vraisemblablement pas le même effet chez nous. En effet, si je me mets à la mécanique, faibles sont les chances que je m'y trouve aussi épanoui que cet homme. Mais alors, comment trouver mon élan? J'y ai droit moi aussi, au bien-être!

Ressentir le sens

La deuxième partie de la réponse passe par la connaissance de soi. Pour trouver notre sens, il faut chercher au bon endroit. Souvent, nous confondons être bien et avoir tout ce qu'il faut pour dire qu'on est bien. Des éléments extrinsèques tels un emploi prestigieux ou un salaire intéressant constituent des aboutissements qui nous semblent gagnants. Mais est-ce vraiment cela qui nous fait vibrer, qui nous énergise, qui donne du sens à notre action? Socialement, peut-être. Néanmoins, dans le vécu quotidien, dans l'ici et maintenant, ces conceptions externes et artificielles ne sont pas très nourrissantes. Il s'agit donc pour moi de cesser de chercher la clé avec ma tête uniquement et de me laisser guider par quelque chose qui tient compte de ce que je suis vraiment, une réponse qui n'oublie certes pas mon intellect, mais qui contente également mon ressenti, qui met à profit mes compétences tout en respectant mes valeurs.

Somme toute, si je pars de ce que je suis pour trouver une occupation qui me ressemble et qui met en valeur mon potentiel, alors la satisfaction, la vraie, sera à ma portée. Ça a bien du bon sens!

En faire trop, c’est comme ne pas en faire assez!

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous.

Salut, je m’appelle Marc.

J’aimerais vous faire part d’une prise de conscience que j’ai faite il n’y a pas longtemps : j’en fait trop! J’ai toujours été quelqu’un de très actif. Vous savez, celui qui participe à plein de projets, qui est impliqué dans de nombreux comités et qui est toujours partant pour faire une activité avec des amis. Celui qui étudie à temps plein, qui a une blonde et qui travaille en plus. Ouf! J’ai mené ce rythme de vie jusqu’à la dernière session. Pourquoi ne pas continuer vous allez me dire? Eh bien, j’ai appris que j’avais des limites et que je ne pouvais pas tout faire. Au cours de la dernière session, je me suis mis à ressentir une grande fatigue. Je n’arrivais plus à me lever le matin. Je me sentais stressé et irritable. J’étais épuisé et mon rendement scolaire s’est mis à diminuer. Je n’arrivais plus à être présent à mes activités, car je ne pouvais m’empêcher de penser à tout ce que j’aurais à faire dans la journée et au fait que je manquais de temps. Mes nuits de sommeil ont raccourci : je faisais mes travaux tard le soir et j’avais de la difficulté à dormir. Ma copine me disait souvent qu’on ne se voyait pas assez, que je n’étais pas présent à elle quand on était ensemble. Puis, j’ai commencé à manquer des cours pour dormir ou pour rattraper les travaux que je n’avais pas eu le temps de faire. J’ai peu à peu perdu l’envie de faire mes activités et tout me demandait un effort. C’est alors que j’ai réalisé que ma vie était devenue complètement déséquilibrée, que je m’étais perdu de vue et que je devais changer quelque chose. J’ai compris aussi que je cherchais à me valoriser par la quantité de choses que j’accomplissais. Cependant, à force d’en faire trop, je ne faisais les choses qu’à moitié et j’avais de mauvais résultats, ce qui n’était pas du tout valorisant au bout du compte. J’ai appris à en faire moins, mais à profiter pleinement de ce que je faisais. Je réussis mieux ainsi, car je mets plus de temps dans ce que je fais et j’ai de meilleurs résultats. Ma relation de couple se porte mieux, car je prends le temps de m’y investir, mes notes ont monté, car j’ai plus de temps pour étudier et j’ai réduit mes heures de travail afin de me donner du temps pour me reposer et avoir des loisirs. J’ai fait une sélection dans les comités auxquels je participais : j’ai choisi ceux qui étaient les plus significatifs pour moi et j’ai laissé les autres. J’ai donc appris peu à peu à m’aimer pour ce que je suis et non uniquement pour ce que je fais. J’ai établi mes priorités et fait des choix pour prendre soin de ma santé mentale et physique. Depuis, j’ai plus d’énergie et de plaisir à faire mes activités.

