Axes de recherche

Cette Chaire de recherche du Canada (CRC) porte sur l’appropriation par les professionnels des modèles, outils et méthodes de l’intégration de services en gérontologie. Ces trois composantes de l’intégration sont conçues comme l’une des importantes solutions aux défis que pose le vieillissement global de la population. Ce phénomène touchera, d'ici les 25 prochaines années, tous les pays développés, mais le Canada se situera dans le groupe des pays les plus vieillissants en 2025, suivant une rapidité unique dans le monde (Turcotte et Schellenberg, 2006). Au Québec, les personnes de plus de 75 ans constituent présentement 42% de la population de plus de 65 ans, et 57% en 2051 (MSSS, 2004).

L’allongement de l’espérance de vie, la durée de la vie en perte d’autonomie et l’augmentation de la prévalence de problèmes de santé et sociaux de longue durée qui découlent du vieillissement appellent une importante révision de l’organisation des services aux personnes âgées en perte d’autonomie. Celle-ci doit évoluer d’un modèle hospitalo-centrique voué aux soins aigus vers un modèle domicilo-centrique voué aux problèmes chroniques complexes (Hébert et al., 2003). Ce recentrage sur les milieux de vie provoque une multiplication des lieux de prestation de services (publics, privés ou associatifs).

Il est de mieux en mieux reconnu que la fragmentation des services doit être compensée par des dispositifs d’intégration des services (Kodner et Kyriacou, 2000). Au Canada, cette solution est d’ailleurs au cœur des importantes réformes des systèmes socio-sanitaires, notamment pour les problématiques complexes (MSSS, 2004).

Selon Kodner et Kyriacou, l’intégration se définit comme « un ensemble de techniques et de modèles d'organisation conçus pour la transmission d'informations, la coordination et la collaboration à l'intérieur et entre les secteurs de traitement» (2000 : 1). Elle a pour effet une meilleure continuité des services autour de l’usager, soit l’une des composantes fondamentales de la qualité des services (OMS, 2000). Ces innovations sont cliniquement mises en œuvre par des professionnels, par exemple des gestionnaires de cas, ayant pour tâches spécifiques l’évaluation des besoins, la planification et la coordination des services à long terme.

Dans la vie des usagers, une meilleure intégration accroit l’efficience des services, évite des redondances et des bris de continuité, augmente la satisfaction des usagers et diminue le sentiment de fardeau des proches aidants (Hébert et al., 2003). Si d’importants efforts ont été réalisés sur le plan conceptuel (ex. : Leutz, 1999) et que les connaissances sur l’efficacité de l’intégration s’accumulent, le rôle des professionnels dans l’appropriation locale de ces innovations demeure en grande partie mal compris, et constitue même le principal chantier pour la prochaine génération de chercheurs œuvrant dans ce domaine, selon Kodner (2008).