À mes collègues retraités du SPPUS

Michèle Lavoie, éducation

Au moment où j’ai pris ma retraite, en septembre 2001, mes travaux de recherche portaient sur «l’accompagnement réflexif des enseignants en début de carrière». Plus précisément, je faisais des recherches sur le mentorat, un mot encore un peu exotique au début des années 90 dans les oreilles de certains, qu’ils soient ou non du domaine de l’éducation. Sur mon ordinateur, le dictionnaire m’indique d’ailleurs toujours que je commets une faute lorsque j’écris ce mot. À l’époque, il a fallu se rendre jusqu’à Victoriaville pour réussir à convaincre une commission scolaire de la pertinence de mener une recherche sur le mentorat. L’expérimentation a duré plusieurs années. Depuis cette époque, le concept de mentorat a acquis ses titres de noblesse. On le voit et on l’entend régulièrement que ce soit dans les médias écrits ou électroniques. La Tribune du 21 novembre (2007) parlait même du mentorat auprès des immigrants et remettait des prix à des mentors «méritants». Pourquoi cet engouement pour le mentorat? Parce que partout on voit partir à la retraite des gens qui ont cumulé des années d’une précieuse expérience. On a, ou on souhaite avoir, des mentors dans les entreprises, les grandes firmes, les bureaux de professionnels, les écoles, les hôpitaux, etc. et, me suis-je dit, pourquoi pas chez les professeurs retraités de l’Université? Mes six années «dites de retraite», m’autorisent, me semble-t-il, à jouer auprès de vous le rôle de mentor. Et c’est à ce titre que je m’adresse à vous aujourd’hui.

Dans la littérature, on définit le rôle du mentor à partir d’un certain nombre de critères : l’accueil des novices, la communication d’informations utiles pour l’entrée dans la nouvelle fonction et, surtout, la transmission de l’expertise. Dans un texte auquel j’ai participé, nous disions :
Le mentorat peut prendre diverses formes, mais se traduit avant tout à travers des activités d’accompagnement et d’entraide dispensées par des collègues « expérimentés », sensibilisés à la réalité des novices et ouverts à partager leur expertise dans un climat d’accueil bienveillant, de confiance réciproque et de disponibilité tant du côté des mentors que des novices.

En bonne pédagogue, pour me sensibiliser à votre réalité et adapter mon propos, j’ai demandé qu’on m’envoie la liste des retraités. Puis, je suis allée sur le web afin d’avoir un minimum d’informations sur chacun de vous. Chers collègues, novices retraités, j’ai présumé – à raison, j’espère - que vous auriez ce soir une certaine confiance à l’égard de ce que je puis vous apporter et que, le climat convivial, la nourriture et le bon vin aidant, vous auriez aussi de la disponibilité pour accueillir mon message. Je passerai par le critère le plus important de la définition du mentor, soit celui du transfert d’expertise, quitte à ce que vous puissiez retenir au passage des informations pertinentes à votre situation particulière. À certains moments, il est recommandé que le mentor prodigue des conseils s’il le juge approprié. Je le ferai avec parcimonie, mais je le ferai. À certains moments, ça prendra davantage le ton de réflexions (la sagesse commence peut-être à m’habiter…). Allons-y! Quelle est cette expérience de la retraite que je puis partager avec vous? Qu’est-ce qui m’anime? Est-ce que je suis toujours à l’aise avec mon choix de 2001? Voilà en gros mon propos.

1. La retraite, un mot à bannir

La première chose que je dirais à propos de ma retraite, c’est que ça n’a rien à voir avec les clichés qu’on entend habituellement au sujet de cette période de la vie. Compte tenu de ce que je faisais déjà avant mon départ de l’Université, je suis tout simplement et tout naturellement passée d’un lieu à un autre pour continuer d’être ce que j’ai toujours été et de faire ce que j’ai toujours fait, de l’éducation et de l’enseignement.
Réflexion de mentor :
Si tu aspires à changer beaucoup de choses en toi, ne compte pas sur la retraite! Tes vieilles pantoufles sont trop confortables…

