Gestion des émotions

Je me sens mal

Cette histoire est fictive, mais elle s’inspire de faits vécus…

Ce matin, je me suis réveillée et je me sentais toute croche. « Mais non, me suis-je dit, il faut que je sois de bonne humeur ». Quand ma coloc m’a vue, elle m’a dit que je n’avais pas l’air dans mon assiette. J’aurais préféré que ça ne paraisse pas. J’aurais préféré avoir l’air bien et qu’il n’y ait pas cette sensation désagréable en dedans de moi. J’ai décidé de dire à ma coloc que ça n’allait pas, même si je ne savais pas pourquoi. Mon amie m’a dit qu’elle aussi, ça lui arrivait de se sentir mal sans comprendre pourquoi.

Puis, elle m’a demandé s’il s’était passé quelque chose de difficile dans ma journée d’hier. En parlant avec elle, j’ai réalisé que ça m’avait dérangée plus que je ne le pensais lorsque mon copain m’a appelée hier soir pour me dire qu’il sortirait avec des amis. J’avais espéré lui proposer qu’on soupe ensemble. Je me suis dit : « Il a le droit de faire ce qu’il veut, je n’ai pas à m’en faire ». Mais au fond, j’étais déçue… je crois que j’ai pris ça comme s’il était tanné de moi, d’être avec moi. D’ailleurs, ça me fait souvent ça quand mon copain choisit de faire quelque chose avec quelqu’un d’autre que moi… Je me suis dit : « C’est niaiseux de réagir ainsi. Les choses m’atteignent toujours trop ». J’ai étouffé ma réaction. C’est probablement pourquoi je suis restée avec une impression amère au cœur.

Quand ma coloc est partie à son cours, je me suis dit que si j’ai ressenti ce malaise en me réveillant ce matin, ce n’était pas pour rien finalement. Ça m’a fait du bien qu’elle ait une approche compréhensive envers moi. J’aimerais avoir davantage cette même attitude envers moi-même quand je me sens mal. Ça m’a amenée à me questionner sur ma réaction au lieu de seulement la juger. J’en suis venue à me dire : « Je me sens mal, mon inconfort a sans doute une raison donc qu’est-ce qui peut l’expliquer? » Je me suis aussi demandé : « Qu’ai-je pu vivre dernièrement qui m’a touchée plus que je m’en suis rendue compte sur le moment? »

Par après, ça m’a donné le goût d’en parler à mon copain. Je lui ai donc exprimé la déception que j’ai ressentie. Il a pu me rassurer sur le fait qu’il n’est pas tanné de moi. Il m’a aussi invité à lui faire des propositions quand j’en ai. Il m’a même dit qu’il aurait considéré mon offre de souper hier soir! Peut-être que ça m’aurait dérangée quand même s’il avait choisi de sortir avec ses amis, mais je respire mieux maintenant que j’ai fait une place à ce qui s’est passé pour moi. C’est vraiment inconfortable de me sentir toute croche, mais je pense que mes réactions ont un sens et qu’elles méritent d’être entendues.

Chloé Bellemare, psychologue

Gérer ses impulsivités

Cette histoire est fictive, mais s’inspire de faits vécus…

- Avez-vous besoin d’autre chose, Monsieur?
- Non merci, c’est assez pour aujourd’hui.

Olivier a 26 ans. Depuis bientôt 3 ans, il dépense de façon compulsive. La moindre insécurité l’amène à dépenser, à consommer pour combler un vide. Trois ans auparavant, c’était avec l’alcool. Maintenant, il achète pour se soulager. Il achète la sécurité!

« 350 $, 350 $, 350 $ », se répète-t-il en se dirigeant à son auto. « Qu’ai-je donc fait encore une fois, il va falloir que je m’arrête un jour ». La culpabilité l’envahit, le cycle recommence. Le vide ressurgit et laisse place à l’insécurité, à l’angoisse. C’est l’impasse. « J’ai envie de dépenser! » Que faire?

Olivier n’a pas l’impression d’avoir du contrôle sur sa vie, il se sent l’esclave de sa propre insécurité. Il n’aime pas ce qu’il fait, il a peur d’être qui il est. En fait, il ne connaît pas les raisons de son malheur. Olivier croit qu’il faut lutter contre son malaise, le tasser bien loin pour ne pas le sentir, pour ne pas qu’il l’envahisse. Il n’a pas de mauvaise intention, il ne sait tout simplement pas comment faire autrement.

Un jour, Olivier a fini par comprendre qu’il ne pouvait sans cesse calmer son insécurité par la consommation, tout comme avec l’alcool. Cela lui faisait du bien sur le coup, peut-être, mais Olivier aspirait également à un bonheur moins éphémère. C’est alors qu’il a décidé d’affronter son vide, de porter attention à ce qu’il vivait intérieurement. Ce vide lui donnait l’impression de ne pas exister, de n’être personne, ce qui était faux.

Suite à une démarche personnelle, il a découvert qu’il n’avait jamais vraiment tenté de comprendre le vide qu’il ressentait. Lorsque la peur l’envahissait, il préférait la fuir. « Pourquoi ne pas risquer? Pourquoi ne pas essayer? Au fond, que pouvait-il arriver? » En prenant le temps de s’arrêter, en étant patient et indulgent envers lui-même, il a finalement été davantage capable d’identifier ce qu’il souhaitait changer dans sa vie. Olivier a eu l’audace de faire confiance au vide qui l’habitait, d’être qui il est. Ce vide, c’était bien lui mais la part de lui qui lui était encore inconnue. Cela lui a permis de mieux se connaître et de répondre à ses besoins au lieu de les ensevelir sous une tonne d’achats, par peur de ne pouvoir y répondre. Certes, cela n’a pas toujours été de tout repos, mais aujourd’hui il est fier de lui.

Même si aujourd’hui Olivier aime encore magasiner, il a l’impression d’être moins impulsif. C’est plus devenu une gâterie qu’une façon de gérer son manque, étant donné qu’il a appris à se gâter ailleurs dans sa vie. Depuis qu’il « investit en lui-même », son côté impulsif est moins néfaste pour lui. Il en a gardé les forces qui lui permettent aujourd’hui de foncer davantage, de se faire confiance, d’avoir l’audace d’être lui-même!

Éric Maheux, psychologue