Fatigue et prévention de l'épuisement

Baisse d'énergie automnale

Psychologue invitée : JACINTHE LECLERC

Tout récemment, nous reculions montres et horloges pour revenir à l'heure dite normale. La plupart d'entre nous étaient ravis de gagner une heure. Certains se réjouissaient à l'idée de dormir une heure de plus et ce, d'autant plus que plusieurs ressentent, en cette période de l'année où la lumière se fait plus rare, une baisse d'énergie plus ou moins marquée. Beaucoup d'individus se plaignent de voir que les journées raccourcissent. Ils trouvent difficile de se lever le matin alors qu'il fait encore noir et de rentrer chez eux à la fin de la journée dans l'obscurité. C'est en cette période de l'année que nous constatons à quel point nous sommes tributaires du temps, du rythme des saisons, et à quel point le temps est une force agissant sur nous, sur le monde.

Quand la nature hiberne…

Une personne me disait récemment qu'à l'automne, la nature entre en hibernation, elle connaît un certain ralentissement. Elle me faisait remarquer qu'il en est de même pour les individus : plusieurs connaissent une baisse d'énergie en raison du manque de lumière. Elle trouvait dommage que la majorité des individus ne tiennent pas compte de leur «ralentissement» et continuent de vivre à un rythme effréné. Puisque l'automne et l'hiver sont des saisons plus difficiles pour notre organisme en raison du manque de lumière, il s'agirait, selon certains chercheurs, d'une période où nous aurions davantage besoin d'être au repos, tout comme la nature, et où nous devrions prendre nos vacances pour compenser le manque d'énergie.

Dans notre société actuelle, il serait presque impossible d'inverser les périodes annuelles de travail et d'études avec celles prévues pour les vacances. Par ailleurs, tout comme nous nous permettons de jouer avec le temps en avançant et en reculant l'heure, pourquoi ne pas laisser du jeu à nos horaires chargés, à notre rythme effréné, en cette période plus difficile pour notre organisme et pour notre moral?

Limites extérieures et limites intérieures

Le temps exerce certes une emprise sur nous. Il est une réelle limite extérieure difficile à nier. Il est néanmoins possible de tenir compte de nos limites intérieures, de prendre en considération notre horloge interne. Si cette dernière indique que nous avons effectivement moins d'énergie, il peut être pertinent de veiller, au cours des prochains mois, à ne pas nous imposer davantage de travail, à nous octroyer plus de temps d'arrêt, de repos, de loisirs, de plaisir. Nous pouvons en profiter pour prendre plus de temps pour faire les choses que nous aimons, qui sont importantes pour nous. Nous pouvons aussi accepter le fait de fonctionner un peu plus au ralenti et essayer de moins se presser, tout comme le font si bien les enfants chez qui la notion du temps est moins ancrée. Quand il nous vient la fantaisie de pouvoir arrêter le temps, donnons-nous le droit de reprendre un certain contrôle sur le temps en nous permettant de faire ce que nous aimerions faire si justement nous avions ce pouvoir. De même, puisque notre baisse d'énergie est occasionnée par une baisse de luminosité, profitons au maximum des moments ensoleillés en prenant une pause à l'extérieur, en lisant un bon livre devant notre fenêtre, etc.

Et se donner du temps...

Évidemment pour assimiler ces nouvelles habitudes et attitudes, il faut se donner du temps. On en viendra à apprécier les bienfaits de prendre du temps pour soi et de respecter nos limites. On réalisera que l'expression «chaque chose en son temps» signifie qu'il y a un temps pour tout, notamment pour le repos, les loisirs, le plaisir, tout comme il y a un temps pour chaque saison. Le printemps reviendra, et avec lui la lumière et une plus grande énergie, mais d'ici là, la nature se permet fonctionner au ralenti… alors pourquoi pas nous?

Encore fatigué!

