Du temps de l'asservissement au temps sauvage : étude des univers et frontières symboliques dans Kamouraska

Mélanie BEAUCHEMIN

Les protagonistes hébertiens sont des êtres épris de liberté. La démesure de leur révolte se caractérise par une sombre étrangeté dans laquelle s'exprime une libération trop longtemps contenue. Le temps de l'autre, lié aux tâches accomplies au sein d'une vie maritale ou d'un microcosme qui les aliène, les mène à une sorte de défaillance. Il arrive alors que le mal-être qui les guette fasse naître en ces femmes une métamorphose, voire une crise identitaire qui provoque chez elles un type bien particulier de sauvagerie. De femmes soumises, elles deviennent rebelles et maléfiques, s'appropriant ainsi un temps qui, d'abord écrasant pour elles, est à la mesure de leur fougue nouvellement née. Dans Kamouraska, la traversée des frontières n'est pas étrangère à ce changement. Ainsi, lorsque Élisabeth d'Aulnières franchit les confins du temps de l'asservissement de Sorel pour se rendre dans le temps sauvage de Kamouraska, une révolte et une transformation de soi s'imposent à elle. Ayant partie liée aux deux univers, l'héroïne en bouscule l'ordre en y abolissant les limites et les frontières. Kamouraska met ainsi en perspective deux mondes temporels, le temps de l'asservissement et le temps sauvage, lourds de conséquences physiques et morales sur les personnages.