Recherche interdisciplinaire en environnement

Le projet de Maroua

Titre

Étude de l’effet d’interaction de la température et du potentiel agricole sur l’incidence des conflits armés

Direction
  • Jonathan Goyette, professeur agrégé, École de gestion, président du GRÉDI (Groupe de recherche en économie et développement international) – Université de Sherbrooke. Ses intérêts de recherche tournent autour de la macroéconomie, l’économie du développement et l’économie de l’environnement.
Problématique interdisciplinaire

Ma problématique part d’un double constat : le réchauffement climatique tend à augmenter les risques de conflits armés, et ces derniers influent à leur tour sur la performance économique. C’est dans ce cadre global que j’ai cherché à mettre en relation ces trois éléments : l’économie, le climat et le conflit armé. 

Plus spécifiquement, j’ai étudié l’effet combiné du réchauffement climatique et du potentiel agricole propre à chaque pays sur l’incidence des conflits armés dans le monde. L’objectif était de mettre en lumière des tendances globales et de comprendre leurs mécanismes.

En d'autres termes, il s'agissait de quantifier l’effet de cette interaction sur les conflits armés sur la base de la différenciation des pays à partir de leur potentiel agricole. Cela revient à étudier la vulnérabilité des pays ou leur résilience face aux changements climatiques.

Ma recherche a naturellement croisé des thématiques relevant de l’agronomie (dans la définition de la notion de potentiel agricole) et des sciences politiques (dans la détermination empirique de la notion de conflit armé). Par ailleurs, ces champs ont dû être complétés par un recours à l’économétrie dans la mesure où il fallait utiliser des modèles statistiques.

Hypothèse de recherche

Plus le potentiel agricole d’un pays est élevé, plus celui-ci est résilient face à un réchauffement climatique. Et inversement, plus ce potentiel est faible, plus grande sera la vulnérabilité aux risques d’un conflit armé. 

Approche méthodologique

Mon approche méthodologique s’est basée sur des outils économétriques (l’économétrie étant la branche statistique de l’économie) pour pouvoir modéliser de manière empirique ma problématique de recherche. J’ai opté pour une méthode dite de « panel » incluant plusieurs pays sur plusieurs années, dans le souci de distinguer une tendance sur le long terme.

Aussi, mon choix s’est orienté vers un modèle dit « à effets fixes » qui permet de tenir compte des autres facteurs d’influence sur les conflits armés, dans le but d’isoler l’effet du potentiel agricole combiné au réchauffement climatique sur les conflits armés et de pouvoir affirmer, non pas une simple corrélation, mais un lien de causalité.

Parcours académique de Maroua

Je suis ingénieure en agroéconomie. Cette formation initiale m’a apporté une connaissance scientifique des procédés agricoles et des milieux naturels, ainsi que des enjeux économiques qui leur sont liés.

Ce qui l’a amenée à s’intéresser à ce sujet

J’ai toujours été très sensible à la cause environnementale, mais quand j’ai constaté que le réchauffement climatique avait une responsabilité dans les conflits politiques (conflits sur l’eau entre Égypte et Soudan, sécheresse et guerre civile syrienne), j’ai senti la nécessité d’explorer cette dimension. Les échanges avec mon directeur de recherche ont permis de définir ma problématique avec plus de précision.  

Compétences mobilisées

Mon projet a mobilisé des compétences relevant de l’économétrie : à la fois la modélisation théorique sur laquelle sont basés mes hypothèses et l’aspect pratique (recueil et gestion des données, apprentissage de l’utilisation des logiciels statistiques). Mais aussi une connaissance de l’agronomie, de l’écologie et une familiarité avec l’histoire politique des conflits dans le monde.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans le cheminement de recherche, c’est la grande autonomie qu’il m’offrait en tant qu’étudiante. Prendre connaissance des études scientifiques sur une question et en explorer tous les aspects a représenté un défi que j’ai eu beaucoup de plaisir à relever.

Contribution aux connaissances

Cette recherche contribue à une connaissance de l’environnement à travers un aspect qui touche de manière immédiate la vie humaine, à savoir l’agriculture et la sécurité alimentaire. Cette perspective aborde aussi la pérennité des institutions dans les pays pauvres et fragiles.

Mon projet s’inscrit dans le cadre d’une littérature abondante, mais peu concluante jusqu’à présent, je me suis donc proposé d’enrichir de preuves empiriques de ce champ d’études.

Mon travail contribuera aussi, je l’espère, à faire une différence en éclairant les décisions de politique publique et les stratégies globales pour faire face aux changements climatiques, notamment en rapport au marché alimentaire mondial et à l’aide aux pays pauvres.