Phénomènes migratoires et clivages des cultures. Le cas des Cantons-de-l’Est :

L’histoire des Cantons-de-l’Est est emblématique pour avoir connu un renversement complet de la majorité linguistique et culturelle. Une population, d’origine américaine ou britannique, anglophone et non catholique va devoir composer sur le terrain avec des vagues d’immigrants canadiens de langue française et de religion catholique romaine.

      Ce processus historique s’est étendu sur 130 ans environ, de 1830 à 1960. Et aujourd’hui, la région ne compte plus que de 7 à 8 % d’Anglophones. Le point tournant du renversement des majorités a varié selon les comtés. Pour les comtés de Shefford, de Wolfe et de Sherbrooke, le pas est déjà franchi entre 1870 et 1880 tandis que dans les zones rurales plus proches de la frontière américaine comme Brome ou Stanstead, la majorité anglaise tiendra jusque dans les années 1940, parfois même plus tard. Il s’agit indéniablement d’un phénomène de long terme, qui connut d’ailleurs, selon les conjonctures, ralentissements et accélérations.

      Aujourd’hui que nous sommes confrontés aux dangers réels ou supposés d’une autre immigration, au point que certains sonnent la cloche d’alarme, nous voici donc à même de mieux comprendre les sentiments et les orientations prises, il y a un peu plus d’un siècle, par les Anglo-protestants d’ici face à ce que certains ont appelé : The French Invasion of the Eastern Townships.

      Le thème de l’immigration dans l’histoire de notre région, qui est le sujet de notre causerie d’aujourd’hui, sera abordé en deux volets.    Dans le premier, que j’appellerai, le syndrome du temporaire, nous montrerons que l’immigration soutenue que les Cantons-de-l’Est ont connue pendant deux siècles eut pour contrepoint l’émigration encore plus importante des gens d’ici vers ailleurs. Pour beaucoup, la région fut un lieu de passage, tout simplement.

      Quant au second volet, il concerne davantage la manière dont la culture majoritaire à un moment donné a réagi face à l’arrivée d’une autre culture, étant entendu que par culture, on parle ici surtout de langue, de religion, de comportements, de manière de vivre en société. La question à nous poser est la suivante : avons-nous assisté, comme certains le croient, à l’accueil aux nouveaux arrivants et à l’Intégration de leurs communautés ? Ou au contraire, à la juxtaposition plus ou moins antagonique de cultures ?

Première partie : la région comme lieu de passage.

      On dit parfois que nous sommes tous des immigrants. Il faudrait ajouter que nous sommes presque tous des émigrants.

      En fait, à bien y réfléchir, l’immigration est le vecteur principal de notre histoire régionale (comme d’ailleurs de l’histoire du continent tout entier). À l’arrivée des pionniers américains après la guerre d’Indépendance des Etats-Unis en 1783, la région était quasiment vide. Bien que sous juridiction britannique, elle devint alors le point le plus septentrional de l’expansion des populations de la Nouvelle-Angleterre, constituant presque un second Vermont. Les populations amérindiennes qui se déplaçaient dans cet espace étaient tellement décimées que les Américains eurent de bonne foi l’impression qu’ils en étaient les premiers occupants.

      Et après… Après ? Vinrenten vagues successives les Anglais, les Écossais, les Irlandais, les Canadiens français, les Acadiens, les Juifs, d’autres Canadiens français, des Italiens, des Syriens, et encore d’autres Canadiens français, des Vietnamiens, des Latino-américains, des Serbes, des Maghrébins et j’en passe.

      Que de monde ! Que de peuples ! Mais rassurons-nous ! Après être venus, avoir vu, avoir vécu ici plus ou moins longtemps, la plupart sont repartis ailleurs. Partis, les Américains, les Anglais, les Écossais, les Irlandais, les Canadiens français, les Juifs. Partis encore, d’autres Canadiens français, partis de nombreux Vietnamiens, de nombreux Serbes, etc.

      La documentation sur ce phénomène est vaste et on ne retiendra ici qu’un certain nombre de généralités.

      Première vague de peuplement, des Américains s’installent dès les années 1790. Vingt ans plus tard, en 1812, on estime leur population à environ 20 000 habitants. Mais bientôt, la tendance s’inverse. En la seule année 1818, des observateurs locaux évaluent à environ 4 000 personnes l’exode en direction de l’Ohio, de la Pennsylvanie, des Grands Lacs ou du Haut-Canada.

      À partir de 1834, la British AmericanLand Company favorise l’immigration provenant des Îles britanniques et du nord de l’Europe. Rien que pour l’année 1836, 6 000 immigrants débarquent dans la région. Cette vague d’arrivées déclenche par contrecoup l’émigration de familles américaines installées ici depuis une génération, qui quittent la région pour les États de la région des Grands-Lacs, l’Ohio, l’Illinois, le Wisconsin.