Mélanie Thibault, psychologue
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666

Griffé ou dégriffé?

Psychologue invitée : STÉPHANIE LALANNE

«Dégriffe est le spécialiste de la fringue de marque fashion et sportswear à prix discount.» Vous avez bien lu. J'ai trouvé cette perle, made in Paris, dans Google.

En plus du vocabulaire très mode, voilà un milieu où les marques et les signatures prestigieuses comptent. On se définit par ce qu'on porte. On est quelqu'un dans la mesure où nos vêtements, nos accessoires, notre maison, notre déco, notre voiture sont griffés. On est certain d'être correct, on se tient entre gens bien : on est du même monde.

Ma vie est monotone

De façon moins caricaturale, on peut parfois avoir le désir bien légitime de sortir de l'ordinaire, de compenser le banal de sa vie quotidienne par la recherche du «spécial». Avoir envie d'être vu, de se distinguer de la masse, d'être reconnu enfin!

Quand mon amie Claire ressent ce besoin, elle se dit qu'il lui manque sûrement quelque chose. Quelque chose d'important. Et elle cherche la source de son ennui. Elle peut alors nourrir son vrai besoin plutôt que de se distraire de façon provisoire. Récemment, Claire s'est aperçue qu'elle était fatiguée de courir pour satisfaire les demandes de tous ceux qui l'entourent. Elle avait besoin de temps pour elle. Pour respirer, écouter sa musique, regarder ses fleurs. Pourquoi alors se laissait-elle envahir? Claire a découvert sa tendance à plaire surtout à ceux qui sont importants pour elle, de peur de ne pas être assez pour eux et d'en être abandonnée.

Avant, frustrée de ne pas remplir son rôle à la perfection, elle se précipitait au magasin pour s'acheter une robe de prix proportionnel à son besoin de compensation. C'est vrai que ça lui faisait du bien sur le coup, «une soupape de sécurité», blaguait-elle. Puis, rapidement, Claire redevenait insatisfaite. Maintenant, elle sait que sa valeur ne repose pas sur ce qu'elle fait pour les autres, mais sur ce qu'elle est. Progressivement elle intègre cette découverte dans sa vie. Elle identifie de plus en plus ce qu'elle aime, ce qu'elle pense, ce qu'elle veut. Et elle tente d'être en accord avec elle-même, ce qui lui apporte beaucoup de joie.

D'où vient cette motivation à se définir?

Faisons un saut dans le temps. Survol, d'abord, d'une première étape. Appelons-la «salle des miroirs» : les années d'enfance où l'on est plus souvent défini par le regard de l'autorité sur soi.

Puis, «la salle d'essayage» : l'adolescence. On a besoin de sortir de la maison, de l'autorité parentale, et de se retrouver avec sa gang. Vous souvenez-vous de cette période de votre vie où vous aimiez vous retrouver en groupe? Certains de partager valeurs et comportements, sans discussion, tous étaient à l'aise au milieu de leurs semblables : mêmes goûts, mêmes idées, mêmes réactions. Mêmes idoles, mêmes modèles. Comme c'était simple et clair!

Le temps passant, l'excitation s'émoussant, la découverte des différences et le désir de s'affranchir et de se définir ont pris le dessus. Écrire son propre script : «la salle du scénario original». Ce désir a nourri la fierté d'aller de l'avant dans l'exploration de sa propre identité. Une curiosité très saine envers soi-même : qui suis-je? Quels sont mes intérêts? mes valeurs? mes croyances? mes rêves? mes compétences? Avoir l'audace de me commettre, parler en mon nom.