Par rapport à ma vie professionnelle, craignant un peu la nostalgie que pourrait provoquer chez moi le fait de ne plus vaquer à des tâches d’enseignement, de recherche ou de services à la collectivité, je me suis munie de ce que je considérais comme une police d’assurances. J’ai demandé et obtenu de mon département le statut de professeure associée. Ainsi, je pourrais, si j’en ressentais le besoin, me trouver une petite niche quelque part dans les rares locaux disponibles à l’Université, poursuivre des activités de recherche et de publication, donner à l’occasion des conférences et, pourquoi pas, superviser quelques stagiaires ou faire des prestations dans un cours, à l’invitation d’une ou d’un collègue. C’était rassurant de penser que je pourrais faire au besoin un petit pas en arrière et les idées ne manquaient pas. Sans les chercher, j’ai eu diverses offres «d’emploi universitaire», mais bien vite, j’ai constaté que je n’avais aucune case disponible dans mon horaire pour accepter ce genre d’engagement. Donc, contrairement à ce que je redoutais, je n’ai pas fait de crise d’angoisse en circulant près ou sur les terrains du campus, je n’ai ressenti nul ennui parce que j’étais privée de rentrer au bureau et je me suis sentie très à l’aise de dire non (dire non : une de mes résolutions!). Pourtant, auparavant, ces tâches me passionnaient au plus haut point! Franchement, j’ai été un peu – voire beaucoup – surprise de ce qui m’arrivait car l’Université avait quand même occupé 30 ans de ma vie! Pour moi, tout cela était le signe que j’avais pris ma retraite au bon moment et de façon sereine.

Réflexion de mentor :
Personne n’est indispensable! Il y a toujours quelqu’un quelque part qui peut faire mieux que toi ce que tu as fait à la perfection!

Ceci étant dit, étais-je pour autant étendue sur une chaise longue ou au soleil des pays du Sud en hiver? Pas vraiment.

Au plan financier, j’ai tenté d’éviter à tout prix Louis Ascah qui, au moment où je suis partie de l’Université, donnait des conférences et des formations assez alarmistes sur la situation financière des retraités. Je présume qu’il a continué! Preuve à l’appui avec les calculs qu’il m’avait aidée à faire lors d’une session de formation, j’étais certaine que je n’avais pas en main - ni en banque - les fonds nécessaires pour me permettre de maintenir un train de vie à la hauteur de ce que devraient être les aspirations d’une universitaire qui quitte son emploi. Mais en même temps que j’ai évité Louis pour ne pas trop déprimer, je me suis intéressée - en cachette - à ses conseils pour engraisser mon portefeuille sans me faire plumer. Si vous ne savez pas qu’il a écrit un livre qui porte ce titre, courez vite l’acheter… J’essaie donc de suivre les faits et gestes de mon conseiller financier avec un minimum d’intelligence, mais, honnêtement, ce n’est toujours pas mon premier souci en me levant le matin. Pourtant, il me reste une hypothèque à payer, une maison à entretenir et le désir de me permettre quelques distractions. Louis, si je vis jusqu’à cent ans, on se reverra peut-être quelque part en ce monde ou dans l’autre pour te confirmer que j’ai quitté mon emploi trop tôt et que j’ai fini mes jours sur la paille… Ou pour te confirmer le contraire!
Réflexion de mentor :
Si tu veux te souvenir où tu as déposé ton «portefeuille de retraité» …et pouvoir encore le transporter, n’attends pas qu’il soit trop lourd.

J’en arrive ainsi à la raison première pour laquelle je crois que le mot retraite devrait être banni. À l’automne 2001, je me suis dit avec grande ferveur qu’en cette nouvelle période de ma vie, je devrais au moins apprendre à ralentir. Le premier geste que j’ai posé fut de me procurer le plus petit des agendas existant sur le marché. Parenthèse : non, je n’ai toujours pas – et je ne pense pas avoir – d’agenda électronique! Pourtant, ce ne sont pas les conseils en ce sens qui ont manqué… N’eut été d’un désastre par l’eau que j’ai vécu l’an dernier, j’aurais eu grand plaisir à vous le montrer. Mon tout premier agenda donc, était très petit, plus petit qu’une carte à jouer. Mon second, que j’ai encore, était un peu plus grand et contenait des carreaux où il devait - si je tenais mes résolutions, bien sûr - être impossible d’inscrire plus que deux activités par jour. J’ai terminé les deux premières années avec des tas de petits auto-collants insérés ici et là dans mon agenda où j’avais noté un nombre impressionnant de réunions, comités, rendez-vous qui ne rentraient vraiment pas dans l’espace disponible. Et je tiens à vous préciser que ce ne sont pas les rendez-vous chez les spécialistes de la santé qui occupaient tous ces papiers collés ici et là. Car les médecins, dentistes et optométristes de tout acabit me laissaient des messages à répétition sur ma boîte vocale pour me rappeler mes retards à prendre rendez-vous. Ça continue d’ailleurs! Puis, la tentation aidant et, comme dirait la fable de Lafontaine, «quelque diable me poussant», j’ai fini par me procurer le même type d’agenda que j’avais quand je travaillais à l’Université. Récemment, j’ai même résisté à la tentation de m’en procurer un vraiment plus grand pour pouvoir écrire plus gros …étant donné que ma vue baisse! Je compte plutôt essayer de trouver un moment pour aller me faire ajuster la vue! Voilà donc pourquoi je prétends que le mot retraite doit être banni du vocabulaire des gens actifs …et riches qui quittent leur emploi.
Réflexion de mentor :
Si tu es sûr de pouvoir te reposer à la retraite, c’est que tu as appris à te reposer avant!