      Entre 1836 et 1838, la contagion du départ atteint à son tour les immigrants de fraîche date. À peine installés à grands frais, Suédois, Norvégiens, Britanniques, abandonnent leurs terres des Appalaches pour le Haut-Canada. Les Allemands recrutés pour ouvrir la rue King à Sherbrooke en 1835 sont déjà partis l’hiver suivant.

      Dans la période de 1840 à 1860, on recense de nombreux cas de cultivateurs américains qui  partent s’installer dans le Middle West ou même en Californie. Il en est de même pour des artisans, attirés par les villes comme Chicago ou les centres manufacturiers de la Nouvelle-Angleterre. En 1861, un journaliste anglophone constate que les dix dernières années ont vu un énorme exode de notre meilleure population vers l’ouest .

      Après la Guerre Civile, ces migrants rejoignent des États plus à l’ouest. Par la suite, après 1885, c’est  l’ouverture de l’Ouest canadien qui attire une part importante de la communauté anglophone : les départs ciblent aussi bien les terres vierges de l’Alberta ou de la Saskatchewan que les nouvelles villes de Calgary, Edmonton ou Winnipeg.

      Guerres, aléas climatiques, pauvreté des terroirs, isolement culturel peuvent expliquer en partie la brièveté relative du séjour dans la région. Rappelons néanmoins que les populations de souche américaine arrivées dans les Townships après 1792 ont déjà tout un passé de migrants. Pour eux, souvent, les Cantons-de-l’Est sont le troisième ou quatrième établissement successif depuis leur départ des campagnes surpeuplées du Connecticut ou du Massachusetts.         Pour ces familles, comme d’ailleurs pour les immigrants d’Europe, l’avenir s’ouvre devant un espace continental vierge, en constante progression, dit l’espace «de la frontière», qui caractérise l’Ouest américain jusque 1890, l’Ouest canadien jusqu’en 1920.

      À partir de 1850, on aurait pu croire que l’arrivée constante et massive d’immigrants canadiens–français dans les Cantons-de-l’Est allait se solder par une sédentarisation de la population. Il n’en fut rien.

      Dans les campagnes, installés dans des terroirs peu favorables à l’agriculture marchande, ils sont fréquemment voués à la gêne ou à l’endettement, ce qui entraîne leur exode vers les villes industrielles américaines. Exode d’abord temporaire, parfois suivi de retour, puis d’un nouveau départ, cette fois irrémédiable. Entre 1880 et 1920, les rapports des curés sont sans illusion : L’accroissement naturel de la population, écrit l’un d’eux, disparaît dans le fléau de l’émigration qui ne se ralentit pas un instant .

      Dans les villes manufacturières, les Canadiens français forment en général une main-d’œuvre d’ouvriers non spécialisés, de terrassiers, manœuvres, charretiers ou journaliers.

      Jusqu’en 1930, cette population ouvrière offre le spectacle d’un mouvement perpétuel. Elle se déplace constamment d’une ville industrielle à une autre, selon les rythmes du chômage ou du plein-emploi. Cette migration  a comme cadre le vaste espace polarisé sur les Cantons-de-l’Est, sur la région montréalaise et sur les villes manufacturières de la Nouvelle-Angleterre et comme vecteur un important réseau ferroviaire.

      L’instabilité du séjour est liée aux aléas de l’emploi, puisqu’il n’existe alors aucune aide aux chômeurs. Le marché du travail, non encore unifié à travers le continent, permet souvent de trouver du travail dans une autre ville, surtout aux Etats-Unis.

      À partir du 20e siècle, la statistique gouvernementale fournit un autre type de données relatives à la croissance (ou à la perte) de population. Les conclusions sont identiques : l’ampleur de l’émigration dépasse celle de l’immigration.

      La démographie des Cantons-de-l’Est, malgré le croît naturel soutenu, essentiellement dû au taux de natalité élevé des Canadiens français et des Catholiques jusqu’en 1960, demeure marquée par un déficit migratoire important. 

      Le tableau 1 permet de constater qu’en 70 ans, les comtés des Hautes-Appalaches (Wolfe, Frontenac, Compton ont perdu près de 94 000 habitants.             Seul, le comté de Sherbrooke attire plus de personnes qu’il n’en perd, pour un gain net de 30 000 personnes. De manière générale, au 20e siècle, en l’espace de 70 ans, la région aura perdu près de 120 000 personnes.

