Perfectionnisme

Quand le perfectionnisme devient une prison parfaite

Psychologue invitée : JACINTHE LECLERC

La compétition est-elle particulièrement présente chez les étudiants universitaires?

Excellence et performance sont des termes faisant partie du vocabulaire courant de notre société, notamment dans une communauté universitaire comme la nôtre. La quête de l'excellence et la performance ne sont point discutables dans une société où nous faisons face à plusieurs défis (recherche pour vaincre le cancer, défis écologiques, etc.) ou lorsqu'elles visent le dépassement de soi, l'épanouissement personnel. Cette quête de l'excellence peut cependant devenir contestable quand elle a des effets pernicieux sur la vie de nombreux individus et qu'elle les amène à vivre dans une prison intérieure, celle du perfectionnisme. Les murs de cette prison vous sont-ils familiers?

Profil d'un prisonnier

Le Petit Robert définit ce prisonnier (le perfectionniste) comme un individu qui recherche la perfection dans ce qu'il fait, qui fignole (à l'excès) son travail; quelqu'un qui ne sait pas s'arrêter. Un prisonnier a appris très jeune à répondre aux exigences et aux attentes de ses parents, de ses professeurs ou d'autres personnes significatives. Sa vie académique et professionnelle, et parfois même sa vie personnelle devient une performance à réaliser, et le plaisir y est malheureusement souvent absent. Le prisonnier doute souvent de lui-même et est souvent en deçà des standards qu'il se fixe, ce qui peut l'amener à abandonner plus facilement ou à procrastiner. Il s'agit souvent d'un être sensible à la critique, qui a peur du ridicule et qui ne veut pas être vu dans ses imperfections.

La population de ce milieu carcéral regroupe des individus comme Chantale, une étudiante qui consacre deux à trois jours pour faire la mise en page d'un travail avant de le remettre; Maurice, cet homme qui tient si bien sa maison; Mireille, qui recommence d'innombrables fois son message d'entrée sur sa boîte vocale; Sylvie, une chargée de cours qui porte toute son attention sur les deux étudiants qui ne l'écoutent pas en classe ou sur le 1 % de ceux qui ont exprimé une quelconque insatisfaction lors de l'évaluation de son cours, alors que le niveau moyen de satisfaction est très élevé.

Et si on s'évadait….

Enfermés depuis longtemps dans cette prison intérieure, nous ne savons plus ce qu'est la vie à l'extérieur de ses murs, ce qu'est la liberté. Pour s'évader, il faut d'abord conscientiser les effets nuisibles de notre attitude perfectionniste, constater l'inconfort de cette prison. Maurice réalise combien il a peu de temps de qualité avec son fils, étant plus souvent qu'autrement irrité par ce qui traîne. Chantale constate qu'elle se prive du plaisir de sortir avec ses amis lorsqu'elle prend tant de temps pour réviser son travail.

Réaliser progressivement les privations que notre comportement engendre nous permet ensuite de nous exposer graduellement à l'imperfection, à faire quelques essais pour s'évader. Mireille décide volontairement de ne pas recommencer son message sur sa boîte vocale. Maurice choisit de ne pas faire le ménage partout et réalise qu'il est plus calme et disposé physiquement et affectivement lorsque ses convives sonnent à la porte. Chantale décide de ne pas réviser plus de deux fois son travail avant de le remettre, et elle se rend compte qu'elle réussit aussi bien qu'avant. Sylvie s'efforce consciemment de porter attention à l'ensemble de l'évaluation de son cours et constate qu'elle tend moins à se remettre en question.

Après ces tentatives d'évasion, nous distinguons peu à peu ce qu'est la vie derrière les murs de notre prison intérieure. Nous reprenons contact avec le plaisir, nous devenons plus tolérants face à nos imperfections, nous nous critiquons moins, nous diminuons nos exigences et nous apprenons ainsi à nous aimer davantage. Quelle délivrance que de pouvoir rire de soi et de se donner le droit de faire des erreurs! Je préfère être une parfaite imparfaite (et écrire des textes imparfaits). Et vous?