L'incroyable projet facultaire de la délocalisation

Au début des années 2000, la Faculté avait accru ses admissions en médecine et avait poursuivi l'expansion de son réseau universitaire d'institutions de santé contribuant à la formation. Plusieurs actions ont alors été entreprises pour répondre à l'augmentation de la clientèle : l'objectif était d'accueillir plus du double d'étudiants (90 admissions en 1998 à plus de 200 depuis 2006). L'idée d'un programme de formation délocalisé est mise de l'avant par le doyen Réjean Hébert dès le début de son mandat (2004 à 2010).

Malgré quelques difficultés, la Faculté avait réussi à implanter un solide réseau de formation en région grâce à sa collaboration fructueuse avec le Nouveau-Brunswick ainsi qu'avec la grande région saguenéenne. " Notre communauté et nos partenaires ont travaillé d'arrache-pied pour concrétiser la délocalisation de la formation médicale et les nouvelles façons de faire à Sherbrooke, précise le Pr Paul Grand'Maison, vice-doyen aux études médicales prédoctorales de 2002 à 2011. Ce double déploiement est le résultat d'un partenariat de l'Université de Sherbrooke avec les acteurs du milieu, dont le Pr Aurel Schofield, doyen associé à Moncton de 2004 à 2014, et le Pr Mauril Gaudreault, doyen associé à Saguenay de 2004 à 2013, dans le but d'offrir une formation médicale et une prestation de soins de qualité centrés sur les besoins du patient et de la communauté. "

Le fruit d'efforts soutenus

Bien que le projet ait été accueilli avec enthousiasme, il a tout de même fallu que les équipes en place apprennent à gérer l'impressionnante croissance humaine et territoriale qu'engendrait un tel changement. Le défi était gigantesque, mais faisable. Les importantes modifications aux structures et aux processus auraient pu intimider les gens de Moncton, de Saguenay et de Sherbrooke : il fallait mettre en place rapidement les infrastructures d'enseignement, gérer le développement des effectifs professoraux, établir les ententes de partenariat et déterminer les mécanismes de gestion.

Rapidement, tous ont mis en commun leur expertise et leurs ressources : il était possible d'exporter la formation à Moncton et à Saguenay grâce à la méthode pédagogique innovante basée sur l'apprentissage par problèmes et en petits groupes. Les professeurs ont été recrutés et formés pour qu'ils appliquent la même méthode pédagogique qu'à Sherbrooke, avec la même qualité et les mêmes normes.

Pas de doute, ce projet a eu une incidence considérable sur la culture de la FMSS. " C'était une période de croissance et de chambardements à Sherbrooke, se souvient la Pre Ève-Reine Gagné, alors responsable de la phase II du programme M.D. et maintenant vice-doyenne aux études prédoctorales depuis 2010. Nous étions dans une période de grands changements avec la réforme de l'externat, entre autres. Et ce projet arrivait : pas un site, mais deux sites qui s'ajoutaient à notre vaste réseau! C'était presque incroyable! Mais fidèles à notre culture, et en se serrant les coudes, nous y sommes parvenus. Nous avons réussi parce que nous avons accepté de partager et de nous ouvrir. "

En septembre 2013 s'est tenu un colloque sous le thème " La formation de médecins en région, Saguenay et expériences comparables ". Mis sur pied dans une volonté de stimuler les réflexions quant à la performance des formations délocalisées et de leur place dans les communautés, le colloque se voulait une occasion de rassembler les différents acteurs intéressés à cette réalité.

Aujourd'hui, le plus grand défi est d'adapter la formation médicale aux réalités de la pratique médicale actuelle en tenant compte du déploiement. Comme les réalités socioéconomiques et politiques sont différentes pour chaque site, il faut faire preuve de créativité et d'originalité pour assurer la pérennité du programme. Le tout dans un contexte où la croissance est plutôt faible et les budgets de plus en plus limités. « Les retombées m'impressionnent, souligne la néphrologue. Je n'aurais jamais soupçonné à quel point ce projet pourrait avoir d'impacts sur la formation, mais aussi sur les régions. »