Tableau 1

Solde démographique des comtés des Cantons-de-l’Est, 1901-1971 (1)

                                                  1901–31       1931-51       1951-71

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Piedmont (2)                            - 21 146          -  672             - 2 382

Estrie hors Sherbrooke (3)        - 10 078          -   2 274          - 17 730

Hautes Appalaches (4)              - 37 682          - 23 125          - 33 058

Sherbrooke (5)                        +  9 676          +  9 699          + 10 832

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Cantons-de-l’Est                        - 59 230          - 16 372          - 42 348

Notes : (1) Naissances moins décès moins écart de population entre deux ou plusieurs recensements (2) Brome, Missisquoi, Shefford  (3) Richmond, Stanstead  (4) Wolfe, Compton, Frontenac  (5) comté de Sherbrooke

Source : HCE, p. 484. Les données ont été compilées par l’auteur de l’article à partir des recensements du Canada et des statistiques du Bureau de la Statistique du Québec.

      Il s’agit de calculs statistiques, équilibrant des flux vers l’extérieur et d’autres flux vers l’intérieur de la région. Lorsqu’on se rappelle qu’une grande partie de l’exode de la population anglophone a été compensée par la venue de Francophones, on comprendra que ces chiffres sous-estiment le phénomène d’émigration.

      Ce carrousel d’immigrations et d’émigrations explique l’ancrage temporaire des communautés culturelles dans la région. Elles étaient trop peu nombreuses en chiffre de population ou trop peu accrochées à la région pour constituer un apport durable. Les éléments qui sont restés dans la région rassemblent rarement  plus d’une centaine d’individus.         

      Ce fut encore le cas d’immigrants plus récents. Se souvient-on des Lettons venus en 1946 travailler dans les usines textiles, des Hongrois de 1956 ? Que de Vietnamiens sont repartis à Montréal ou ailleurs, que de Latino-Américains, que de Serbes ? Marginalisation, séjour temporaire, exode, parfois assimilation, tel semble être le destin de nombreux immigrants.

      L’assimilation de la deuxième génération, entre autres par l’école, les agrège rapidement à l’une ou l’autre des cultures dominantes. Seul subsiste la couleur étrangère du nom de famille, souvent banalisé après quelques décennies. Nous attardons-nous encore sur le fait que les Fabi, les Airoldi soient de descendance italienne ? Les Haddad, d’origine syro-libanaise ? Se souvient-on encore que les Setlakwe, Kandalaft, Karst, Zakaib et autres immigrants levantins, syriens, arméniens, ont commencé leur vie régionale comme marchands itinérants (pedlars) ?

      Trois cas particuliers sont néanmoins à signaler.

      D’abord, les Écossais gaéliques et presbytériens qui  s’accrocheront dans leur ghetto des terres pauvres des Hautes-Appalaches après 1840, mais qui, après deux ou trois générations, émigreront ou s’assimileront à la communauté anglophone entre autres suite à la scolarisation et à l’anglicisation de leur Église.

      Ensuite, les commerçants juifs de la rue Wellington, qui ont formé entre 1900 et 1950 une petite communauté avec sa synagogue et son cimetière.

      Enfin, les Irlandais ont défriché des terres autour de Richmond et y ont formé une communauté bien vivante, mais l’évolution des choses les destinait à faire le pont entre la communauté française catholique et la communauté anglophone.

Deuxième partie : la juxtaposition plus ou moins antagonique des cultures

      À la différence d’autres régions du Québec, les Cantons-de-l’Est n’ont jamais connu de monolithisme culturel. La région a plutôt connu des tensions dynamiques entre deux cultures ou deux phases de la culture. Ces tensions ont pu mener à des clivages, voire à des césures dans le tissu social. Mais lorsqu’une troisième culture aux traits plus marqués entre dans le décor et finit par constituer un élément important de la société, alors à ce moment-là, les clivages ou oppositions antérieurs s’atténuent pour faire bloc contre l’AUTRE, contre le tiers, dont la culture est trop différente ou menaçante.

* * *

      La tension culturelle la plus ancienne dans la région fut le clivage entre d’une part, les Loyalistes et les Britanniques immigrés et, d’autre part, les Américains d’esprit républicain, établis dans les Townships non pour des motifs idéologiques et politiques, mais pour des raisons économiques.

      Ces deux groupes, à part la langue anglaise (et encore, les différences de prononciation et de lexique sont déjà perceptibles), n’ont guère de choses en commun.

      Les Américains sont les fils des Révolutionnaires de 1776. Ils sont le premier peuple colonisé à avoir arraché par les armes leur indépendance. Ils privilégient la démocratie locale, de proximité, par laquelle les individus libres et propriétaires consentent à se taxer pour se doter de routes ou d’écoles. Ils ont un sens de la liberté individuelle, de l’initiative et se méfient de l’étatisme. Leur sentiment religieux est plus à l’aise dans les églises évangéliques, les sectes ou les dissidences.

      Ils reprocheront aux Loyalistes et aux immigrants britanniques, surtout anglais, arrivés après 1815, de s’enrégimenter dans des superstructures dirigistes (Royauté anglaise, Église anglicane, pouvoir colonial, milice dirigée par des officiers britanniques) et de valoriser une mentalité conservatrice, d’accorder du respect à la noblesse et à la naissance, d’obéir aux ordres venus d’en-haut.