Ce qui, en passant, n’est pas forcément une mauvaise chose…

2. Un agenda à gérer

Comme je l’ai mentionné au début, le bon mentor partage son expérience. À vous donc de disposer de ce que je vais maintenant vous dire. De quoi ces agendas ont-ils été garnis depuis que j’ai fait ce passage de l’Université à une vie nouvelle? Je vous en donne un tout petit aperçu, uniquement pour faciliter la compréhension… Je mentionnerais au départ que, bien avant de quitter mon emploi à l’Université, j’avais déjà différents engagements dans le domaine culturel, dans le développement touristique, dans le milieu hospitalier, etc. Ceux et celles qui me connaissent savent que je prends les choses à cœur et que, quand j’accepte une responsabilité, je ne ménage ni mon temps, ni mes efforts. Les membres des organismes bénévoles où j’étais déjà impliquée connaissaient aussi ce côté «faible» de ma personne. Ils ont donc vu d’un très bon œil le fait que je quitte mon travail à l’Université et que, selon eux, j’aie soudain bien plus de temps disponible. C’est probablement aussi la perception que j’ai eue de mon nouvel emploi du temps.

De fil en aiguille, je suis passée de la vice-présidence d’une table culturelle régionale à la présidence. De membre du Comité d’actions touristiques, des Compagnons du lieu historique Louis-St-Laurent de Compton, et autres organisations, j’ai gradué dans un cas au rang de présidente et dans l’autre au titre de secrétaire. Et puis, d’autres organismes ont remarqué ma présence de plus en plus fréquente sur le territoire de la MRC de Coaticook puisque j’y habitais maintenant à temps plein. Mine de rien, on m’a invitée à donner une conférence à la journée de la femme du 8 mars en 2004 et pour me remercier, les années suivantes, on m’a demandé de faire partie du comité organisateur. On a jugé aussi que je pourrais peut-être rendre service dans le développement économique de ma région et c’est ainsi que je me suis retrouvée dans le CA du CLD où j’assume maintenant les fonctions de vice-présidente. Et ainsi de suite pour tous les autres comités et organismes auxquels je me suis intéressée.
Réflexion de mentor très en lien avec la précédente :
Si tu veux passer inaperçu quand tu prends ta retraite, vaut mieux avoir été invisible auparavant.

Un dernier exemple : comme ancienne enseignante au primaire et au secondaire et prof à l’Université, je souffre d’allergies aiguës au français écrit déficient. Parenthèse : ça ne veut pas dire que je suis d’accord avec les mesures du gouvernement à cet égard, mais cette question pourrait être l’objet d’une autre conférence. Donc, toujours au chapitre de mes engagements, j’ai offert mes services comme «correctrice» ou «relectrice» de textes. Rassurez-vous, j’y vais rondement, sans m’acharner sur les peccadilles…. Au cours des trois ou quatre dernières années, cette initiative m’a valu l’honneur de relire des sites web au complet, des dépliants et brochures publicitaires, des procès-verbaux, des politiques régionales, des demandes de soutien financier, etc. Et d’en assumer aussi la rédaction à plusieurs occasions. Je vous l’ai dit : le prof en moi n’a fait que changer de fauteuil. …et ma vue, baisser!

Conseil de mentor :
Si quelqu’un vous dit qu’il est difficile de trouver quelque chose à faire quand on quitte son emploi, ne le croyez surtout pas. Venez plutôt me voir!

