Anne Hébert et la trace du pays

Mbaye DIOUF

L'œuvre d'Anne Hébert témoigne d'un savoir tant historique que géographique sur le Québec, mais dans une perspective bien différente de celle de Jacques Lacoursière ou de Serge Courville. Elle décline une cartographie qui délimite un espace à la fois cosmopolite, rhétorique et constitutif d'une scénographie romanesque ouverte. Celle-ci, d'une part, expose le lieu d'origine en instaurant le texte comme espace d'inscription-réinscription des motifs québécois fondateurs et, d'autre part, dessine une isotopie de l'absence et de l'exil intérieur en confrontant ces mêmes motifs aux parcours personnels et psychologiques des acteurs romanesques. L'écriture d'Anne Hébert ne se réfère alors à une spatialité identitaire commune qu'en la réfractant simultanément dans une temporalité individuée, bien diffuse dans les sentiers d'une énonciation autographique et polygraphique.