Gestion du stress et de l'anxiété

La paresse, l'oisiveté et autres vices...

JOHANNE BERNATCHEZ, psychologue Service de psychologie et d'orientation

Match nul…

Voici un échange dont vous pourriez être témoin à votre retour de vacances : «Et puis? Qu'as-tu fait durant tes vacances? – Rien. – Rien? (mélange d'étonnement et d'incrédulité) – Non, rien. Je suis restée tranquille. – Ah? (mélange de suspicion et de questionnements non exprimés) – Et toi? – Ah! (mélange de fierté et de satisfaction d'avoir beaucoup à dire) Ça été bien rempli! On a passé une semaine à Niagara et on a vu tout ce qu'il y avait à voir dans le coin. Puis on est revenus le temps de refaire nos valises et on repartait pour une semaine faire le tour de la Gaspésie en vélo. Je me suis aussi mise à jour dans ma lecture de best-sellers que je n'avais pas eu le temps de lire dans l'année. Puis finalement, j'ai fait quelques conserves et je suis prête pour l'hiver. – Alors, tu te sens en forme pour la rentrée d'automne? – Bien… Tu sais comment c'est… Une autre semaine n'aurait pas fait de tort…»

Point de match…

On dit que l'oisiveté est la mère de tous les vices. Mais qui dit qu'il faut toujours faire quelque chose? Il semble, de façon générale, que notre société moderne et dite évoluée tend à inclure l'inactivité sous toutes ses formes dans la compréhension du mot «paresse». Dans le monde du travail, l'occupation à outrance se confond avec efficacité et productivité. Nos temps de loisirs ne sont pas non plus exempts de cette influence. On nous bombarde de toute part de suggestions d'activités qui induisent l'idée qu'il faut occuper, et de façon profitable, la moindre parcelle de notre temps libre. À titre d'exemple, les chroniqueurs culturels remplissent nos soirées et fins de semaine avec de nouvelles propositions chaque jour! Ce ne sont que des suggestions, bien sûr, et libre à nous d'en tenir compte. Mais cela contribue, à l'instar de bien d'autres sources de stimulations, à la croyance qu'il faut constamment faire quelque chose, et à sa réciproque, que ne rien faire est une perte de temps. Et cela ne s'arrête pas là. Un effet pernicieux de cette chasse au temps perdu est qu'elle peut nous entraîner dans une escalade d'activités à rajouter dans notre emploi du temps et dans une sorte de surenchère de standards à atteindre. Alors, nous nous procurons des abonnements culturels ou sportifs. Nous nous empressons de lire le dernier ouvrage populaire. Et ainsi de suite.

Tout cela nous donne l'impression d'être de notre temps, de suivre le courant, d'être dans la normalité quoi! Imaginez des parents qui vous diraient que leurs enfants n'ont jamais été inscrits à un cours de natation, ou à un club de soccer, ni à aucune autre activité? De la même manière, dans un milieu de travail, quand une personne arrive à en faire un peu plus que d'autres, cela devient petit à petit la nouvelle norme de productivité. Nous assistons ainsi à une évolution à la hausse des standards à atteindre. Toujours plus, toujours mieux, mais toujours les mêmes 24 heures… Essoufflés diront certains. Épuisés oseront dire d'autres.

Et le gagnant est…

Avez-vous déjà remarqué qu'il arrive plutôt souvent que nous trouvions une solution à un problème après l'avoir mis de côté pour une courte période? Avez-vous déjà observé qu'après une pause, on retrouve un peu de disponibilité et d'énergie pour retourner à notre tâche? Une personne qui se démène sur une machine bloquée est-elle plus efficace qu'une personne qui réfléchit sur l'origine de la panne? Est-ce que l'efficacité passe nécessairement par le déploiement d'actions énergiques? Vous voyez certainement où je veux en venir. L'éternel équilibre entre l'action et l'arrêt. Le voyage et l'escale. Le yin et le yang évoqueront certaines philosophies orientales. Il semble que le temps à ne rien faire ou certaines formes d'oisiveté ne sont peut-être pas aussi improductives qu'il n'y paraît à première vue. En effet, le temps d'arrêt semble permettre une autre forme de travail d'où peut provenir résolution, récupération ou encore création. D'ailleurs, l'idée de cet article et, grosso modo son contenu, m'est venue un matin alors que je <s>paressais</s>, <s>traînais</s>, relaxais dans mon lit. Non pas parce que je n'arrivais pas à me lever, mais bien par choix de profiter de ce moment. Pas trop fatigant, hein? Et plutôt efficace… Il semble que l'inaction et ses variantes entraîne finalement son lot de profit.

