Activité physique et sport

Parlons sport!

Psychologue invité : MICHEL ROY

Jamais je n'aurais pensé faire une chronique sur le sport! Pourtant, il est vrai que j'en parle régulièrement dans mon travail avec les étudiantes et étudiants, car le sport et l'activité physique me semblent être des ingrédients indispensables d'une bonne santé mentale. Le sport est curieusement l'une des premières choses qu'on délaisse lorsqu'on se retrouve aux prises avec des difficultés personnelles. Pourtant, on abandonne alors un antidote, sinon un remède à ses tensions psychologiques. Par la pratique d'un sport, on s'évade un peu des soucis de la vie quotidienne, on se retrouve dans un univers plus ludique, centré sur le plaisir. On joue tout en se mettant au défi, en composant avec l'effort… Pour maîtriser son sport, il faut aussi de la discipline, le respect de certaines règles. Bref, on joue tout en continuant à apprendre, à apprendre sur soi et à se développer. Ça ressemble à la vie, mais c'est un jeu : on ne joue pas sa vie, on joue! Et c'est rafraîchissant, un peu moins stressant.

La spirale malsaine

Cependant, quand le sport perd son aspect ludique, devient une obligation, se voile d'exigences, suscite malaise ou angoisse, ça devient moins drôle. Comme toute bonne chose, le sport a son revers, ses perversions : la pratique compulsive du sport, le sport investi de toutes sortes d'enjeux «pas rapport» : survalorisation de l'apparence physique, outil d'estime de soi, de l'appréciation par les autres, compétition excessive. Bref, quand le sport sert d'autres objectifs que ce qu'il est essentiellement, un jeu (même si ce jeu peut être sérieux), il risque de nous entraîner dans une spirale malsaine. On n'a plus de plaisir, le stress augmente avec la pratique, on ressent toutes sortes d'émotions négatives autour de la pratique de son activité. Ce qui devait être un jeu, une détente, est devenu un piège, voire un enfer. Le risque d'une dérape s'accroît lorsqu'on est un athlète d'élite, reconnu par ses pairs, entouré d'une aura de célébrité. Les attentes de l'entourage deviennent alors plus explicites, plus fortes aussi, et le risque de se perdre et de perdre le plaisir de son activité grandit d'autant.

Comment maintenir un juste équilibre et profiter des bienfaits de l'activité sportive? Comme pour d'autres aspects de notre vie, un peu de vigilance s'impose. Quand le plaisir n'est plus au rendez-vous, quand on sent, même confusément, que le jeu est contaminé par d'autres enjeux, il est alors temps de s'interroger sur les raisons de ce changement et ensuite d'agir. Pourquoi le plaisir est-il disparu? D'où vient l'inconfort? Que cherchez-vous à prouver, à réaliser par la pratique de votre sport? Vous souhaitez être apprécié des membres de votre entourage? Soit, mais leur appréciation est-elle vraiment tributaire de vos performances? Avez-vous d'autres atouts qu'ils apprécient? Parlez-en avec eux… Pouvez-vous prendre d'autres moyens pour susciter ou maintenir leur appréciation? Ainsi, vous pourrez graduellement ramener le cap sur le jeu, le plaisir dans la pratique de votre activité préférée.

Les sportifs d'estrade

Qu'en est-il maintenant des sportifs d'estrade, de ceux et celles qui pratiquent les sports en spectateurs, par personne interposée? Regarder un sport, assister à des joutes sportives est un loisir fort agréable qui détend, mais vous vous en doutez bien, il ne remplace pas les effets bénéfiques de la pratique concrète d'un sport. Aller encourager les athlètes qui ont investi tant d'énergie dans un sport qui les a menés à des sommets de performance est agréable, encourageant, valorisant pour ces athlètes, et peut même vous inciter à développer vos propres talents. Cependant, je constate que, assister à un spectacle sportif a de moins en moins à voir avec le sport qui se joue sur le terrain et de plus en plus avec le spectacle qui a cours dans les gradins. On vient pour encourager son équipe, mais on dirait que le spectacle sur le terrain est devenu de plus en plus accessoire. L'objectif maintenant semble de faire le party dans les estrades. Y aurait-il là un désir inconscient de devenir les héros du spectacle et une tentative de diluer le spectacle réel, fruit de l'effort, de la discipline, de la persévérance des athlètes? Un peu comme Narcisse qui préfère contempler son image... Se centrer sur le spectacle et valoriser l'effort et le talent de nos athlètes nous mettrait-il en face de notre paresse?