Si vous êtes en train de vous dire que rien ni personne ne m’oblige à faire ce que je fais, vous avez parfaitement raison. Et je ne vous blâmerais pas de vous dire que vous n’avez surtout pas envie de gérer un agenda du même type que le mien. La mentor en moi sait respecter ses novices! Je comprends ça! Quoique??? En préparant ce petit topo – qui, soit dit en passant, est une sorte d’exercice thérapeutique pour moi – j’ai été amenée à un examen de conscience. Est-ce de la folie? De l’orgueil? De la témérité? De la peur de ne rien faire? Ou de la peur tout court? Et j’ai répondu : dans une certaine mesure, toutes ces réponses sont bonnes. À quoi tient le type d’engagement qu’on prend quand on passe au statut de «retraité» ce mot que je continue de bannir mais qui fait pourtant partie du dictionnaire?

3. Une personnalité à assumer

Comme je l’ai dit précédemment, même si j’y aspirais et que c’eut peut-être été une bonne chose pour moi, le passage à une nouvelle vie ne m’a pas vraiment changée. Non seulement je suis la même, mais ce qui me caractérisait dans la vie dite «active» s’est accentué. Surveillez-vous, ça va vous arriver! Il paraît qu’en vieillissant ça peut même s’aggraver! J’avais une propension à exagérer. Je l’ai toujours. Les injustices me faisaient réagir et rugir. C’est encore le cas. J’avais des intérêts pour l’ornithologie, l’horticulture et la culture sous toutes ses formes. J’ai des mangeoires et des nichoirs à la grandeur de mon terrain et je me suis inscrite à peu près à tout ce qui existe comme cours d’ornithologie. Je courrielle régulièrement avec Serge Beaudette qui a répertorié et photographié de nombreux oiseaux de mon milieu. Il doit venir photographier mes Durs becs des sapins la semaine prochaine. Dans mon espace de 2 ½ acres, poussent – un peu trop pêle-mêle à mon goût, parfois - une grande variété d’arbres, arbustes et fleurs que j’ai plantés pour embellir mon environnement. J’ai ma carte de membre de trois sociétés d’histoire, d’autant de musées et je donne régulièrement à des parents et amis les billets d’abonnement à des spectacles auxquels je n’ai pas le temps de me rendre …à cause de mes réunions. Bref, vous l’aurez deviné, je vivais dans une certaine démesure et avec passion avant 2001. Je n’étais pas reposante …! Rien n’a changé, sinon les articulations et les os qui font un peu plus mal qu’autrefois, mais à peine.

Je ne sais pas si ça fera plaisir aux collègues Deshaies et Cuerrier de la faculté de Kinanthropologie mais, depuis le 1er janvier 2007, j’ai mis de l’avant une manière de m’auto-animer au chapitre de l’activité physique. J’apprécierais même recevoir leurs conseils et critiques car j’y suis allée un peu par instinct. Donc, ce que je fais : j’inscris dans mon agenda (ça prend un espace minuscule), sous la date des jours où je vais marcher, un petit chiffre indiquant le nombre de kilomètres que j’ai parcourus. Ça peut paraître enfantin mais inscrire zéro, ça me dérange vraiment. Même 2, c’est gênant! Donc, du 1er janvier au 3 juin 2007, je n’ai inscrit zéro qu’à deux reprises pour un total de 823,5 kilomètres, ce qui représente une moyenne de 33 kilomètres par semaine. À ce rythme, j’aurais dû terminer l’année 2007 à au moins 1 500 kilomètres. Il m’en manquera probablement 300 car, pour les mois d’été, j’ai troqué le jardinage et autres activités extérieures à la marche. Sans compter mes pas! Cependant, je pense bien poursuivre mes écritures en 2008 car, si je n’ai aucune ambition de courir le marathon ou de battre des records, je trouve important de ne pas me laisser croire que je fais de l’exercice quand je n’en fais pas. Je ne culpabilise pas, mais je sens que j’ai besoin, n’ayant plus l’émulation des groupes universitaires pour m’encourager, de me donner des moyens pour ne pas oublier de bouger.
Conseil de mentor :
Pourquoi attendre en fin de journée pour marcher quand on peut le faire en se levant?