Psychologue invitée : Mélanie Thibault

La fatigue est souvent dérangeante. Elle nous empêche de faire toutes les activités qu’on voudrait, elle semble nous freiner dans nos élans de productivité, elle nous fait sentir nos limites, et pour certains, dormir est même une perte de temps. Il faut dire que de nos jours, le temps, c’est de l’argent! Pourtant, la fatigue est une réalité dont personne ne peut se débarrasser car quiconque pousse ses limites à l’extrême doit un jour récupérer son énergie. Pour vous réconcilier avec la fatigue, je pourrais vous dire que c’est une chance que vous la ressentiez puisque sans ce signal, vous pousseriez votre organisme à bout et cela nuirait considérablement à votre santé. La fatigue est donc votre alliée. Mais quand elle devient excessive, il est temps de se questionner sur ses causes afin d’agir et d’éviter l’épuisement.

Même si on a tendance à associer la fatigue à la dépense physique d’énergie, les expériences d’ordre psychologique ou relationnel sont tout aussi fatigantes. Il faut donc explorer aussi de ce côté lorsqu’on cherche à identifier la cause d’une grande fatigue. Vous pourriez vous demander alors si certaines préoccupations ou émotions vous assaillent. Est-ce que quelque chose dans votre travail ou dans votre couple vous préoccupe? Avez-vous des problèmes que vous avez de la difficulté à gérer et auxquels vous pensez constamment? Avez-vous vécu une grande tristesse ou des émotions difficiles dernièrement? Vivez-vous des frustrations face à un collègue dont les attitudes vous fâchent? Toutes ces situations on en commun le thème de la dépense d’énergie mentale et émotive qui provoque la fatigue.

Même si plusieurs d’entre nous savent reconnaître qu’ils sont fatigués, on remarque que peu savent s’arrêter pour se reposer. S’arrêter, ça peut faire peur ou devenir inconfortable pour certains : «Qu’est-ce que mon patron va penser si je m’absente du travail dans une période où il y a beaucoup à faire?», «J’ai l’impression d’être inutile et paresseux lorsque je ne fais rien de productif». D’autres personnes vont s’étourdir en faisant une foule d’activités pour ne pas ressentir un malaise qui traîne depuis longtemps : «Je n’aime pas m’arrêter car quand je le fais, je me sens triste et seule», «Pendant que je m’occupe, au moins, je ne pense pas au décès de ma mère qui me fait si mal». Bref, s’arrêter implique d’être plus présent à son vécu intérieur et donc à certaines parties de son expérience qui peuvent parfois être difficiles à tolérer. L’évitement de ce contact est une solution temporaire, mais qui ne peut pas régler véritablement la difficulté à laquelle on tente d’échapper. Tout ce qu’on met de côté prend de l’ampleur et ne peut disparaître sans être abordé. De plus, à force de s’activer sans arrêt, on s’épuise. Plusieurs pourront en témoigner : «J’ai tenté d’ignorer mes problèmes en travaillant sans arrêt, mais un jour, mon corps m’a lâché.»

Pour se reposer, il faut s’arrêter : arrêter de courir, de s’occuper, de faire une foule de tâches et de commissions. Même si s’arrêter est parfois inconfortable, c’est essentiel pour reprendre contact avec soi et récupérer de l’énergie. L’arrêt ne doit pas obligatoirement être long : prendre 30 minutes par jour pour se retrouver seul est souvent suffisant. Cette pause nous donne l’occasion de changer le rythme dans notre journée. Au début, on peut avoir l’impression que c’est une perte de temps, on peut se mettre à penser à toutes sortes de choses et ne pas être vraiment présent à soi. Il peut y avoir un certain inconfort dû à la nouveauté de cette expérience. C’est précisément lorsqu’on tolère cet inconfort quelque temps qu’on apprivoise ce processus de prise de contact avec soi. C’est l’occasion de prendre des nouvelles de soi, de se demander comment ça va, comment on se sent. On développe doucement l’habileté à être présent à ce qui nous habite, tant au niveau émotif que mental. Je découvre par exemple que depuis quelques jours, toutes mes pensées vont vers mon travail et que je ne suis pas présent pour ma famille. Je peux aussi réaliser que je porte les problèmes des autres comme si c’était les miens. Durant cette pause, on identifie des informations importantes sur nous. C’est aussi l’occasion, une fois que certaines difficultés sont identifiées, de chercher des pistes de solution : «Comment pourrais-je décrocher du travail car il me vide de mon énergie et m’éloigne de mes proches?», «Je suis épuisée ces temps-ci car j’en fais trop pour les autres. Je pourrais en prendre moins sur mes épaules et avoir confiance qu’ils peuvent se débrouiller sans moi. Ouf, il me semble que ça me soulagerait!».

