Le succès d’Anne Hébert écrivaine, de Québec à la France

Guy LAVOREL

Anne Hébert a vécu plus de 30 ans de sa vie à Paris. Elle y a obtenu deux prix à dix années d’intervalle, la critique française appréciant son œuvre surtout romanesque. Qu’en est-il aujourd’hui de sa réception, surtout universitaire en France? Sans doute il convient de voir l’évolution en vingt ans des études québécoises en France. Si, il y a 20 ans, on consacrait les cours de la littérature québécoise aux oeuvres facilement diffusées dans l’Hexagone, avec Maria Chapdelaine, puis les romans de Gabrielle Roy ou Anne Hébert, désormais tous les genres et tous les textes pénètrent dans l’université française : Michel Tremblay, Jacques Poulin, Robert Lalonde ou Dany Laferrière. Que lit-on alors d’Anne Hébert en France aujourd’hui? On lui a consacré des colloques, dont un célèbre à la Sorbonne, et on a gardé cette auteure au programme dans des universités comme Poitiers, Limoges, Paris, Aix ou Lyon. Mais des changements s’affichent. Les romans comme Kamouraska ou Les fous de Bassan font toujours recette, y compris auprès des étudiants étrangers, chinois et même canadiens! Mais l’accès facile aux éditions québécoises permet de découvrir aujourd’hui les nouvelles du Torrent et même les Poèmes. Pourquoi ce maintien d’intérêt? Trois éléments au moins : des personnages féminins et des jeunes ardents de vie et de potentialité ou d’autres féroces, le tout dans un cadre enchanteur repris au cinéma ; l’évolution de la société québécoise, de la Révolution tranquille à nos jours ; plus encore, un style d’introspection ou de lyrisme avec un jeu sur les personnes qui fouillent dans la psychologie de personnages face aux questions de la vie. Les réformes en France ont peut-être menacé l’enseignement de la littérature québécoise, en diminuant les potentiels horaires. Pourtant certaines universités ont vu les cours optionnels devenir obligatoires, grâce en grande partie au succès assuré d’Anne Hébert.