Prise de décision

Prendre des décisions, c’est difficile!

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Bonjour, je m’appelle Suzie. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu de la difficulté à prendre des décisions. Lorsque j’ai eu à choisir mon orientation scolaire, j’ai demandé à mes parents, à mes sœurs et à mes amies de me donner leur avis. J’ai donc décidé en fonction des suggestions qui m’ont été faites. Mais voilà, au cours de ma deuxième année de bac, j’ai dû faire le constat que, d’une part, je me dirigeais vers un échec et que, d’autre part, je n’aimais pas vraiment le domaine dans lequel j’étudiais. J’en ai parlé à mes amies. Certaines me disaient de changer d’orientation, d’autres me disaient de ne pas lâcher. Les avis étaient partagés, et moi, je commençais à être de plus en plus mêlée et découragée. Je n’arrivais pas à décider ce que je devrais faire. Une amie m’a alors conseillée de consulter au Service de psychologie et d’orientation.

Grâce à l’aide reçue, j’ai pris conscience de ma difficulté à me faire confiance. Je tenais plus compte des opinions des autres que de mes propres désirs. J’ai aussi réalisé que ma difficulté à prendre des décisions était liée au fait que j’avais peur de déplaire, surtout à mes parents. Ils ne manquaient pas une occasion de dire à quiconque qu’ils étaient bien fiers que leur fille devienne avocate. Je me disais alors que remettre en question mon choix d’orientation me ferait perdre l’estime qu’ils avaient pour moi. Mon intervenant m’a suggéré d’aller vérifier ma croyance auprès d’eux. À ma grande surprise, ma mère m’a dit que ce qu’ils souhaitaient le plus était de me voir heureuse dans ce que je faisais. Cette découverte m’a permis de voir les choses autrement. Quelque temps après, j’ai décidé de me diriger vers l’enseignement et je ne le regrette pas, car j’ai réalisé que c’était ce que j’avais toujours voulu faire. J’ai encore quelques fois de la difficulté à prendre une décision, mais maintenant, j’essaie de m’écouter davantage et de faire confiance à mes propres ressources.

Jean Lafontaine, psychologue
Service de psychologie et d’orientation
819 821-7666

Choisir d'éviter ou éviter de choisir

Mathieu est assis devant le téléphone depuis près de 10 minutes, incertain de la bonne chose à faire. Sa mère veut qu'il vienne souper à la maison, sa copine espère qu'il va se libérer pour l'accompagner au cinéma, une pile de devoirs le guette d'un œil incriminant et ses amis l'attendent à la brasserie pour écouter le match de hockey. Et lui, devant tant de demandes, adopte la position de l'immobilité, conscient du passage du temps et de l'accroissement de l'urgence de choisir. Il se lève, fait quelques pas pour tenter de dissoudre l'inconfort, sans succès. Il se trouve nul, mou.

La sonnerie du téléphone retentit. Paniqué, il tend la main vers le combiné, puis interrompt son geste. Le répondeur s'acquittera de sa tâche. «Mathieu, c'est ta mère, je voulais juste savoir si tu venais souper finalement, parce que ça fait deux messages que je te laisse et que je n'ai toujours pas de réponse. As-tu le goût ou t'as pas le goût? Rappelle-moi.» Malheur, la pression monte encore d'un cran. Mathieu se répète la question : «As-tu le goût ou t'as pas le goût?» Si ça pouvait être aussi simple.

Une décision au rayon X

En heureux observateurs que nous sommes, prenons le temps d'appuyer sur «pause» et de disséquer l'expérience de Mathieu pour en saisir toute la subtilité. Notre pauvre ami se trouve devant une situation complexe où il doit se positionner. D'abord, plusieurs options s'offrent à lui et chacune d'elles semble a priori intéressante. La complexité du choix de Mathieu naît effectivement du fait que toutes les possibilités envisagées pourraient lui procurer un certain degré de satisfaction, dans des sphères différentes. S'ajoutent à cela les attentes externes portées par son entourage et ressenties par notre dépourvu décideur. Comble de malheur, entre en ligne de compte un historique lié à chacune de ces situations, comme le fait qu'il y a belle lurette qu'il a vu ses parents, le fait qu'il promette depuis un mois à ses amis qu'il va finalement se joindre à eux pour regarder une partie de hockey ou le fait qu'il ait adopté la procrastination comme stratégie d'étude depuis le début de la session. Mathieu voudrait que ça soit simple, son entourage aussi, mais force est d'admettre que ça ne l'est pas. Sa décision est complexe et lui aussi. Est-il réellement coincé pour autant?

Convoquer une réunion

Une bonne image pour illustrer le processus décisionnel d'une personne est celle de la réunion. En effet, on pourrait personnifier chacune des instances internes de notre ami et convenir que chacune d'elles est responsable d'un besoin. Par exemple, un personnage ludique et sociable pourrait plaider en faveur de la rencontre légère et festive avec les amis, valorisant ainsi des besoins de relation et de plaisir. Un autre personnage, sérieux et organisé, se ferait plutôt le défenseur de la réussite académique de Mathieu, besoin tout aussi légitime. Et ainsi de suite pour les autres besoins. Naturellement, pour que l'exercice soit pertinent et constructif, il faudra asseoir quelqu'un dans le siège du directeur, une partie de Mathieu capable de céder la parole à tout le monde et d'écouter sans juger les nombreux collaborateurs intimes qui habitent son être.

Inclure pour mieux choisir

Après avoir entendu tout le monde vient le moment fatidique : le choix. Voici ce dont un sage directeur tiendra compte pour trancher : la légitimité de ses adjoints, la force et l'importance des besoins en cause, la possibilité de répondre aux besoins ressentis autrement ou à un autre moment, sans oublier la réalité externe. Il est clair qu'un choix est une forme de saut dans le vide, dans la mesure où on ne peut prévoir l'avenir. Donc après avoir sondé son être, il faut mettre de côté la crainte de déplaire, arrêter une décision respectueuse de la «réunion interne» et assumer avec confiance qu'elle est la meilleure pour moi au moment de mon choix. Sachant que même l'inaction est une forme de choix, ne vaut-il pas mieux se mouiller et prendre le risque de se tromper? De plus, notre vaillant directeur pourra se rappeler que dire non à quelque chose, c'est dire oui à une autre chose qui semble plus attachée au vécu actuel. La réponse à un besoin, ça se justifie, et personne ne reprochera à Mathieu d'être authentique s'il explique bien son choix. Ainsi, la complexité redevient une richesse et non un obstacle.

Bonne réunion Mathieu… et bonne soirée!