Procrastination

Régler un problème de procrastination

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Bonjour, je m’appelle Marie et j’en suis à ma quatrième session d’université. À ma première session, je m’étais promis de faire mes travaux à temps et d’étudier chaque soir, histoire de commencer ma nouvelle vie d’universitaire du bon pied. Je vous avoue que mes bonnes intentions se sont envolées dès les premières semaines. J’avais toute une série de raisons pour justifier mon attitude : des choses plus urgentes à faire, la fatigue, etc. En fait, tout me servait d’excuse pour ne pas étudier.

À ma deuxième session, ma situation était précaire. Je débutais avec deux incomplets en plus de la quantité de travail d’un trimestre qui s’annonçait chargé. Tout au long de la session, mes notes se sont avérées très médiocres. Et pour cause! Soit que je remettais mes travaux trop longtemps après la date d’échéance, soit que je m’y prenais trop à la dernière minute et que mon travail était incomplet ou carrément bâclé. Mes notes de cette session ont été très faibles, comme celles de la précédente. L’inévitable est survenu : j’ai été avisée que je risquais l’exclusion du programme. J’ai alors réalisé que j’avais un problème de procrastination.

À l’été, je suis tombée sur un article de magazine qui en parlait. On y expliquait les causes les plus fréquentes de la procrastination et on suggérait quelques pistes pour aider les gens. J’ai poussé plus loin mes lectures sur le sujet à partir des ouvrages suggérés. C’est ainsi que j’ai découvert les raisons qui me poussaient à agir de cette façon. Je craignais tellement d’être évaluée négativement que je m’arrangeais pour ne pas donner ma pleine mesure. De sorte que, même si j’avais de mauvais résultats, je pouvais toujours évoquer que je ne m’étais pas tellement appliquée et que cette appréciation, au fond, n’était pas représentative de mes capacités réelles. Ma réflexion m’a aussi amenée à me demander ce qui était vraiment évalué dans les cours : ma personne ou mon travail? J’ai compris que, dans les évaluations, ce n’est pas ma valeur en tant que personne qui est en cause, mais simplement le rendement dont je fais montre dans les travaux ou les examens. Bien sûr, il a fallu que j’apporte des changements dans mes façons de faire et que je me discipline un peu. Je me suis fait un horaire et je planifie mon temps en fonction des travaux que j’ai à faire. Je me fixe aussi des échéances réalistes que je tente de respecter le plus possible. L’automne dernier, je me suis inscrite à un atelier sur la procrastination à l’université, ce qui m’a donné un bon coup de pouce.

Aujourd’hui, ma peur d’être évaluée me dérange moins. Je sais que ce n’est pas l’ensemble de ce que je suis qui est en cause. Je me planifie mieux et j’ai réussi à remonter mes notes.

Jean Lafontaine, psychologue
Service de psychologie et d’orientation
(819) 821-7666

Texte à lire... plus tard

Psychologue invité : Danny Rochefort

Fini la procrastination. Ça y est, je plonge! Je commence : un, deux, trois, go!

TIC…

Avant de m'attaquer à la tâche proprement dite, je prépare mon espace de travail. En effet, il est inconcevable de respecter ma résolution du travail assidu et discipliné dans un tel environnement.

…TAC!

Je commence le tri des multiples documents qui jonchent mon pupitre, conférant au tout, du moins dans mon esprit, l'air d'un bureau où plusieurs dossiers transigent.

TIC…

Parmi l'amoncellement de papier et d'encre, je vise les exemplaires des derniers numéros du journal dans lesquels j'avais ciblé quelques articles à lire en profondeur. D'un geste de main effréné – le temps presse – je sélectionne les journaux des mois antérieurs et les lance dans la boîte à récupération. Mon regard poursuit ce geste de soulagement et se pose sur le titre de cet article qui trône sur la pile de documents à recycler. Les mots m'interpellent, ils me rappellent l'importance de bien m'informer pour être bon citoyen.

…TAC!

Je ressuscite le papier et me plonge dans la lecture du texte.

TIC…

Récapitulons. Je dois écrire un article. Je dois tout d'abord me discipliner pour affronter ce travail et tous les autres qui m'attendent. Pour commencer du bon pied, je dois avant tout aménager un espace de travail convenable. Avant d'aller plus loin dans ce rangement, il y a ce texte que je dois lire avant d'envoyer le papier se faire ramollir. Cependant, être bon citoyen implique beaucoup plus que lire et comprendre, je dois aussi…

…DRING!

Sauvé par le tintamarre du téléphone : il y a Grégoire qui demande de l'aide pour l'installation de son ordinateur. Serviable, je veux lui donner un coup de main.

Fuite vers un monde plus gratifiant

Voilà donc que je rends service à l'ami. Le temps cesse de compter à présent. En déséquilibre sur un pied, la tête et le bras derrière son bureau à connecter cette damnée carte de son, dans une position on ne peut moins confortable, je retrouve le bonheur de la satisfaction. Je me sens utile et efficace.

Avant de suivre mon ami vers ce 5 à 7 où d'autres profitent déjà du repos mérité, j'ai une courte pensée – tic-tac! – pour le travail inachevé qui m'attend sur mon bureau. Grâce aux amis, je réussis à repousser en arrière-plan cette intrusion de morale dans ma conscience.

Un instant de lucidité

Quelques heures plus tard, me voilà assis au bar à attendre qu'on m'offre le service. Je scrute les différentes bouteilles d'ivresse et puis soudainement, les deux pupilles de mes yeux frappent l'horloge.

BANG!

Elle est flanquée là, directement en face. Le mouvement de sa trotteuse me rappelle combien le temps est lourd lorsque j'ai ce travail en tête. Chaque fois que j'essaie de m'y mettre, je ne me sens pas concentré, je me dis que ce sera plus facile une autre fois ou je trouve quelque chose de mieux à faire. C'est bien simple, ce travail représente un poids très lourd! C'est bien normal que je ne veuille l'affronter. En effet, je voudrais que cet article soit riche, nuancé et inspiré. Les étapes pour arriver à un tel résultat son infinies! Quoi que je fasse, je serai déçu. Derrière mes aspirations idéalistes, ma mémoire émotive sait bien que mon travail n'apporte jamais une satisfaction complète. Voilà donc la source de cette apathie, de ce dégoût et de cette paralysie que je ressens face à ce genre de tâche : je n'ai pas le goût de faire quelque chose qui sera à coup sûr insatisfaisant!

Ou encore, lorsqu'un travail fait à la dernière minute donne un bon résultat, je me trouve flatté en songeant à la qualité du travail qui aurait été fait à l'avance. Ainsi, je préserve mes idéaux en évitant de me commettre et de rencontrer la valeur réelle de mon travail.

Une stratégie différente

TIC! Je transforme mes attentes en objectif réalisable en une heure.

TAC! J'accepte que ce ne soit pas parfait et je commence immédiatement.

TADAM! J'atteins mon objectif.

HUM! Je goûte à la satisfaction et prends une vraie pause.