Décidément, cet article m'inspire. Ma journée est faite. Je ne fais plus rien. Même pas à souper. On verra bien ce qu'il en ressortira de bon…

Gérer son stress lors des présentations orales

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous y reconnaîtrez-vous?

Je m’appelle Pascal. Les présentations orales ont toujours provoqué en moi un stress incroyable, frôlant parfois la panique. Par le passé, j’avais réussi à m’en sauver. À l’université, il devenait plus difficile de les éviter. J’ai donc décidé de m’attaquer au problème et j’ai fini par développer quelques trucs qui m’aident beaucoup.

Au fond, ce qui déclenche mon anxiété quand je fais une présentation, c’est que je me mets à imaginer ce que les autres vont penser de moi. Vais-je avoir l’air ridicule? Vont-ils me trouver incompétent? Je me mets à stresser aussi quand j’anticipe sur la performance que je ferai. Vais-je bafouiller? Et si j’ai un blanc de mémoire? Alors, pour limiter l’impact du stress, j’adopte la démarche suivante. Je choisis, autant que possible, un sujet qui m’intéresse vraiment beaucoup. Je me prépare assez longtemps d’avance et je me documente de façon à ce que j’aie le sentiment de bien connaître ce dont je parle. Je me prépare de petites fiches sur lesquelles j’inscris l’essentiel de ce que je veux dire, avec des mots clés soulignés qui me servent de repères au cas où je perdrais momentanément le fil de mes idées. Quand mon contenu est prêt, je fais chez moi plusieurs simulations de mon exposé. Il m’est même déjà arrivé de le faire devant un bon ami afin d’avoir ses commentaires. Quand je suis devant la classe, je ne regarde pas directement les personnes. Je promène plutôt mon regard sur des points neutres comme le coin d’une table ou une affiche sur le fond du mur. Cela m’évite de voir l’expression des personnes et, par conséquent, de penser à leur appréciation sur ma prestation. Mais mon meilleur truc s’avère encore de me concentrer sur mon sujet et le plaisir que j’ai à en parler. Ainsi, parler devant les autres devient presque un moment plaisant.

Johanne Bernatchez, psychologue
Service de psychologie et d’orientation
819 821-7666

On se calme le pompon, ou l'art de se compliquer la vie

Psychologue invitée : LUCIE GAUTHIER

Incroyable tout ce que les nerfs peuvent nous faire faire! Rougir, bafouiller, perdre ses moyens, s'enfarger, gaffer, moduler l'appétit, suer, trembler, ruminer, faire de l'insomnie et j'en passe… Qui n'a pas sa petite histoire d'un moment de vie où l'anxiété était tellement forte qu'elle lui a fait faire des idioties, des choses tellement aberrantes parfois qu'il est difficile d'imaginer que l'on ait pu agir ainsi?

Une première

Il y a plus de 25 ans, je faisais ma maîtrise en psychologie à l'Université de Montréal. Je me souviendrai toujours de cette journée où je devais recevoir mon premier «vrai» client. Le rendez-vous était prévu pour 19 h; à cause de la grève des autobus, je devais prendre un taxi pour me rendre au service d'aide en psychologie. J'avais prévu téléphoner vers 17 h 30 pour arriver quelques minutes à l'avance et me concentrer (je devrais plutôt dire me ressaisir).

Pendant toute la longue journée, je révisais, je ressassais continuellement mes notions professionnelles, je regardais le temps avancer et… j'angoissais. Je devais réussir cette entrevue. C'était pour moi un enjeu capital. J'avais l'impression que ma valeur et mes compétences professionnelles allaient se jouer lors de cette entrevue. Juste à penser que six paires d'yeux, dont deux paires d'yeux d'experts, seraient braqués sur moi derrière le miroir d'observation me nouait l'estomac et me coupait le souffle! Qu'est-ce qu'ils vont penser de moi? Est-ce que je vais être à la hauteur? J'imaginais aussi, histoire de tout prévoir, tous les scénarios possibles quant à l'entrevue et à la cliente : tout à coup que… que vais-je faire si… il ne faut pas que je fasse d'erreurs… il faut que je sois correcte. Je vous jure que, malgré mon jeune âge, j'avais de vraies bouffées de chaleur! J'essayais de me calmer en respirant, en me raisonnant, en marchant de long en large dans l'appartement. Ça fonctionnait… de courts instants, mais plus le temps avançait et me rapprochait du moment crucial, plus ma respiration s'écourtait et mes chaleurs augmentaient.

Courage, Lucie!