Cette période d’arrêt est donc très riche en prises de conscience et en pistes de solutions. Certains peuvent utiliser l’écriture pour noter leur vécu durant ces moments privilégiés. Ces périodes peuvent aussi servir à faire le vide, ne rien penser, juste être là à relaxer et à respirer, ce qui aide à diminuer le stress et la fatigue. Il est certain que si vous êtes triste, ce temps d’arrêt vous fera probablement ressentir cette tristesse. Ce n’est pas mauvais, il faut entrer dans cette expérience pour pouvoir en sortir. L’éviter ne fait que la repousser à plus tard et la faire grandir. Alors vaut mieux la liquider lorsqu’on la détecte, surtout que refouler des émotions gruge beaucoup d’énergie. Finalement, cet arrêt est une très belle occasion de se ressourcer et de se centrer, ce qui nous aide, avec le temps, à être plus en équilibre à l’intérieur de soi et dans notre vie. On y gagne donc beaucoup!

Des arrêts en douceur

Psychologue invitée : STÉPHANIE LALANNE

Chère Gabrielle,

Tu me dis être essoufflée par cette première année à l'université et inquiète de ne pouvoir tenir le coup jusqu'à la fin de ton bac. Courage! Tu as traversé une des parties les plus difficiles : le début de ta formation universitaire où tout était nouveau pour toi, tu te rends compte? Et tu as réussi cette adaptation. Regarde autour de toi; tu n'es sûrement pas la seule à terminer sur les rotules. C'est humain d'être fatiguée.

Maintenant, que pourrais-tu faire pour que les années à venir te soient plus douces? Tout d'abord, comme tu le dis toi-même, tu ressens le besoin de t'arrêter et de «recharger tes batteries». Bien sûr : du repos, du bon air et de l'exercice te feront le plus grand bien. Et ensuite, quelque chose de simple mais qu'on oublie trop souvent : pour aller jusqu'aux buts que tu t'es fixés sans t'épuiser, tu auras avantage à faire de la prévention. À te «recharger» régulièrement. À faire des pauses réénergisantes. Des arrêts en douceur.

Quand on parle de s'arrêter, on pense habituellement aux vacances. Certains travaillent fort, avant et après, pour bien les mériter. D'autres se languissent : «C'est où la mer?» Il y en a même qui détestent ça : l'impression, ou la peur, de perdre leur temps. C'est vrai qu'il est précieux notre temps : celui dont on dispose, qu'on sait hélas limité; alors, on ne va quand même pas le gaspiller à ne rien faire!

D'accord, d'accord. Si on le savourait, plutôt… «J'aimerais bien, me dis-tu, trouver des façons de décrocher, ne serait-ce que quelques minutes par jour. Comment fait-on?» Essayons un autre rythme que l'hyperperformance, celui que Nathalie appelle «la pieuvre», c'est-à-dire être tellement sollicité qu'on a l'impression de devoir faire quatre choses en même temps, toutes aussi importantes les unes que les autres. Philippe, lui, ne parvient jamais «à finir par finir : toujours quelque chose à faire». C'est vrai. Et tu sais quoi, Philippe, il y en aura toujours. Alors… on essaie autre chose? Rien à perdre, hein?