      Voici, par exemple, ce qu’en dit un Américain de Shipton (Richmond), Elmer Cushing, en 1826, dans le premier livre imprimé dans les Cantons-de-l’Est :

Ces Britanniques se considèrent comme une catégorie d’êtres supérieure à celle des habitants de ce pays. Ils justifient leur supériorité, par la naissance. Par ce qu’ils sont des natifs d’Europe ! Ils qualifient nos manières, nos coutumes et nos vêtements de ridicules et de méprisables. Mais ils requièrent de nous obéissance et soumission à toutes leurs coutumes, aussi absurdes puissent-elles vous paraître.

      Inversement, pour les Anglais arrivés dans la région entre 1815 et 1840, les Américains de la Nouvelle-Angleterre installés dans la colonie britannique du Bas-Canada sont, au mieux, des êtres étranges, de basse classe, aux comportements grossiers, et au pire, des criminels, des félons, des révoltés contre la mère-patrie. Les Anglais les appellent avec mépris Yankees et le juge anglais de la Cour de Sherbooke, John Fletcher, qui les traite « d’hommes grossiers vivant dans les bois » (brute men of the forest), se fait un plaisir de sanctionner les voleurs, bagarreurs ou ivrognes de châtiments barbares, tels le pilori ou le chat à neuf queues.

       Voici quelques réactions bien tranchées cueillies au fil de correspondances privées d’immigrants anglais : Je traduis.

(Un immigrant anglais, à Cookshire, en 1836) Les Yankees établis ici sont des gens bizarres (…)  Ils sont sales et ne prennent soin de rien. La puanteur de leurs étables et de leur ferme déplairait à un Hottentot.

(Louisa Stacey, 1854, jeune anglaise immigrée à Ascot Corner, parlant de ses voisins d’origine américaine) Je n’aime pas du tout les Yankees, (…) les gens de Nouvelle-Angleterre, je les déteste. Ils fêtent l’Indépendance américaine le 4 de juillet, hissent le drapeau étoilé, tirent des coups de feu et font la fête. Mais le 24 mai, jour de la naissance de la Reine, leur est totalement inconnu !

(Thompson, douanier britannique, Stanstead, 1851)La population de Stanstead est rusée, hors-la-loi, appuie les contrebandiers. Cette descendance de criminels nous insulte, elle trahit son souverain et son pays d’adoption.

      Ces antagonismes mentaux débouchent sur des tensions, parfois politiques. Ainsi, dans les années 1830, plusieurs Américains des Townships prennent le parti de Papineau contre le pouvoir colonial britannique. Vers 1850, la volonté de descendants d’Américains de s’annexer aux États-Unis plutôt que de s’accommoder de la dépendance coloniale britannique se manifeste dans le Mouvement annexionniste, qui élira un député à Sherbrooke en 1850.

* * *

      La Confédération de 1867 modifie la situation de tous les Anglophones des Townships (qu’ils soient de descendance américaine ou britannique). De membres de la majorité canadienne, ils deviennent en effet une minorité dans la nouvelle Province de Québec. Au même moment, l’industrialisation de la région attire dans les villes une population ouvrière en grande partie canadienne-française. Les tensions entre Américains et Britanniques s’estompent, car les voici confrontés à la venue d’une tierce culture, catholique et française, qu’ils perçoivent comme une menace ou une invasion.

      Dès 1863, un intense mouvement d’opinion mobilise les élites anglophones. Face aux craintes suscitées par les pouvoirs législatifs de la future province de Québec, ils recherchent des solutions politiques L’idée est lancée de créer un parti politique unifié anglophone pour s’opposer à la mainmise d’une majorité française et cléricale sur les terres de la Couronne, sur l’éducation, sur le système municipal ou sur le découpage électoral.           

      Ils finiront par trouver une protection de type constitutionnel dans l’Acte d’Amérique du Nord britannique. Alexander Galt, père de la Confédération, député de Sherbrooke, parvient à négocier à la dernière minute deux clauses de nature à les rassurer.

       La première protège les limites des comtés à majorité anglaise de la région des Cantons-de-l’Est (article 80). Elle ne sera abolie qu’en 1973. La seconde protège les droits des minorités protestantes en matière scolaire (article 93) et ne disparaîtra au Québec qu’en 2008 (lors de l’abolition de la confessionnalité des commissions scolaires).

       Dans les décennies suivantes, la vigilance restera toutefois de mise parmi les plus radicaux des leaders d’opinion. Citons John H. Graham, grand maître de la franc-maçonnerie et principal du Richmond College. Ou encore Robert Sellar, un journaliste, dont le livre The Tragedy of Quebec, dénonce l’influence catholique dans les Townships. Certaines municipalités resteront longtemps farouchement antipapistes et antifrançaises, ravivées par les loges Orangistes (Waterville, Inverness).