Ces marches quotidiennes sont pour moi des cadeaux que je me fais …et que je fais à mon chien. Pendant ces périodes d’une heure ou plus, je réfléchis, je rédige dans ma tête des propositions, des textes. Je crée. C’est d’ailleurs en marchant que j’ai pensé à mon système d’auto-animation. Et j’ai parfois le bonheur d’être témoin de phénomènes naturels inusités. Ce fut le cas en février dernier à -32 degrés, environ une heure après le lever du soleil. J’ai vu pour la première fois une «parélie», un spectacle inoubliable où l’on aperçoit deux soleils. J’ai vérifié mes observations auprès d’Ève Christian, météorologue à Radio-Canada et c’est ainsi que j’ai appris le nom de ce que j’avais vu. Et que je me suis rassurée sur le fait que je ne revenais pas d’un voyage astral!

En matière d’exercice, je ne fais que confirmer ce que j’étais auparavant également puisque j’ai usé pas mal d’espadrilles et de maillots de bain au Centre sportif de l’Université. Petite parenthèse : quand je suis arrivée à l’Université en 1971, il n’y avait pas de Centre sportif. Vous vous souvenez de ça? J’allais nager à l’école Montcalm, faire du tennis à ce qui s’appelait autrefois l’Intercourt à Rock-Forest, etc. Je fais partie de ces inconditionnels de l’activité physique qui ont contribué à la construction du «Pavillon Univestrie» et j’avoue que ce fut un bon placement pour moi. Au fait, monsieur Ménard, il a ouvert en quelle année le Pavillon Univestrie? Si je suis un peu loin de ces lieux physiques maintenant, je n’en ressens pas moins le besoin et j’essaie de compenser autrement.

Depuis longtemps, j’ai aussi un grand souci de l’environnement. Quoi de mieux que d’avoir du temps – enfin, de penser que j’en ai - pour m’investir aussi dans ce dossier! En plus des recherches assidues pour jardiner de façon écologique chez moi, j’ai mis de l’avant en 2005 de grandes corvées de nettoyage de lieux où se sont accumulés des déchets à une époque où chacun avait son petit coin pour se débarrasser des objets usagés. Premier projet : transformer un dépotoir clandestin en un magnifique site ornithologique. Amorcée il y a deux ans, cette initiative risque de se poursuivre encore quelques années. Avec la collaboration d’Action St-François (dont je suis membre et dont vous pouvez tous devenir membre) et de bénévoles de tous âges recrutés dans mon entourage, nous avons remonté d’un ravin escarpé 17 tonnes de déchets. Triés à la main, ces détritus parfois vieux de plus de 50 ans ont été recyclés à plus de 80% et nous serons bientôt en mesure d’aménager dans ces lieux autrefois peu invitants une aire de repos pour les promeneurs et de jolis petits sentiers d’observation des oiseaux.
Conseil de mentor :
Si tu crois au développement durable, fais vite il est minuit moins cinq.

4. Des questions sérieuses à envisager

Malgré toute cette passion et cette folie qui m’habitent, ou plutôt grâce à elles, je sais que je ne suis pas éternelle. Au moment où le corps et l’esprit prennent de l’âge, la question du vieillissement est inévitable. Un peu comme pour les aspects financiers dont j’ai parlé précédemment, ce n’est pas le premier sujet auquel je pense en me levant… Je suis encore capable de passer des journées entières en randonnée pédestre ou à entretenir des plates-bandes, à faire des marinades ou à transporter du matériel pour l’organisation d’un événement. Trop souvent, il m’arrive d’être à l’ordinateur aux petites heures du matin. Il est 22 h 38 au moment où j’écris ces lignes. Mais je vois plein de gens actifs de ma génération qui, bien que très en forme, ont soudain des problèmes de santé importants. Certains sont même emportés par des maladies foudroyantes ou prolongées. Donc, prévoyante comme à l’habitude, j’ai fait en sorte de m’occuper non seulement de la vie et de ma vie, mais aussi de la mort …et de ma mort. Depuis trois ans, je siège au CA du Centre funéraire coopératif de la région de Coaticook.
Rappel d’un proverbe qui prend tout son sens:
On n’est jamais si bien servi que par soi-même!

Petite anecdote : à mon 60e anniversaire en 2005, des gens de ma famille ont composé une chanson dans laquelle ils soulignaient mon souci des autres en rappelant que je suis une aînée de famille. Et l’une des phrases disait : De l’âge scolaire jusqu’à nos fins dernières/ Y a pas à dire elle veille sur nous la reine-mère. Ça m’a bien fait rire. Une phrase qui me résumait très justement, je crois.