Alors, un petit effort… pour le plaisir. Allez jouer, vous aussi!

Le hockey, une religion?

Le hockey, une religion?

Psychologue invité : Grégoire Lebel

– Viens-tu chez moi pour regarder le match du Canadien contre Buffalo vendredi? – Non, j'ai un souper avec des amis. 

– Quoi? Tu ne vas pas manquer un match contre les Sabres de Buffalo pour un souper?

– Ouais, moi aussi ça me fait mal au cœur, mais j'ai promis à ma blonde que je serais là. C'est la fête de Josiane, sa meilleure amie. 

– Dave et Frank vont être là, on va se faire livrer une pizza.

– Ah non, peux-tu au moins m'appeler sur mon cellulaire quand ils vont compter? 

– Avec plaisir!»

Amateurs? Adeptes? Fanatiques? L'organisation du Canadien de Montréal serait-elle une secte dissimulée sous des allures d'équipe de hockey? Quels que soient les qualificatifs que nous choisissions de leur accoler, plusieurs partisans démontrent avec enthousiasme leur engouement pour cette équipe, qu'elle soit bonne ou mauvaise sur la glace. Étrange, me direz-vous? Devant ces dévots souvent aveuglés par leur foi, une question sérieuse (!) s'impose : le hockey serait-il une religion? Allons voir de plus près…

La religion

Une religion constitue l'ensemble des croyances, sentiments, dogmes et pratiques qui définissent les rapports de l'être humain avec le sacré ou la divinité. Une religion particulière est définie par les éléments spécifiques à une communauté de croyants : règles, objets sacrés, rites, cultes, sacrements, interdits, organisation, etc. La plupart des religions se sont développées à partir d'une révélation s'appuyant sur l'histoire exemplaire d'un peuple, d'un prophète ou d'un sage qui a enseigné un idéal de vie.

Le hockey

Le hockey met en scène un dualisme fondamental, générateur de sentiments viscéraux : la victoire de notre équipe (le bien) sur l'équipe adverse (le mal). Nos Canadiens, en plus de représenter le bien, se voient même régulièrement sanctifiés dans leur appellation familière : la Sainte-Flanelle. Les fidèles, présents lors de chaque match, se massent dans le temple du hockey qu'est devenu le centre Bell ou devant leur téléviseur pour nourrir avec avidité leur foi. Ils collectionnent les divers objets de culte marqués des couleurs de leurs favoris. Leur prophète : Maurice Richard, ce porteur d'espoir, digne représentant de l'idéal d'un peuple et de ces valeurs tant convoitées que sont la fierté, l'accomplissement et la détermination. Comme le disait Félix Leclerc : «Quand il lance, l'Amérique hurle, quand il compte, les sourds entendent […], c'est tout le Québec debout.» Tiens, tiens, un messie?

Question de besoins?

C'est bien connu, l'être humain ne fait rien pour rien. L'action vise généralement la réponse à des besoins. Mais à quels besoins peut répondre le hockey?

Le besoin d'appartenance. Le hockey propose à ses adeptes une union au sein d'une même communauté de ceux qui partagent une foi commune. Fondamentalement, l'être humain a besoin d'appartenir à un groupe, de s'associer à autrui, de sentir qu'il est rattaché à un réseau relationnel. Le sentiment d'appartenance devient alors un antidote au sentiment de solitude qui peut être ressenti dans une société souvent qualifiée d'individualiste. «Tous ensemble derrière nos Canadiens», c'est effectivement plutôt rassembleur!

L'estime de soi. Une partie de notre estime est constituée des groupes auxquels nous appartenons. Pourquoi alors ne pas choisir une équipe forte d'un passé glorieux?

L'engagement. Être un vrai partisan demande de l'engagement. Dans la victoire comme dans les moments plus difficiles, le vrai partisan demeure présent et croit de manière irraisonnée que son équipe triomphera. Il a la foi. Hum, pas très loin de la religion, tout ça! Somme toute, malgré les étonnantes similitudes, je ne crois pas ma démonstration assez consistante pour que le hockey se voie octroyer le titre de religion. Pourtant, devant ce constat, je vais continuer à prier pour que le Canadien gagne la coupe cette année! Bonne saison!