      Malgré ces tensions et cette indéniable polarisation, on connaît peu d’exemples de violence interethnique, qui sera limitée à des cas très circonstanciels ou individuels (affaire Riel, conscription de 1917).

      Durant environ un siècle, entre 1870 et 1960, la coexistence des deux cultures se traduira néanmoins par des clivages profonds au sein de la société régionale, particulièrement en milieu urbain.

      Ces clivages entre Anglo-protestants et Franco-catholiques  touchent un grand nombre d’aspects de la vie publique et de l’organisation sociale. En effet, ils ont rapport à la langue, à la religion, à la morale et à la nature de la société civile.

      Examinons cela d’un peu plus près, car ces détails qui peuvent nous paraître aujourd’hui anecdotiques ou triviaux, nous permettent de mieux comprendre les coupures subtiles ou parfois éclatantes entre les deux communautés sur de nombreuses questions.

      Sur l’alcool, les Anglo-protestants favorisent la tempérance et la prohibition. Depuis les années 1840, des révérends issus de diverses dénominations protestantes ou des laïcs, tant hommes que femmes, prêchent contre l’alcoolisme et la vente d’alcool. Des meetings d’un soir ou des retraites de plusieurs jours sont ainsi consacrés à la lutte contre ce fléau.

      C’est d’ailleurs suite aux pressions de ce mouvement que le concept de référendum est créé au Canada. La loi Dunkin de 1864 (Dunkin est député de Brome) ou la loi Scott dans les années 1880 permettent aux communautés locales (à l’échelle du comté ou de la municipalité) de voter sur la question de la prohibition. Cet antialcoolisme, souvent radical, s’oppose dans les Cantons-de-l’Est à la vision canadienne-française d’une tolérance contrôlée par les pouvoirs publics municipaux ou provinciaux (systèmes des licenses pour hôtels et magasins (Commission des liqueurs 1921).

      Sur les services publics urbains (eau, gaz, électricité, transport), l’entreprise privée est le choix des Anglophones, opposés sur ce point aux Canadiens français qui soutiennent l’idée de services municipalisés ou étatisés.

      Sur l’éducation : pour les Protestants, la scolarisation est fondamentale, l’alphabétisation étant garante de la lecture personnelle de la Bible et la clé de l’ascension sociale et économique. Elle constitue une responsabilité collective, qui n’est pas confiée à l’État mais aux commissions scolaires locales et est financée par le biais de la taxe foncière.

      Les Anglo-protestants, aux multiples dénominations religieuses, excluent l’école confessionnelle (sauf, dans de rares cas, les Anglicans). L’école doit être la même pour tous (publique, le terme non-confessionnel convenant mieux ici que laïque). L’éducation religieuse des enfants est du domaine privé, les parents envoyant ou non leurs enfants aux écoles du dimanche (Sunday Schools) des diverses confessions.

      L’école non-confessionnelle accueille donc aussi les enfants catholiques (mais l’enseignement est presque toujours en anglais, d’où l’émergence entre 1840 et 1870 d’un processus d’anglicisation). Par la suite, les Canadiens français verront leurs autorités religieuses leur interdire l’accès à cette école «neutre», insister sur la création d’écoles catholiques et de commissions scolaires dissidentes, faire prévaloir l’éducation religieuse sur l’enseignement scientifique. L’obligation scolaire souhaitée par l’État est contestée par les évêques jusque dans les années 1940, laissant à toutes fins pratiques aux parents le choix d’envoyer ou non leurs enfants à l’école.

      Sur la place de la religion dans l’espace public : pour les Anglo-protestants, le fait religieux s’exprime dans une multitude de confessions, d’Églises ou de sectes. Chaque individu l’exerce en privé ou dans des lieux dédiés au culte, mais n’étale pas ses dévotions dans l’espace public, et n’impose surtout pas aux autres la contrainte de ses fêtes religieuses. Le soutien financier au clergé dépend de la volonté des fidèles.

      Tout ceci s’oppose au triomphalisme catholique. Dans la pensée des évêques, l’Église de Rome doit au contraire s’imposer dans l’espace public (églises majestueuses, processions, croix de chemin, plus tard croix lumineuses, crucifix, habits religieux, etc.). Elle réclame autoritairement auprès de ses fidèles l’exclusivité catholique de leur vie sociale et leur conformité à la morale définie par le clergé jusque dans les détails de la vie quotidienne. Elle s’oppose ainsi aux unions, aux associations mixtes (protestantes et catholiques) ou «neutres». Enfin, elle impose la dîme pour financer les institutions cléricales.