Vous pensez peut-être que c’est la partie la plus triste de ma vie? Mais non. Cet engagement a l’avantage de me faire côtoyer une réalité qui ne manque pas de pertinence. De m’aider à me poser des questions fondamentales et inévitables : de quelle façon ai-je envie de vivre cet ultime étape de mon existence? Si j’en juge par la façon dont j’ai vécu les différents passages de ma vie, je me dis parfois que je risque de partir «vite»! Si jamais ce n’est pas le cas, j’ai besoin de savoir et de dire clairement, qu’est-ce que je souhaite et qui sera la meilleure personne pour que je n’aie pas une vieillesse trop pénible et que mes dernières volontés soient respectées. Voilà un sujet sérieux qui, on s’en doute, devrait être traité par chacun d’entre nous non pas à une période vulnérable, mais en pleine possession de ses moyens. Pour être bien honnête, je dois vous avouer que tout n’est pas encore clair pour moi à ce chapitre, mais j’espère que mon cheminement au sein de cet organisme m’aidera à préciser mes désirs, à organiser ma sortie, à calmer mes peurs.

5. Quelques invitations en guise de conclusion

a. Chers novices retraités, de la même manière que vous vous êtes certainement passionnés pour l’association professionnelle qui vous a représentés pendant votre périple de professeur d’Université – je parle bien sûr du SPPUS - je souhaite vivement que vous joigniez avec enthousiasme les rangs de l’association des profs retraités de l’Université, l’APPRUS. D’ailleurs, une des prochaines activités sociales de l’APPRUS se tiendra dans la région de Coaticook le 18 juin 2008. Je remettrai tout à l’heure à chacun des retraités, un petit cadeau lui permettant de se préparer à cette sortie mémorable.

b. En lien avec mon premier souhait, depuis que je suis à la retraite, je constate qu’il manque un peu d’animation du côté de la campagne de Centraide auprès des profs retraités. Peut-être que je ne consulte pas bien mes messages, mais il me semble que depuis 2001, je n’ai pas été sollicitée avec autant de vigueur que lorsque j’étais au travail. Conséquence : j’oublie parfois de souscrire et je trouve ça dommage. Il y a une heureuse coïncidence dans l’expression de ce vœu. En prenant connaissance des informations concernant les retraités 2007, j’ai vu le communiqué suivant daté de 2005 :
L'organisme communautaire Centraide Estrie a souligné l'apport important de Pierre Béchard et de l'Université de Sherbrooke à sa cause, lors de sa soirée de reconnaissance tenue le 17 mai.
Secrétaire de la Faculté des sciences, Pierre Béchard a reçu le prix Fidélité campagne décerné à un individu ou à un organisme qui participe à la campagne de financement depuis le plus grand nombre d'années. Il s'implique dans la campagne de Centraide Estrie à la Faculté depuis maintenant 12 ans et figure comme l'une des clés du succès de la campagne Centraide de l'Université.
J’ai jumelé cette découverte au fait qu’un éminent professeur de la faculté d’administration, monsieur Bernard Goulet du département des sciences comptables et de fiscalité, prend aussi sa retraite. J’ai vu aussi qu’un retraité d’aujourd’hui, le collègue Rolland Viau, était tout indiqué pour être associé au prochain trio de promotion car il a passé une grande partie de sa carrière à travailler sur un phénomène très important en matière d’engagement dans un apprentissage : la motivation. Il n’en fallait pas plus pour que je voie là la combinaison gagnante pour insuffler parmi les profs retraités de bonnes habitudes que je ne suis peut-être pas la seule à avoir tendance à mettre en oubli. Joignant le geste à la parole, j’ai d’ailleurs annoncé à Bernard Héraud lorsqu’il m’a approchée pour la conférence de ce soir, que mes «émoluments» seraient versés à Centraide.
Conseil de mentor :
Si tu veux trouver rapidement une contribution intéressante pour Centraide, essaie de te faire engager pour donner une conférence au SPPUS.

Bien que je le fasse en même temps pour une bonne cause, j’espère néanmoins, chers novices, que vous puissiez retenir de mes propos quelques passages utiles pour votre nouvelle vie. Je vous souhaite la bienvenue dans le «club sélect» des retraités. Je vous souhaite aussi beaucoup de bonheur à découvrir tous les lieux où vous pourriez vous épanouir dans notre société où les besoins de cerveaux et de bras ne manquent surtout pas.
Bonne route! Bonne santé!
Et n’hésitez pas à communiquer avec moi si vous êtes en panne d’inspiration pour bien profiter d’une retraite active!

Michèle Lavoie24 novembre 2007