L'univers sacré d'Anne Hébert : du désir mimétique au sacrifice

Jean-Pierre Thomas

On reconnaît volontiers en Anne Hébert une romancière qui a bafoué les idéologies et dont les premiers textes ont participé à la désacralisation des valeurs de la culture québécoise traditionnelle. Une analyse des éléments " sacrés " présents dans les romans Kamouraska et Les Enfants du sabbat permet de constater que l'auteure travaille également à redorer le blason de l'imaginaire québécois : elle resacralise en quelque sorte certains aspects de la culture. Le sacrifice tient une place de choix dans sa stratégie de romancière, et ce, sur deux plans : celui des rapports " interdividuels " des personnages, mais aussi celui de leurs développements individuels, où leur être intérieur apparaît déchiré. Ainsi, à la valeur hautement désacralisante de l'œuvre hébertienne se superpose un réinvestissement des données sacrées.