La vraie vie est ailleurs : présences fantomatiques et équilibre du monde dans les textes d'Anne Hébert

Adela GLIGOR

Plusieurs figures fantomatiques font surface dans l’univers hébertien. Le spectre maternel traduit l’omniprésence des règles et interdits dont les fils souhaitent se délivrer afin de s’épanouir dans leur vie affective. Chez les jeunes filles, la revenance de la génitrice est liée à la quête de l’amour maternel. Les âmes des victimes reviennent de l’au-delà pour tourmenter leur meurtrier, mettant ainsi au jour la culpabilité latente de celui-ci. À cela s’ajoutent les figures fantasmatiques de la femme-séductrice, avatars de Lilith, cette représentation mythique de la féminité inquiétante. Les irruptions inquiétantes des présences spectrales dans la conscience des personnages font souvent ressurgir une faute ou un traumatisme enfoui dans les profondeurs de la mémoire. Le phénomène de la revenance menace l’équilibre fragile établi entre la vie et la mort et brouille les limites entre le présent et le passé, entre le réel et l’imaginaire.