Joseph et Julie, jumeaux androgynes. Indifférenciation de genre dans Les enfants du sabbat

Élise SALAÜN

Les enfants du sabbat, publié en 1975, présente une structure dualiste dans lequel le couvent où sœur Julie attend de prononcer ses vœux (univers diurne), est constamment mis en comparaison/contradiction avec la cabane de B... (univers nocturne), dans laquelle les parents de Julie s'adonnent à la sorcellerie. Au-delà de ces oppositions fondamentales, qui entraînent une division profonde des sexes, se produit pourtant une unification du masculin et du féminin à travers les personnages de Julie et Joseph, frère et sœur, qui deviennent presque des jumeaux sous le vocable des enfants du titre. Julie, objet de la convoitise possessive de son père Adélard, éprouve un amour passionné pour Joseph, promis quant à lui à sa sorcière de mère, Philomène, dans l'univers incestueux de la cabane B... Cette relation adelphique – amour entre frère et sœur – bien qu'interdite en principe, permet au récit de neutraliser les conceptions traditionnelles des sexes. Le présent article démontre, dans un premier temps, l'opposition sans équivoque des genres dans Les enfants du sabbat à travers le système religieux dans son ensemble – qu'il soit chrétien ou païen. Dans un deuxième temps, l'accent est mis sur l'attirance érotique taboue entre le frère et la sœur, attirance qui déjoue non seulement les oppositions de genres mais finit même par devenir le chemin de la libération pour Julie. Au passage, les normes de l'univers chrétien, comme celles de l'univers païen, se voient rejetées dans ce qui apparaît comme une victoire de l'androgynie de l'enfance contre les diktats identitaires.