17 h 30! Je prends une longue respiration et je compose le numéro de téléphone du taxi. Je me dis au même moment : «Ca y est, c'est parti!» «C'est à quelle adresse madame?» Stressée, je réponds : «Euh.. 1407, boulevard de l'Université.» Quelques secondes de silence et on me demande : «Où est-ce que ça se situe exactement? Il n'y a pas, je crois, de boulevard de l'Université à Montréal!» Je réalise à ce moment que j'avais donné mon ancienne adresse à Sherbrooke. Je me ressaisis et j'essaie de me concentrer sur ma nouvelle adresse à Montréal. Ouf, ça me revient : «Je m'excuse, j'ai fait une erreur, je suis sur la rue Esplanade.» «À quel numéro?» J'étais tout à fait incapable de me souvenir de l'adresse! Mon stress augmentait… ma mémoire divaguait… et je percevais que le réceptionniste commençait à douter de ma demande. Il ne fallait surtout pas qu'il raccroche, je n'entrevoyais aucune autre possibilité de transport! J'ai dû m'excuser à nouveau et lui demander très poliment de m'attendre quelques instants. Imaginez! Il a fallu que je sorte pour aller lire sur la porte le numéro civique qui y était indiqué! Lorsque le chauffeur est arrivé, il m'a abordée en faisant allusion à la bizarrerie de mon appel et au questionnement du réceptionniste : est-ce que j'étais une cliente sérieuse? Nerveusement, car j'étais encore dans tous mes états, j'ai répondu qu'en effet cela avait dû paraître bizarre, que j'étais vraiment mêlée. Il m'a alors demandé : «Où je vous conduis?» Timidement, je lui ai répondu : «À l'Université de Montréal, au centre d'aide en psychologie.» Il m'a regardé du coin de l'oeil et a hoché la tête, comme s'il venait de tout comprendre. Jamais je n'aurais osé lui dire que l'intervenante, ce serait moi!

Le pire… lorsque je suis allée chercher ma cliente dans la salle d'attente, elle m'a abordée en me disant : «C'est la première fois que je consulte, je suis bien nerveuse.» Devinez ce que je lui ai répondu, très rassurante : «Ne vous en faites pas… vous allez voir, ça va bien aller!»

La fin de l'histoire? Tout s'est bien déroulé et étonnamment, on m'a même dit que j'avais l'air détendue et pleinement en possession de mes moyens! Pourquoi? J'ai lâché prise sur les anticipations et je me suis finalement centrée sur le moment présent. Tant pis! J'ai aussi fait taire les exigences; vouloir faire le mieux, en me demandant simplement de faire de mon mieux.

La morale de l'histoire : le grand stress nous rend parfois un peu dingo… Se calmer le pompon, c'est intelligent finalement!

Quand on a peur d’avoir peur

Je trouve la vie stressante. On dirait qu’il y a tout le temps un risque à tout. Si je n’étudie pas assez pendant ma session, j’accumulerai du retard, j’aurai de moins bons résultats, j’aurai peut-être des échecs et je risquerai d’être exclue de mon programme. Et quelles conséquences cela aura sur ma vie professionnelle plus tard? Même de simples situations quotidiennes peuvent comporter des risques aux conséquences pénibles. Imaginez que je rate mon bus et que j’arrive en retard à un rendez-vous important? Ou encore, si je m’habille de façon inappropriée avec certaines personnes, on pourrait avoir une fausse opinion de moi et cela pourrait éventuellement me nuire. Vous voyez? C’est difficile.

Vous trouvez que je m’inquiète trop facilement? Vous avez raison. Ce que vous venez de lire, c’est comment ça se passait dans ma tête il y a un an. Depuis, j’ai découvert que je souffre d’anxiété généralisée. Ce trouble se caractérise par la présence de pensées anticipatoires et craintives. Ces pensées et leurs gestes sont mobilisés dans le but d’éviter le pire. Le pire qui ne vient jamais, naturellement. Toutes sortes d’idées roulent sans cesse dans la tête, ça en devient épuisant. Il peut arriver que l’on planifie constamment afin d’éviter les incidents désagréables. Parfois, c’est tellement intense qu’on peut éprouver des inconforts physiques comme le cœur qui palpite ou la sensation d’une boule à l’estomac. Le sommeil est souvent perturbé. Ça peut nous prendre une éternité à faire des choix tellement on analyse toutes les conséquences possibles d’une décision. Ces pensées peuvent devenir envahissantes, paralysantes même, si on ne développe pas des habiletés à les reconnaître et à les neutraliser.

Alors maintenant, quand je me mets à anticiper sur ce qui pourrait survenir, j’arrête ce discours dans ma tête et je me ramène à ce que je fais dans le moment. Je recherche une solution seulement quand je fais face à un problème. C’est bien moins lourd ainsi que de porter une tonne de risques possibles et toutes les solutions pour y remédier!

Johanne Bernatchez, Service de psychologie et d’orientation