Le désir, porteur d'horizon

Comme le dit Claire : «Enlever des pelures, oser être moi, c'était aussi me rendre vulnérable, perdre des couches de protection.» Oui, on doit accepter de quitter quelque chose de confortable, de connu, de sécurisant pour marcher vers son désir profond : être soi. Évoluer, c'est accepter de perdre pour gagner. Se définir, unique, sans se couper des autres.

Aucune griffe, aucun prestige ne pourra m'apporter la satisfaction de mieux me connaître, de me réaliser pleinement, ni de me sentir aimé comme je suis.

Je vais devenir ingénieur

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Ça y est, me voilà rendu à la fin. Dans quelques semaines, j’aurai terminé mon bac et j’irai sur le marché du travail. Quand je regarde celui que j’étais il y a quatre ans, à mes débuts à l’Université, je suis frappé par les changements survenus en moi. Oui, bien sûr, j’ai vieilli, j’ai acquis plus de maturité, mes expériences de vie se sont multipliées, mais il y a plus.

Il y a quatre ans, je voulais devenir ingénieur. Je n’imaginais pas à ce moment tout l’impact que mon projet aurait sur ma personne. J’ai l’impression que mon identité s’est enrichie d’une nouvelle facette.

Lorsque je parle avec mes copains depuis le collégial, nous rigolons bien de nous voir aller maintenant tous les trois : Pat, qui termine son Barreau, et ses plaidoiries à propos de tout et de rien…; « Doc » avec ses cas uniques de médecine… et moi qui aurait, dit-on, la calculatrice facile…

Plus sérieusement, « Doc » et Pat ont aussi l’impression qu’un changement fondamental s’est effectué en eux. Il semble que ce soit une transformation attribuable à nos formations universitaires. En rétrospective, je comprends maintenant que les cours de mon programme n’y sont pas par hasard. Même ceux que j’estimais moins pertinents. Chacun d’eux a joué un rôle dans le développement d’un aspect de ma personne : mon identité professionnelle. Je ne suis plus seulement J.-F.

Je constate que je manifeste maintenant des préoccupations d’ingénieur. J’analyse les situations et les évènements de la vie à la façon d’un ingénieur. Bref, je pense désormais comme un ingénieur.

Oui, vraiment, l’université est bien plus que l’acquisition de connaissances, de compétences et d’habilités. C’est aussi une formation qui contribue à une transformation personnelle et professionnelle.

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation

Le secret de la fontaine de Jouvence?

Psychologue invitée : JOHANNE BERNATCHEZ

J'aimerais vous parler de mon oncle Gaëtan. De l'une de ses particularités plus précisément. Quand nous allons le visiter, la conversation finit toujours par bifurquer sur son activité favorite : la chasse. Il sort alors ses «portraits» de chasse. Il parle du beau buck que son gendre a tué pour la première fois. Il parle de son arbalète, des salines qu'il prépare dans son petit coin de Gaspésie pour mieux attirer ses proies, et j'en oublie. Obsessif, me direz-vous? Je vous répondrai : non, passionné! Quand il parle de sa chasse, il devient plus loquace, ses yeux pétillent, il devient plus vivant. On dirait même qu'il rajeunit.

Nous pouvons éprouver une impression semblable lorsque nous rencontrons une personne qui vit une vraie passion. Recherchez, parmi les personnes que vous avez déjà rencontrées, celles qui vous ont impressionnés, pas tant par l'objet de leur flamme, mais par l'état dans lequel cet engouement les amène, et combien cela a de l'effet sur vous. C'est alors que l'on s'aperçoit qu'avoir une passion dans la vie est une richesse.

Transformer son travail en passion?