      Sur la place des sensibilités ethniques :entre 1860 et 1930 se développe chez les Anglais un sentiment impérial (conquêtes des Indes 1850’, de l’Afrique du Sud 1900’, guerre de 14 et conscription).      Ce sentiment impérial tente de chapeauter les anciennes distinctions ethniques britanniques et d’y intégrer la communauté canadienne-française, qui serait perçue au Canada comme la «quatrième famille britannique». Ce quadripartisme : Anglais, Écossais, Irlandais, Canadiens français, est bien évoqué par le drapeau à 4 quartiers de Montréal. Il a son folklore annuel avec les festivités des sociétés dites nationales : St. George, St. Patrick, St. Andrew, Saint. Jean-Baptiste.

      Sur la place des femmes dans la société : en contraste avec la vision catholique de femmes vouées à la maternité ou à la vie religieuse, la période 1880-1940 correspond chez les Anglo-protestantes à l’épanouissement de mouvements féminins politiques (Women Christian Temperance Union 1890’ (à la fois pour la tempérance et le vote des femmes), sociaux : Women’s Institutes, populaires dès 1910 (alimentation, hygiène), éducatif (premières femmes diplômées universitaires à Bishop’s), religieux (place des femmes dans les cultes évangéliques)

      Sur la morale : la morale anglo-protestante insiste sur le respect du dimanche, mais accepte, de manière accommodante, les pique-niques, les excursions mixtes, les sports, la danse, la contraception. À l’opposé, la morale catholique prêchée en chaire s’oppose à des occasions de péché (« ne pas aller aux fraises »). Elle réprouve la mixité des loisirs pour les jeunes, interdit la danse et prône une natalité soutenue. Elle tente de s’opposer aux loisirs dominicaux (Les évêques font lire en chaire le dimanche des lettres pastorales condamnant les sports, les meetings politiques, le cinéma, les excursions le dimanche).

      Ici, les catholiques sont parfois épaulés par les Anglicans qui demandent eux aussi le respect du dimanche, en exigeant, par exemple, la fermeture des cinémas (en Ontario, débat sur la circulation des tramways le dimanche!). En fait, cette relative unanimité est un combat d’arrière-garde de la morale victorienne et de la morale catholique, qui ont campé chacune sur leurs positions pendant un demi-siècle et qui découvrent qu’à la faveur de l’urbanisation et de l’industrialisation une troisième culture, la culture populaire urbaine des Etats-Unis, s’est introduite en force. Nous y reviendrons.

      Faisons donc un premier bilan. Après 1867, avec la Confédération et l’arrivée de Canadiens français dans les villes industrielles des Cantons-de-l’Est, la façon de voir la vie en société des Anglo-protestants s’est trouvée confrontée à la vision franco-catholique et ce, tant dans la vie sociale, religieuse, politique ou morale.

      Ces valeurs catholiques, françaises et traditionnelles ont commencé à s’exprimer durant la période de 1880 à 1920. Cette période correspond à un relatif équilibre démographique entre les deux communautés. Anglais et Canadiens (on se nommait ainsi) voient leurs effectifs augmenter à Sherbrooke entre 1880 et 1910, mais les deux groupes demeurent dans des proportions stables durant ces décennies, autour de 65-35 %.

      Dans cette première phase de relatif équilibre démographique, les Franco-catholiques commencent à manifester leurs revendications

      Divers événements les favorisent :

      L’établissement d’un évêché catholique à Sherbrooke en 1874 est décisif sen cette matière.. Le premier évêque, Mgr Racine, favorise par diverses mesures la constitution d’un système catholique d’éducation et d’enseignement, qui soit distinct. Parmi ces mesures, citons la séparation des commissions scolaires sur une ligne religieuse, l’installation d’écoles de Frères et de couvents de religieuses enseignantes, la création du Séminaire St-Charles.       L’évêque multiplie les fondations de paroisses catholiques, à la fois pour renforcer la foi et les mœurs, mais aussi pour les dédoubler sur le plan civil en municipalités de paroisses, entraînant ainsi la fragmentation du système municipal par township, établi par les Anglais. Il combat évidemment les tentatives d’implanter un protestantisme de langue française (Monnoir, Chiniquy)

      Parallèlement s’exprime une élite laïque de langue française ::avec la parution de journaux de langue française dans la région, depuis Le Pionnier de Sherbrooke en 1866 et le Progrès de l’Est (1883-1924) jusqu’à La Tribune (1910); avec la mise sur pied d’associations professionnelles, culturelles et de loisir, mais séparées de leurs équivalents anglophones (pas d’associations neutres ou communes).

      Citons encore la création d’un manège militaire français distinct du manège anglais (1908), la promotion de la culture en français par la création du Monument National (1906-1919),  l’embrigadement de la jeunesse dans l’ACJC (1912), la création du drapeau de Carillon SacréCoeur (1905), les campagnes du Bon parler français (1912).

      Enfin, à la même époque s’exprime publiquement l’appartenance socio-politique au Canada français : cela va des manifestations lors de la pendaison de Riel (1885), à l’effervescence en faveur des grands ténors politiques canadiens-français  tels Honoré Mercier (1885-1892), Wilfrid Laurier ou  Henri Bourassa .

