L'allégorie d'« un autre monde » : Les enfants du sabbat

SangHyun JEONG

Anne Hébert n’est pas spécialement connue en tant qu’allégoriste, mais elle emploie souvent des allégories dans ses romans. La plupart des allégories semblent converger vers une seule : celle des femmes qui assument la vie tragique au quotidien et qui séjournent dans une réalité parallèle, atemporelle, où elles peuvent s’épanouir en fonction de leur sensibilité. Comme Élisabeth dans Kamouraska et Flora Fontanges dans Le premier jardin, les personnages de femmes dans l’œuvre romanesque composent avec leur instabilité identitaire, vont et viennent comme des errantes. Qu’elles soient fatiguées ou abandonnées, elles incarnent ainsi l’allégorie tragique de la vie marginalisée. Dans Les enfants du sabbat, Julie se venge en traversant le réel et l’irréel, en exerçant ses pouvoirs diaboliques – qui vont de la simple prémonition à la destruction, puis au meurtre à distance –, nous signalant par là qu’elle est aussi un personnage allégorique. De telles actions découlent du caractère destructeur de l’allégorie, cette forme permettant de contrer un certain ressentiment devant la vie. L’allégorie, en tant que figure du discours, mérite d’être examinée dans Les enfants du sabbat, car ce roman offre, à même son intrigue, une vision particulière de l’allégorie hébertienne.