Je ne voudrais pas vous laisser longtemps avec les attentes qu'une telle question pourrait soulever. Disons que, lorsque nous nous engageons dans une profession, un travail ou même un programme d'études, c'est qu'au départ, nous éprouvons un intérêt ou du moins un attrait pour l'activité en question. Mais notre intérêt se heurte rapidement à des contraintes incontournables : horaire strict, conciliations avec collègues et patron, évaluations, pour ne nommer que celles-là. Au fond, c'est un peu comme une passion amoureuse : l'amour pour notre travail, aussi passionnant soit-il, doit savoir s'adapter aux aspects très terre à terre de la vie au quotidien. Je lisais un jour, dans un magazine, qu'un photographe de réputation internationale avait choisi d'exercer son art en dilettante plutôt que d'en vivre, afin de préserver sa passion pour son art. C'est un choix.

Notre travail peut-il devenir une passion? Cela n'est pas impossible. Mais il est peut-être plus réaliste de se donner des moyens pour maintenir notre intérêt vivant et de tenter d'agir sur les irritants qui nous font oublier parfois qu'au fond, on aime ce que l'on fait.

Une petite place, S.V.P.

Alors, comment vivre de la passion dans notre vie? Eh bien, comme dirait mon beau-père : «Il n'y a pas que le travail dans la vie!» Quand notre travail ne suscite pas les émois escomptés, c'est ailleurs qu'on trouvera. C'est parfois au hasard de la vie qu'on fait la précieuse découverte. Mais bien souvent, il faut donner un petit coup de pouce pour créer l'occasion.

Une passion, je ne vous apprendrai rien, se vit avec le cœur. Réfléchir à ce que l'on aime n'est pas une mauvaise idée au départ. Mais chercher avec notre «tête» une «affaire de cœur» donne rarement de bons résultats. Aussi bien chercher au nord ce qu'on ne peut trouver qu'au sud! Alors il faut bien souvent expérimenter, essayer de nouvelles choses, oser, aller hors de nos sentiers battus pour faire une découverte passionnante. Mais surtout, il faut se mettre à l'écoute de ce que notre cœur nous dit. Être attentif aux remous qui se passent dans la poitrine. Considérer tout élan spontané même, et surtout, s'il n'a rien de rationnel. Car les signaux du cœur sont assez souvent discrets, mais pas aussi secrets quand on se donne la peine de les entendre.

Et par la suite, quand on sent avoir trouvé une activité qui nous passionne, il s'agit de lui faire une place, un espace-temps dans notre vie. Cela constitue la partie facile. Car lorsque nous éprouvons une véritable passion, nous n'avons pas à forcer pour lui faire de la place. Nous portons constamment en nous le désir de s'adonner à notre passion et de ressentir la vitalité qu'elle nous procure. Et combien cette énergie est nourrissante, et peut être source d'une éternelle jeunesse…

Les études ce n’est pas toute la vie!

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Bonjour, je m’appelle Isabelle.

Il n’y a pas longtemps, j’ai vécu une période difficile. Ma vie semblait avoir perdu son sens. C’était assez terrifiant. Pour la première fois de ma vie, je n’arrivais plus à savoir pourquoi je faisais les choses et pourquoi je n’avais plus de plaisir à les faire. Je me posais des questions comme : pourquoi j’étudie? À quoi ça sert de faire tout ça? Qu’est-ce que j’aime dans la vie? On aurait dit que les choses qui étaient importantes pour moi avant ne me disaient plus rien. Tout était fade, sans goût. J’étais au neutre et rien ne me faisait plus rien. Pourtant, je suis une personne très vivante, enjouée et qui aime la vie. Cet état m’a donc beaucoup inquiétée. Je suis allée chercher de l’aide auprès d’un psychologue. À la suite de nos rencontres, j’ai compris que, dans les dernières années, j’avais mis de côté une part considérable de moi. Je m’étais investie totalement dans mes études sans prendre le temps de nourrir les autres parties de ma vie. Mon côté rationnel et travaillant était mis à contribution sans arrêt, réduisant la place pour rire ou pour faire des choses simples comme aller marcher dehors pour profiter de la nature ou m’arrêter pour prendre le temps de goûter un bon repas. À rouler à 100 milles à l’heure dans le travail scolaire, j’avais perdu de vue le sens de ce travail dans ma vie. Mes études étaient devenues ma vie plutôt que de faire partie de ma vie. J’ai réalisé qu’il est essentiel de faire de la place à d’autres dimensions de ma personne, autrement, cela me donne l’impression de ne pas exister et ma vie perd son sens. Depuis, j’ai fait de la place à une de mes passions dans la vie : la peinture. Je me garde des temps pour me faire plaisir et peindre des toiles. De plus, je m’occupe de faire des choses qui ont de la valeur pour moi depuis toujours, comme être en relation avec ceux que j’aime et faire du sport pour me tenir en forme. Ma vie est plus diversifiée et plus intéressante. J’ai compris la nécessité de faire de la place à tout ce que je suis pour que ma vie ait du sens. Et vous? Est-ce que vous vous faites une place dans votre vie?