      Bref, tout cela suscite la revendication d’une place sociale ou politique plus importante pour les Canadiens français. C’est le cas lors des élections où ils luttent dans les partis, tant libéral que conservateur, afin d’évincer les candidatures traditionnelles d’Anglo-protestants.

      Le groupe anglo-protestant, pour sa part, conscient d’un lent déclin démographique (qui s’accentue entre 1890 et 1914 avec la migration des jeunes vers l’Ouest canadien), mais désireux de ne pas être exclus du pouvoir ou mis en minorité par le poids du nombre d’électeurs francophones, trouve une formule d’accommodement (!) à savoir`l’égalité, par alternance. On a appelé cette stratégie «la bonne entente» ou «l’entente cordiale». Elle a valu cette l’alternance des maires des villes bi-ethniques ou des députés fédéraux et provinciaux des comtés ainsi que diverses ententes des élites locales sur le partage du pouvoir politique.

      La situation change après 1920, avec le rapide effondrement du poids de la communauté anglophone dans les Townships. On assiste  alors chez les Canadiens français à une sorte de schizophrénie sociale et idéologique. L’anglais reste la langue de travail et d’une bonne partie du commerce et de l’affichage. L’organisation économique demeure aux mains des dirigeants anglo-montréalais, torontois ou américains.

      Mais, en dehors de la vie matérielle, la vie culturelle et la moralité sont de plus en plus définie au grand jour par le clergé catholique.

      C’est l’époque où les ténors cléricaux développent, sans réserve aucune, une interprétation de leur installation dans les Cantons-de-l’Est qui est la contrepartie de celles qu’en faisaient les leaders anglo-protestants. Alors que Hunter évoque encore en 1939 The French Invasion of the Eastern Townships, l’abbé Auclair parlant de la pénétration catholique et française dans la région, la qualifiera «de leçon d’énergie nationale» (1924). Bientôt commencera un mouvement partiel de francisation de la toponymie.

      Si, sur le plan ouvrier, le clergé s’oppose aux syndicats américains et favorise, à partir de la crise des années 1930 les syndicats catholiques, ce même clergé régional rêve d’une société différente, aux valeurs ultramontaines, voire corporatistes (inspirées tant de l’Ancien Régime que des régimes autoritaires comme ceux de  Salazar, Mussolini, Franco ou Pétain), une société qui ne connaîtrait aucune séparation entre la vie civile et les organisations catholiques. Ces théories postulent que, dorénavant, la société franco-catholique n’a plus à tenir compte d’un partage de la vie civile avec les Anglo-protestants.

      La phase ostentatoire et péremptoire du catholicisme peut désormais se déployer.  Elle s’accompagne, entre 1900 et 1960, mais surtout après 1920, d’une ferme opposition à l’invasion d’une tierce culture, plus subtile parce qu’elle ne semble pas apportée par des étrangers, plus insidieuse parce qu’elle touche au quotidien et aux mœurs. Cette AUTRE culture est la culture urbaine populaire des États-Unis. Les évêques catholiques ont vu ce que l’exposition à cette culture avait provoqué chez les jeunes Franco-américains de la Nouvelle-Angleterre. Ils essayent donc de s’opposer à toute une série de comportements ou de nouveautés venues des États-Unis. Ce sera une lutte difficile.

      Difficile, parce que la mobilité géographique, facilitée par les chemins de fer, amène autant les Canadiens anglais que les Canadiens français à des séjours aux Etats-Unis, dictés par les nécessités de l’emploi, des études ou des loisirs. Quand ils reviennent dans la région, ils importent, surtout les jeunes générations, des comportements observés ou assimilés lors de leur séjour aux Etats-Unis. 

      D’autre part, l’écrasante prédominance de l’anglais dans la vie publique des villes des Cantons rend la culture américaine présente sans barrière linguistique.

      Vers 1900, le congé du samedi après-midi favorise l’accès à de nouveaux points d’intérêt. Question sport d’équipes : le cricket anglais et la crosse amérindienne cèdent le pas en été au baseball à l’américaine. Toute l’année, dans les salles de spectacles de la rue Wellington, à l’Opéra Clément ou au His Majesty’s, défilent les troupes américaines de music-hall, de vaudeville, d’opéras bouffe, d’orchestres de couleur (nigger shows) agrémentés de danseuses (pretty girls).

      En septembre, l’Exposition agricole attire des milliers de curieux, moins pour juger de la qualité des vaches ou des moutons que pour assister aux courses de chevaux (paris et alcool clandestins) ou pour découvrir les différents spectacles montrés dans des tentes et des baraques du Midway (diseuses de bonne aventure, clowns. Haltérophiles, danseuses orientales, vaudevilles, acrobates ou ce clou de l’Expo de 1907 : ballet  créatif de 13 belles filles et de Miss Beattie Ramsdell, première danseuse !).

