Le vert chimiste

Le professeur Jean Lessard

Reconnu mondialement, le professeur et chimiste organicien Jean Lessard s'est d'abord intéressé à la chimie radicalaire. «Les radicaux ont un électron célibataire qui se cherche désespérément un électron partenaire. Ce comportement entraîne des réactions utiles et drôlement intéressantes!» affirme-t-il pour expliquer sa fascination.

Puis, à travers la chimie radicalaire, il développe un intérêt pour l'électrochimie et les possibilités de l’hydrogène. En 1971, avec son collègue Frank Kimmerle, il fonde la première équipe d’électrochimistes au Québec, équipe qu’il dirige pendant 22 ans. De 1986 à 1993, il assume la responsabilité d'une équipe interuniversitaire d’électrochimistes (Université de Sherbrooke, UQÀM, École Polytechnique). Le projet contribue à populariser l'électrochimie au Québec.

Le professeur Jean Lessard s’intéresse toujours à la chimie des radicaux. En électrochimie, ses recherches portent sur l'hydrogénation électrocatalytique. Dans des matériaux poreux, le chercheur combine des substances organiques à des atomes d’hydrogène obtenus à partir de l’eau par électrochimie. «Le but est de générer l’hydrogène sur place. Cette méthode dite d’hydrogénation électrocatalytique est peu polluante et évite de manipuler l’hydrogène en bonbonnes ou sous forme liquide», précise le chercheur.

En 2000, un chercheur de l’Université McGill, Hak-Tang Chan, pionnier des travaux en chimie non polluante au Canada, propose au professeur Lessard de travailler sur ce nouveau domaine qu'est la chimie verte. Les deux chimistes s'allient et tentent de créer un réseau qui servirait à coordonner et à financer le développement de procédés verts : des procédés mettant l'accent sur des méthodes qui préviennent l'émission de produits nocifs dans l'environnement et sur l'utilisation de matériaux renouvelables.

La chimie verte est un domaine de recherche qui n'existe que depuis une dizaine d'années. Si peu de chercheurs s'y consacrent, les recherches des chimistes verts ont malgré tout un impact considérable. L’industrie chimique manifeste de plus en plus une prise de conscience : pour répondre aux exigences d’un développement durable, elle constate qu’elle doit développer des procédés propres. «En modifiant leur façon de faire, l’industrie pharmaceutique et l’industrie du nettoyage à sec ont éliminé leurs émissions toxiques de manière très significative. La chimie n’est plus seulement appelée à dépolluer : son rôle est maintenant de produire sans polluer.»

En 2002, Jean Lessard a été le premier chimiste organicien à recevoir la médaille d’or de la section canadienne de l'Electrochemical Society. Le prix, remis tous les quatre ans, est le plus prestigieux de l'organisation. Ses travaux pionniers en hydrogénation électrocatalytique lui ont aussi valu, en 2004, le Murray Raney Award de la Organic Reactions Catalysis Society. Cette importante récompense est attribuée tous les deux ans à l'échelle mondiale.