L'enfance spectrale à la fracture dans Les fous de Bassan

Robert HARVEY

Dans Les fous de Bassan, comme dans tous les grands récits d'Anne Hébert, l'enfance en allée se situe toujours aux fondements du songe et est responsable du drame. Ce que vient rappeler d'entrée de jeu l'autotexte tiré du Tombeau des rois et placé en position inaugurale du chapitre « Olivia de la Haute Mer, sans date ». Nous étudions d'abord la fonction matricielle de ce texte-origine sur le texte centreur pour mieux comprendre l'aliénation spectaculaire dont est victime Olivia de la Haute Mer depuis « l'envers du monde ». Cette réversion, opérée en secret selon les lois d'une alchimie complexe, constitue par la suite l'objet de notre étude, alors que nous analysons le songe de Stevens, ainsi que la relation triangulaire qu'il établit avec Nora et Olivia comme catalyseur de sa violence. Finalement, après nous être interrogé sur la véritable identité du tueur, nous en arrivons à mesurer toute l'importance de cette hantise de la rédemption de l'enfance chez le personnage, et ses conséquences tragiques.