On se calme

Respire, Gabrielle. Profondément. Ah… déjà, tu ressens quelque chose de différent. Tu goûtes à des sensations qui t'échappent quand tu es occupée à produire. Tu perçois ton corps d'une façon inhabituelle : tu as l'impression de «voir» ton sang circuler de la pointe de tes orteils à la racine de tes cheveux, de «sentir» la chaleur dans ta poitrine, d'«entendre» les voix autour de toi. Tu n'aimerais pas intégrer, dans ta vie de tous les jours, ces arrêts en douceur?

Scène numéro un : le matin, au réveil. Une nouvelle journée s'amène. Comment l'abordes-tu? Tu te jettes en bas du lit? Tu te rendors? Tu grognes et te recouvres la tête avec ta couverture? Imite ton chat : é-ti-re-toi. Goûte à la vie qui bat en toi. Apprivoise cette transition nuit-jour. Laisse ton corps se remettre en route; il t'en remerciera toute la journée et acceptera de bonne grâce les sprints que tu lui demanderas.

Suite du scénario : chaque fois que tu en sentiras le besoin – de là l'importance de bien percevoir tes signaux corporels – prends une pause. Même brève. Bouge, prends l'air, détends-toi… de la façon qui te réénergise le mieux. Fais le plein de beauté. Dominique, écoute de la musique et danse. Le plus souvent possible, Maxime, sort admirer la nature. Pour te préparer à une bonne nuit de sommeil, Françoise, savoure le bien-être d'un bain aux huiles essentielles de lavande. L'efficacité de ces trois-là? Excellente. Surtout en période de stress : examens, travaux, entrevues de stages. En sachant comment nourrir notre cœur et notre âme, notre puits est bien rempli et nous pouvons nous y abreuver.

Sortir du cadre

Alors, Gabrielle, laisse aller ton imagination, si précieuse alliée qui ne demande qu'à t'inspirer. Laisse-la rêver, laisse-toi voler! Tu découvriras des trésors de nouvelles idées, des solutions créatrices et une ouverture insoupçonnée jusqu'ici. Prends ton envol! Va là où te mènent tes rêves et sois heureuse!

La langue à terre

Cette histoire fictive s’inspire de faits vécus… trop souvent…

J’ai toujours été quelqu’un de très actif. J’en faisais trop! Vous savez, le genre qui participe à plein de projets, qui s’implique dans de nombreux comités, qui est toujours partant pour faire une activité avec des amis, qui étudie à temps plein, qui a une blonde et qui travaille en plus? Eh bien, à un certain moment, je me suis mis à ressentir une grande fatigue. Je n’arrivais plus à être présent à mes activités, car je ne pouvais m’empêcher de penser à tout ce que j’avais à faire dans la journée. J’étais devenu irritable. J’ai raccourci mes nuits et commencé à manquer des cours afin d’arriver dans le temps.

J’ai peu à peu perdu l’envie de faire mes activités. Tout me demandait un effort. J’avais de plus en plus de difficulté à me concentrer. Mes résultats scolaires se sont mis à baisser. C’est alors que j’ai réalisé que ma vie était devenue complètement déséquilibrée, que j’avais des limites et que je ne pouvais pas tout faire. J’ai compris aussi que je cherchais à prouver ma valeur aux autres et à moi par la quantité de choses que j’accomplissais. Cependant, à force d’en faire trop, je ne les réussissais qu’à moitié, ce qui n’était pas du tout valorisant au bout du compte.

Je devais donc changer des choses dans ma vie. J’ai d’abord choisi d’en faire moins et de mieux m’investir dans ce que j’entreprenais. J’ai donc fait une sélection dans toutes mes activités et j’ai conservé celles qui m’étaient le plus significatives. J’ai aussi établi que, parmi mes priorités, celle de prendre soin de moi et de ma santé physique et mentale serait la plus importante. À travers ces changements, j’ai appris peu à peu à m’estimer pour ce que je suis et non uniquement pour ce que je fais. Depuis, j’ai retrouvé mon énergie et le plaisir à faire mes activités.

Mélanie Thibault, psychologue
Service de psychologie et d’orientation, 819 821-7666