Mélanie Thibault, psychologue,
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666

Ne vous oubliez pas...

Cette histoire est fictive, mais elle s’inspire de faits vécus…

Il n’y a pas longtemps, j’ai vécu une période difficile. Ma vie semblait avoir perdu son sens. C’était assez terrifiant. Pour la première fois de ma vie, je n’arrivais plus à savoir pourquoi je faisais les choses ni à aimer les choses que je faisais. Je me posais des questions. Pourquoi j’étudie? À quoi ça sert de faire tout ça? Qu’est-ce que j’aime dans la vie? On aurait dit que les choses qui étaient importantes pour moi avant ne me disaient plus rien. Tout était fade, sans goût. J’étais au neutre et rien ne me faisait plus rien.

Pourtant, je suis une personne très vivante, enjouée et qui aime la vie. Cet état m’a donc beaucoup inquiétée. Je suis allée chercher de l’aide. J’ai compris que pendant les dernières années, j’avais mis une part considérable de moi de côté. Je m’étais investie totalement dans mes études sans prendre le temps de nourrir les autres parties de ma vie. Mon côté rationnel et travaillant était mis à contribution sans arrêt, réduisant la place pour rire ou faire des choses simples comme aller marcher dehors pour profiter de la nature ou m’arrêter pour prendre le temps de goûter un bon repas. À rouler à 100 miles à l’heure dans le travail scolaire, j’avais perdu de vue le sens de ce travail dans ma vie. Mes études étaient devenues ma vie plutôt que de faire partie de ma vie. J’ai réalisé qu’il est essentiel de faire de la place à d’autres dimensions de ma personne, autrement, cela me donne l’impression de ne pas exister complètement et ma vie perd son sens.

Depuis, j’ai fait de la place à une de mes passions dans la vie : la peinture. Je me garde du temps pour me faire plaisir et peindre des toiles. De plus, je m’occupe de faire des choses qui ont de la valeur pour moi depuis toujours, comme être en relation avec ceux que j’aime et faire du sport pour me tenir en forme. Ma vie est plus diversifiée et plus intéressante. J’ai compris la nécessité de faire de la place à tout ce que je suis pour que ma vie ait du sens. Et vous? Vous faites-vous une place dans votre vie?

Mélanie Thibault, psychologue
Service de psychologie et d’orientation
819 821-7666

