Polyphonie et réécriture dans L’île de la Demoiselle

AMarie PETITJEAN

La comparaison de L’île de la Demoiselle d’Anne Hébert et de la soixante-septième nouvelle de L’Heptaméron de Marguerite de Navarre permet d’interroger précisément la manière dont l’époque de rédaction et l’appartenance culturelle des auteures agissent sur le traitement littéraire d’une même anecdote légendaire. L’incidence des choix génériques et énonciatifs met en évidence des distinctions axiologiques importantes, concernant en particulier la représentation de la femme et celle d’une société pyramidale patriarcale, sous le regard divin. C’est pourtant la filiation que cette comparaison fait apparaître de manière flagrante, soulignant dans la poétique hébertienne l’importance accordée à la voix : les voix des « devisants » de L’Heptaméron réécrites en voix de personnages radiophoniques, et mieux encore la voix de l’auteure elle-même résonnant de l’écho de la conteuse emblématique du patrimoine français.