Pertinence sociale et scientifique de la Chaire

Le programme de recherche de la CRCIE se démarque par au moins cinq aspects fondamentaux.

  1. Alors que le curriculum québécois actuellement en vigueur est régulièrement mis en cause, nous entendons, plutôt que de participer à ce travail de sape qui nous paraît quelque peu stérile, sinon dangereux pour le développement de la justice et de l’équité sociales, adopter un autre angle d’approche du rapport entre curriculum, enseignement et apprentissages en posant la question de la persévérance et de la réussite scolaires par le biais d’une analyse critique des pratiques d’enseignement et des situations d’enseignement-apprentissage. Ceci ne signifie pas que l’on puisse faire l’économie d’une critique constructive du curriculum.
  2. Face à des résultats qui étonnent et qui questionnent les finalités officielles de l’école, la recherche vise spécifiquement à étudier dans les pratiques d’enseignement la place et la fonction qu’y occupent les savoirs et les modalités mises en œuvre par les enseignants pour favoriser les apprentissages cognitifs, en portant une attention toute particulière au rapport entre facilitateurs, démarches de sens commun et démarches à caractère scientifique, car la question est bien “qu’en est-il des objets de savoirs et de leur apprentissage?”.
  3. Alors que de nombreuses recherches ne se centrent que sur une ou deux dimensions de la pratique d’enseignement (surtout la dimension didactique ou pédagogique, ou organisationnelle), ce qui est tout à fait pertinent par ailleurs, l’approche conceptuelle que nous développons vise à écarter les études cloisonnées et à saisir la pratique d’enseignement dans sa complexité et sa multidimensionnalité en tenant compte de dix dimensions – en plus de la dimension spatiotemporelle – la caractérisant, regroupées sous trois perspectives: la perspective socio-éducative liée à l’évo­lution du système scolaire et aux réalités sociales (dimensions contextuelles et historiques); la perspective socio-éducative liée au cadre de référence de l’enseignant, externe (dimensions curriculaires) et interne (dimensions épistémologiques, socio-affectives, morales et éthiques); la perspective opératoire qui représente l’actualisation de ce cadre de référence au sein des pratiques d’enseignement (dimensions didactiques, psychopédagogiques, organisationnelles, médiatrices).
  4. Méthodologiquement, nous développons, en nous appuyant sur le cadre conceptuel, un dispositif d’analyse des données faisant appel aux méthodes mixtes, permettant ainsi de croiser analyses qualitatives et quantitatives.
  5. Face aux reproches justifiés, dont Bautier (2006) se fait le porte-parole, qui dénon­cent l’absence de prise en compte de l’interrelation entre enseignement et apprentissage, le programme de recherche entend considérer en même temps la pratique d’enseignement et les apprentissages réalisés par les élèves. Une compréhension du processus d’enseignement-apprentissage requiert donc de prendre en compte les intentions des enseignants, celles des élèves exposés aux situations d’enseigne­ment-apprentissage et leur lecture des activités d’apprentissage qu’ils ont vécues. Et parce que «la con­naissance est située, qu’elle est en partie un produit de l’activité, du contexte, de la culture dans laquelle elle est développée et utilisée» (Brown, Collins et Duguid, 1989, p. 32), l’influence du contexte social est fondamental. La prise en compte des conceptions de la famille envers l’école, ses finalités et leur mise en œuvre permet de mieux comprendre l’interrelation entre enseignement et apprentissage. Ceci est d’autant plus important que la société québécoise n’est plus monolithique sur le plan de la culture et des valeurs. Plusieurs études mettent en relief l’insatisfaction des familles immigrantes vis-à-vis de l’école entre autres parce qu’elle centre ses actions de formation sur la socialisation, qui relève à leurs yeux de la responsabilité familiale, et non sur les apprentissages cognitifs, le système scolaire étant con­sidéré comme le moyen le plus sûr pour assurer la promotion sociale de leurs enfants. La prise en compte de points de vue de parents québécois urbains et ruraux (vivant par exemple sur des rangs) et immigrants, dont les enfants vont à l’école publique ou privée, offre la possibilité de croiser les incidences de leurs conceptions de la fonction de l’école avec celles de leurs enfants à propos du processus d’enseignement-apprentissage.

Ces cinq aspects caractérisant les orientations de la CRCIE requièrent la mise en œuvre d’une collaboration étroite avec des enseignants du primaire et leur participation aux activités d’analyse des données recueillies. Les travaux de la Chaire pourraient remettre en question diverses conceptions dominantes liées aux enjeux socio-éducatifs ci-haut énoncés, permettre de restructurer les mesures pédagogiques en fonction des pratiques d’enseignement et offrir une nouvelle méthode d’analyse de ces pratiques.