Le silence dans Le temps sauvage (ou Solitude sans sujet)

Mario DUFOUR

Que peut bien vouloir dire la figure du « temps sauvage » dans la pièce de 1967 d'Anne Hébert et à laquelle elle donne l'autorité de son titre ? Par l'étude de la pièce Le temps sauvage, cet article tente de montrer qu'au-delà des lectures psychanalytique, psychologique ou sociologique, lesquelles sont toujours pertinentes et nécessaires, il est possible d'interpréter cette métaphore comme la figure d'une certaine manière de comprendre l'expérience littéraire en général. Ce qu'il y a de remarquable dans cette pièce, c'est qu'elle s'articule et se construit à peu près à tous les niveaux d'analyse, autour d'une problématique du silence, du secret et d'une sorte de fermeture ou de rétention de la parole. Le temps sauvage est un temps où la parole voile ce qu'elle devrait dire, il nomme d'abord cette enceinte close dans laquelle les personnages de la pièce semblent enfermés, mais il peut aussi désigner de manière plus ou moins symbolique la perception d'un espace obscur, caché et invisible au fond de chacun de nous, et, ultimement, c'est ce que je suggérerai, le pli ou la disjonction, la solitude sans sujet, le vide irréductible à partir duquel procède l'œuvre d'art en général. Le temps sauvage dirait peut-être quelque chose de la littérature en général et de l'altérité ou de la résistance dont elle témoigne, de son ouverture à l'infini de l'interprétation.