Recherche interdisciplinaire en environnement

Le projet de d'Alexandra

Titre

Élaboration d’une stratégie d’adaptation aux changements climatiques dans la MRC de Memphrémagog : émergence d’une gouvernance participative

Co-direction
  • Alain Létourneau, professeur titulaire, Faculté des lettres et sciences humaines, Département de philosophie et d’éthique appliquée – Université de Sherbrooke
  • Isabelle Thomas, professeure titulaire, Faculté de l'aménagement, École d'urbanisme et d'architecture de paysage – Université de Montréal
Problématique interdisciplinaire

La question de recherche est la suivante : « Comment se construit le processus de gouvernance participative entre les différents acteurs concernés par l’élaboration de la stratégie d’adaptation aux changements climatiques dans la MRC de Memphrémagog? » J’ai utilisé quatre sous-questions pour étudier et documenter l’émergence de la gouvernance participative :

  • Comment amener les acteurs du milieu à participer de façon proactive et collaborative à l’élaboration d’une stratégie d’adaptation?
  • Comment sensibiliser les acteurs du milieu aux enjeux régionaux des changements climatiques?
  • Comment se construira le processus de gouvernance issu des interrelations entre les acteurs? Et finalement
  • Quels sont les défis en matière de gouvernance et comment les résoudre?

Le projet se trouve à la croisée de trois champs disciplinaires : les changements climatiques (climatologie), l’aménagement du territoire (gestion) et la gouvernance de l’adaptation (sciences sociales). Il permet d’étudier l’émergence d’une gouvernance participative au sein d’un territoire administrativement circonscrit, soumis à des règles d’aménagement du territoire bien définies, qui faisait également l’objet de scénarios climatiques développés par les scientifiques d’Ouranos.

Mon projet documente comment les principales parties prenantes se mobilisent pour cocréer une stratégie d’adaptation à l’échelle de la MRC.

Hypothèse de recherche

L’hypothèse de recherche principale est que pour inciter les acteurs locaux à investir temps et argent de façon pérenne dans une démarche d’adaptation aux changements climatiques, il faut s’assurer qu’ils y voient des avantages personnels (ou organisationnels) et communs (en fonction du bien « de la communauté »). Les actions de mobilisation et de concertation seront planifiées afin de soutenir cette construction de sens à la genèse d’une gouvernance participative.

Approche méthodologique

Le cadre méthodologique retenu est celui de la recherche-action participative. C’est-à-dire que la démarche est orientée vers la résolution d’une problématique sociale, soit celle de développer une stratégie d’adaptation pour faire face aux conséquences des changements climatiques. Trois modes de cueillette de données sont explorés pour documenter l’émergence de la gouvernance participative : l’observation participante, l’entrevue semi-dirigée et le sondage.

L’utilisation de différentes méthodes de cueillette de données permet une triangulation qui limite la possibilité d’introduire un biais provenant de l’observateur (Gauthier et Bourgeois, 2016). On obtient ainsi une estimation plus précise et valide des résultats qualitatifs recueillis au cours de la recherche (Oliver-Hoyo et Allen, 2006).

Collaboration

De concert avec les directeurs du projet, il a été convenu de diviser les premières étapes de la mobilisation en utilisant une structure de concertation bien définie : cinq comités de travail sectoriels et une table de concertation régionale ont permis de réunir les parties prenantes concernées par l’adaptation aux changements climatiques dans la MRC de Memphrémagog.

Les collaborateurs ainsi mis à contribution ont permis de recueillir les informations nécessaires à l’élaboration de la stratégie. Mon projet de maîtrise consistait à documenter les interrelations à la genèse de la gouvernance collaborative entre les agriculteurs, les représentants de l’industrie touristique, les professionnels municipaux, les responsables de la sécurité publique et le personnel de la santé et des services sociaux.

Parcours académique d'Alexandra

Je suis diplômée en biochimie de l’Université de Montréal. Dès la fin de mes études de premier cycle, je réalise que je préfère une approche plus « macro » des sciences et j’obtiens un emploi en environnement dans une ville, puis dans une MRC. J’entreprends alors un parcours de 2e cycle au CUFE, qui me mènera à l’obtention d’une maîtrise de type recherche.

Ce qui l’a amenée à s’intéresser à ce sujet

Au fil des dix dernières années, j’ai réalisé que les conséquences des changements climatiques varient d’un endroit à l’autre, tant en termes d’exposition aux effets (physiques, sociaux, économiques, culturels, politiques, etc.) qu’en termes de capacité de réponse (appréhension, anticipation, réparation, etc.). Au fil des projets présentés au conseil de la MRC, je vois que les élus n’ont malheureusement pas développé les connaissances nécessaires pour prendre des décisions éclairées dans un contexte de changement climatique. C’est donc accompagné de chercheurs des universités de Sherbrooke et de Montréal, ainsi que d’Ouranos que la MRC de Memphrémagog a entrepris l’élaboration d’une stratégie d’adaptation aux changements climatiques à l’automne 2016.

Mon intérêt s’est dès lors porté sur la construction des interrelations entre les parties prenantes, étape essentielle à la construction de sens et à la mobilisation des instances concernées par les changements climatiques.  

Compétences mobilisées

Dans un contexte de recherche-action, les compétences d’observation, d’analyse critique et de triangulation des données sont particulièrement sollicitées. Il faut aussi savoir mettre de côté ses préjugés et maintenir une perception éthique de la reconnaissance des apports de chaque individu à la démarche. Il faut aussi savoir adapter son approche en fonction des différents groupes de parties prenantes, afin de les mobiliser autour d’un même objectif, soit la cocréation d’une stratégie d’adaptation aux changements climatiques.

J’ai aimé être une étudiante en recherche. Cela m’a amenée à rencontrer des étudiants, des professeurs et des chercheurs qui contribuent, chacun à leur façon, à mes réflexions et à mon analyse du sujet. J’ai développé ma rigueur intellectuelle et ma pensée critique. Finalement, ayant mené mes études de premier cycle en sciences pures, j’ai pu explorer les outils méthodologiques et conceptuels des sciences sociales. 

Contribution aux connaissances

Ma recherche m’a permis d’identifier les outils conceptuels et les écueils influençant l’émergence de la gouvernance. Cette démarche a fait de moi une professionnelle beaucoup mieux outillée pour mobiliser les parties prenantes autour d’enjeux contemporains. Que ce soit en matière de changements climatiques, de développement économique ou de soutien communautaire, j’ai développé des outils précieux pour convaincre, rallier et inciter à l’action.

Au cours des dernières années, plusieurs études et projets de recherche ont porté sur la vulnérabilité et l’adaptation aux changements climatiques et aucune stratégie n’a été élaborée à l’échelle d’une MRC; je crois que mon projet de recherche pourra contribuer au développement de ces connaissances.