Réfléchir à son avenir

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Me voilà au début de ma deuxième année de bac. Je me sens dans une toute autre disposition que celle de l’année dernière. Il y a un an, c’était la nouveauté, à la fois terrifiante et excitante. C’était aussi toute l’adaptation à une nouvelle vie et la dose de stress que cela comporte. Cette année, j’arrive plutôt avec le sentiment de savoir où je m’en vais. Il faut dire que cet été j’ai beaucoup réfléchi. Je me suis demandé pourquoi j’allais à l’université. Est-ce que je viens parce qu’après le cégep on va à l’université automatiquement ou parce que j’ai le goût de pousser plus loin dans un domaine d’études que j’aime? Je me suis demandé également ce que je veux pour moi dans la vie. Quel est mon but en poursuivant ainsi ma scolarité? Je me suis amusé à imaginer ce que je serais professionnellement dans dix ans, ce que je voudrais être… Ce que j’y ai vu m’a beaucoup plu et s’avère une source de motivation inattendue face à mes études. Comment puis-je m’y prendre pour arriver à ça? Sur quoi je mets l’accent au cours de ma formation? Les notes? Les habiletés? Les connaissances? Quels sont mes critères personnels de réussite? J’ai fait aussi le point sur ce que j’aime le plus et le moins dans mon programme d’études. Quelles habilités me distinguent déjà particulièrement par rapport à d’autres?

Vraiment, je vous le dis, j’ai beaucoup réfléchi cet été et j’en ressens déjà les bienfaits. Cette année, je ne me sens plus comme un numéro parmi d’autres. Je suis désormais une personne plus consciente de ses choix et plus confiante que cela va me mener où je veux aller dans ma vie.

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation 819 821-7666

S’engager dans sa vie

Bonjour, je m’appelle Marco. Il y a quelque temps, j’ai mis fin à une relation amoureuse qui allait bien jusqu’à ce que mon amie commence à me parler d’engagement. J’avoue que cette idée m’a fait peur. Je me suis trouvé toutes sortes de raisons pour justifier mon refus. Mon amie déçue et fâchée m’a dit que je n’arriverais à rien dans la vie en fuyant comme je le faisais. Cette parole m’a fait réfléchir. Plus je repensais à mes actions passées, plus je constatais qu’elle avait dit vrai. J’ai alors réalisé que, jusqu’à maintenant, je ne m’étais jamais engagé réellement dans ma vie. En fait, je faisais les choses qui me tentaient ou parce qu’il fallait les faire, mais jamais parce que je décidais que c’était ce que je voulais. Ainsi, j’avais mis fin à plusieurs relations par peur de l’engagement. J’avais choisi d’aller à l’université parce que c’était la suite logique des choses. J’avais décidé de ma profession en fonction de la sécurité qu’elle me procurerait. Je pouvais ainsi justifier la plupart de mes actions par cette fuite en avant…

Je me suis interrogé sur le pourquoi de cette attitude. J’ai découvert que c’était par peur de me tromper ou d’échouer. Je ne choisissais pas, car je me disais que j’allais peut-être manquer quelque chose. En fait, par ces agissements, j’étais en train de passer à côté de tout. Cette prise de conscience m’a permis de comprendre pourquoi je me sentais si souvent vide à l’intérieur. J’espérais trouver quelque chose qui m’emballe, me passionne, me contente, mais jusqu’à présent rien ne m’avait vraiment comblé. Plus j’y réfléchissais, plus j’étais terrifié. Je venais de comprendre que, si je voulais me sentir vivant, je devais m’engager davantage relativement à ma vie. Mais c’était prendre un risque que j’avais toujours refusé de suivre. La possibilité de me tromper était plus effrayante que de tenir compte de mes vrais besoins. Je n’avais pas l’habitude de me demander ce que je voulais vraiment. À la suite de cette découverte, j’ai dû demander de l’aide pour m’aider à sortir de cette impasse. Ça n’a pas été facile. Aujourd’hui, j’arrive de plus en plus à choisir en fonction de mes besoins. J’ai une nouvelle amie avec qui je désire m’engager à plus long terme. Je suis encore fragile. Il m’arrive encore d’avoir peur de me tromper, mais j’ai appris à surmonter cette peur et surtout à me rassurer. J’espère que mon petit récit pourra être utile à quelqu’un. Merci de m’avoir lu.

Jean Lafontaine, psychologue
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666