      Quant aux cirques américains, dont le cortège arpente les rues du centre-ville pour harponner les badauds, il est l’occasion pour la classe ouvrière d’abandonner parfois l’usine le temps d’un spectacle et de dépenser les quelques sous épargnés pendant l’année. Et surtout arrive, insidieusement, discret parmi d’autres délassements, le cinéma.

      Obligé de tolérer ces débordements dans la ville tant qu’il fallait partager le terrain avec les Anglo-protestants plus permissifs, le clergé catholique organise après 1920 la lutte contre l’immoralité à l’américaine.      

      L’Église, en plus des condamnations en chaire, peut compter désormais sur des conseils municipaux contrôlés par des Canadiens français catholiques. Des règlements municipaux vont interdire le relâchement vestimentaire (règlements sur les shorts, sur les maillots de bain) [OTJ, jours séparés pour les petits garçons et les petites filles à la plage du parc Jacques-Cartier en 1935]. Ils vont interdire la vente ou la distribution de journaux jaunes, de littérature des Témoins de Jéhovah, de pamphlets socialistes ou communistes, de comics américains.

      Le clergé s’oppose aussi, de diverses manières, à l’influence des radios américaines dans les années 30 et 40, de la télévision américaine dans les années 50 (opposition au câble qui permet de capter les émissions du vermont) ou alors, il tente de contrôler le contenu idéologique et moral des initiatives locales  dans ce domaine comme dans le poste CHLT inauguré en 1937 ou la télévision locale en 1955 (sans parler des bénédictions d’autos, de tracteurs ou de bateaux).

      Ainsi, si nous jetons un regard sur toute la période antérieure à 1960-1970, après l’antagonisme d’une quarantaine d’années entre Britanniques et Américains, la dynamique profonde de notre histoire régionale s’est organisée autour du clivage et de la césure qui a régné pendant un siècle entre Anglo-protestants et Canadiens français catholiques.

      C’est ce clivage majeur qui a marginalisé l’émergence culturelle de petites communautés d’immigrants venus, avant 1960, essentiellement de divers pays européens.

      Certains affirment que si Sherbrooke reçoit aujourd’hui plus que sa part de nouveaux immigrants (des Vietnamiens aux Népalais, des Latino-américains aux Serbes), c’est dû à une tradition d’accueil dans la population des Cantons-de-l’Est. En fait, à l’inverse de l’attitude d’accueil, l’historien se doit de relever plusieurs cas de méfiance des populations en place vis-à-vis d’étrangers dont la présence est généralement associée à des délits, voire même à des troubles sociaux.

      Nous nous limiterons à citer les violences attribuées aux travailleurs irlandais employés à la construction du chemin de fer entre 1851 et 1853 ou l’hostilité déclarée de la population contre les «briseurs de grève» italiens recrutés par des compagnies minières ou ferroviaires.

      Ces cas demeurent circonstanciels. En fait, l’énorme majorité des immigrants canadiens ou étrangers qui ont abordé la région n’ont été ni accueillis, ni repoussés. Le concept d’accueil que certains proclament comme la marque de commerce des Sherbrookois ou des Estriens, ne s’applique pas à ces dizaines de milliers d’individus ou de familles qui ont jeté l’ancre dans la région, souvent pour un temps limité, en trouvent du travail en ville ou en défrichant une terre.

      Le fait qu’au 19e siècle, les diverses communautés ethniques s’installent dans des terres vierges à l’écart des autres communautés minimise d’autant les occasions de conflit entre groupes religieux ou ethniques antagonistes. Les Cantons-de-l’Est du 19e siècle composent ainsi une mosaïque ethnoculturelle, différente du melting pot  américain ou du récent multiculturalisme canadien.

      Il est temps de conclure.

      Pendant les deux derniers siècles, la culture régionale des Cantons-de-l’Est a évolué au gré des transformations lentes ou rapides des communautés ethniques, religieuses et linguistiques qui s’y sont succédé. Cette évolution a été marquée, de manière contradictoire :

1.    par l’instabilité des communautés, pour lesquelles la région a longtemps été un lieu de passage et de transition;

2.     par la tendance longue à la cohabitation, à l’opposition, voire à l’antagonisme de deux cultures dominantes, Anglo-protestants et Canadiens français catholiques;

3.    en corollaire, par le départ ou l’absorption plus ou moins rapide des groupes tiers, proportionnellement au poids de leur groupe dans le temps.

      Tout ceci suggère que les grandes mutations culturelles ne tiennent pas tant aux valeurs des cultures en cause, mais davantage aux forces politiques et surtout démographiques qui les sous-tendent. Un groupe qui est affaibli politiquement ou qui ne se renouvelle pas par ses enfants ne peut faire avancer ses valeurs culturelles. Il meurt ou se folklorise.