Deuil

Partager la douleur du deuil

Ce récit s’inspire de faits vécus à la suite de la perte d’un être cher.

Il y a environ trois ans, ma mère a appris qu’elle avait le cancer. Peu de temps après, nous savions que nous ne la reverrions bientôt plus jamais. Il y a maintenant deux ans qu’elle est décédée. Je ne saurais expliquer le vide qu’elle a laissé en moi à son départ. Je m’étais habitué à elle en pensant qu’elle serait toujours là, sans prendre le temps de m’arrêter et de l’apprécier à sa juste valeur. Je m’en suis voulu pendant longtemps, me demandant pourquoi je n’avais pas pris le temps de lui dire combien je l’aimais et combien elle donnait un sens à ma vie. Dans les premiers mois, j’étais déboussolé et je pleurais souvent. J’avais besoin d’en parler à quelqu’un, de crier combien je souffrais, combien elle me manquait à moi. Mon père, quant à lui, avait été très distant et très peu bavard après le décès de ma mère. Je ne voulais pas lui en parler parce que je le sentais fragile et vulnérable. Pour cette raison, je me suis empêché pendant longtemps de lui confier ma tristesse et de lui dire combien je me sentais loin de lui. Au fond de moi, j’avais l’impression d’être seul au monde, coupé de la seule personne qui était réellement importante pour moi à cet instant. Mon silence pesait lourd sur mes épaules.

Un soir, lorsque mon père et moi regardions des photos de ma mère, j’ai commencé à pleurer sans pouvoir me retenir. J’ai tout déballé à mon père, la tristesse me rattrapait au détour, m’invitant à l’accueillir au lieu de la repousser. Il était surpris de voir que je me sentais aussi triste et seul, mais il ne s’est pas effondré comme je l’avais imaginé. Un peu pour les mêmes raisons que moi, il m’a confié qu’il s’empêchait lui aussi de me parler de ce qu’il vivait. Nous avons pleuré. Cette discussion nous a beaucoup soulagés et rapprochés, elle nous a permis de voir que nous avions tous deux besoin de l’autre.

Je comprends maintenant que je m’empêchais de me confier à mon père par peur de le rendre plus triste ou peut-être même par peur qu’il reste indifférent face à ce que je vivais. Dans le fond, je m’étais trompé. Même si je sais que ma mère me manquera probablement toute ma vie, il me semble qu’en le vivant avec les gens qu’on aime c’est plus facile et moins lourd. En me donnant le droit de me montrer à mon père tel que j’étais, avec mes forces et mes faiblesses, cela m’a permis de me rapprocher réellement de lui. Maintenant, je me sens plus confiant face aux épreuves difficiles de la vie… je sais que nous pourrons compter l’un sur l’autre.

Eric Maheux, psychologue
Service de psychologie et d’orientation
819 821-7666

Recommencer à vivre après un deuil

Le récit que vous allez lire s’inspire de faits vécus. Qui sait? Peut-être vous-y reconnaîtrez-vous?

J’ai le goût de partager avec vous un événement que j’ai vécu il y a quelque temps. J’avais une sœur qui était mon aînée de deux ans et nous étions très proches. Bien sûr, nous nous disputions parfois comme toutes les sœurs, mais tout rentrait dans l’ordre rapidement. Il y a un an, elle est décédée dans un accident d’auto. Ce fut un choc terrible pour moi. Je perdais d’un coup une sœur et ma meilleure amie. Ça m’a pris quelques jours pour réaliser sa disparition. Cette nouvelle était inattendue, d’une part, et toutes les démarches pour ses funérailles, d’autre part, prenaient beaucoup de mon temps. Ce n’est que quelques jours après les funérailles que j’ai senti ma douleur. J’étais bouleversée. Je pleurais beaucoup. Je me sentais seule aussi. Je me disais que si elle était là, elle me consolerait, car c’était à elle que je me confiais le plus. Ce sentiment de vide et de tristesse a duré un bon moment. Lorsque je rentrais à la maison, je tournais en rond comme si je la cherchais. J’avais moins d’intérêt pour les choses que nous faisions ensemble. Un soir, aux nouvelles à la télé, il était question d’un accident causé par un chauffeur ivre. Le journaliste interrogeait le père de la victime et celui-ci exprimait sa colère envers la personne responsable de l’accident. Cet événement me mit en contact avec ma propre colère. Pour la première fois, je ressentais l’injustice de sa mort. Je me suis mise à en vouloir à l’autre conducteur. Je le rendais responsable de la mort de ma sœur. J’aurais voulu lui faire quelque chose pour le faire souffrir autant que je souffrais. Je voulais qu’il se sente au moins coupable de ce qu’il avait fait. Puis, peu à peu ma colère s’est estompée. Une amie de ma sœur s’est rapprochée de moi au cours de cette période. Elle m’a réconfortée et supportée dans les moments de déprime. Nous sommes devenues amies. Nous pouvions parler de ma sœur, car nous la connaissions et nous l’aimions. Avec le temps, j’ai repris goût à la vie, à mes études et à mes activités préférées. Aujourd’hui, lorsque je repense à ma sœur, je me sens plus sereine. Il y a encore des moments où je m’ennuie d’elle, mais c’est passager. Quelques fois, je me surprends à faire ou à dire des choses qu’elle faisait. Cela me fait plaisir, car je la sens alors de nouveau avec moi.

Jean Lafontaine, psychologue
Service de psychologie et d’orientation
818 821-7666