Laboratoire d’innovation juridique

Résoudre les différends hors cour… et hors de tout mur?

Lucas Métral a imaginé Mediato grâce à un de ses cours en droit.
Lucas Métral a imaginé Mediato grâce à un de ses cours en droit.
Photo : Michel Caron - UdeS

Vous glissez à l’entrée d’un commerce. Votre blessure vous empêchera de travailler pendant plusieurs mois. Votre collègue divorce, et la discussion autour de la garde des enfants s’envenime. Aucune envie d’aller au tribunal, toutefois, puisque portefeuille et patience y seraient fortement éprouvés. Alors que faire?

Une solution émerge : Mediato, une plateforme de médiation et d’arbitrage en ligne, développée par Lucas Métral et son partenaire d’affaires Ari Varjabedian. Ils sont appuyés par le Laboratoire d’innovation juridique, ou Lab.IJ (prononcez « i-j ») pour les intimes.

Mediato est née pendant un cours du baccalauréat en droit.

On nous enseignait le plus récent Code de procédure civile. Tout y a changé : il encourage la coopération, la communication mais surtout l’accessibilité et la vitesse de la justice civile. J’ai vu un potentiel énorme.

Lucas Métral

C’est que Lucas est « protechnologie », un profil qui, de son propre aveu, s’éloigne de l’univers du droit, « où tout est papier… comme en 1976! »

La médiation, c’est extrêmement flexible. Avec Mediato, j’ai construit non pas un palais de justice, mais un “palais de résolution”; je l’ai pensé virtuel pour rejoindre le plus de gens possible.

À qui s’adresse Mediato? « Le service est utile si vous vivez un litige civil ou familial, explique Lucas. Les modes de prévention et règlement des différends, comme la médiation et l’arbitrage, sont fortement encouragés dans ces domaines. » La plateforme réunit, d’un côté, des médiateurs ou médiatrices et des arbitres et, de l’autre, les avocats et avocates qui représentent les deux parties en cause dans un conflit.

Mediato crée un environnement propice à la résolution rapide de litiges, hors cour.
Mediato crée un environnement propice à la résolution rapide de litiges, hors cour.
Photo : fournie

Le principe est simple, proche de celui des salles de discussion en ligne : il faut vous connecter à la plateforme, inviter la deuxième partie, choisir de concert un médiateur ou une arbitre et vous rejoindre dans une salle virtuelle pour entamer le processus de résolution.

En ce moment, pour accéder à la justice, les gens affrontent des frais astronomiques et des délais tout aussi considérables. Mediato crée un environnement propice à la résolution rapide de litiges, hors cour.

Le droit à la fibre entrepreneuriale

Qu’une idée d’entreprise germe dans le cerveau de Lucas pendant un cours ne surprend pas celui qui se verrait aussi en génie logiciel ou en architecture. Son choix d’université a été motivé principalement par le cheminement avec maîtrise en administration des affaires en régime coopératif, c’est-à-dire un baccalauréat avec des stages et une inscription d’office au MBA.

Cette option « est venue chercher la fibre entrepreneuriale » en lui. Elle l’a tellement motivé qu’il s’est lancé dans l’aventure… après avoir terminé un baccalauréat en biologie à l’Université de Montréal.

Au début, Lucas travaille seul sur un prototype de Mediato « à temps perdu », grâce à des plateformes de développement sans code.
Au début, Lucas travaille seul sur un prototype de Mediato « à temps perdu », grâce à des plateformes de développement sans code.
Photo : Michel Caron - UdeS

Au début, Lucas travaille sur Mediato « à temps perdu », les soirs et les fins de semaine. Il commence à bâtir un prototype, à l’aide de plateformes de développement sans code, plus communément désignées par leur nom en anglais, no-code development platforms. « Un étudiant peut maintenant, seul derrière son écran, créer un prototype fonctionnel pour le présenter à de potentiels investisseurs et collaborateurs, voire à de futurs clients. C’est ce que j’ai fait pour commencer », explique le technophile.

Pas besoin d’investir 50 000 $ dans une application, en espérant qu’elle perce pour se rembourser!

Puis, il s’inscrit à un cours donné par Jacques Cloutier, coach à l’Accélérateur entrepreneurial Desjardins (AED) de l’Université de Sherbrooke.

Jacques m’a aidé à peaufiner ma proposition, en m’accompagnant tout un été. Il m’a forcé à me poser des questions concrètes.

Parmi elles traîne la question des ressources : Lucas réalise très vite que, pour lui, l’union fait la force… Il propose un partenariat à Ari Varjabedian, un très bon ami, que le projet enthousiasme.

Et là, les astres s’alignent : Lucas entend parler du Lab.IJ.

Le Lab.IJ, je l’attendais depuis mon entrée à l’UdeS! Que la Faculté de droit pousse les étudiantes et étudiants à innover va faire beaucoup de bien, en participant à transformer les mentalités du milieu juridique.

Si Lucas voit dans le Lab.IJ une promesse de changement, Déborah Montambault-Trudelle et Patrick Mignault l’ont d’abord conçu pour révéler le potentiel des étudiantes et étudiants.

Le Lab.IJ au croisement des idées et des ressources

Patrick Mignault, professeur à la Faculté de droit, et Déborah Montambault-Trudelle, coordonnatrice des cliniques juridiques.
Patrick Mignault, professeur à la Faculté de droit, et Déborah Montambault-Trudelle, coordonnatrice des cliniques juridiques.

Photo : Michel Caron - UdeS

« Les membres de la communauté étudiante en droit constatent les bouleversements du milieu : émergence des technologies et de l’intelligence artificielle, défis immenses de conciliation travail-famille, concurrence de plus en plus variée… On y a vu une occasion de développer leurs compétences transversales de façon pratique », explique Patrick Mignault, professeur à la Faculté de droit. Sa collègue renchérit.

Le Lab.IJ, c’est un espace où les étudiantes et étudiants de toute l’UdeS pourront participer à l’innovation juridique.

Déborah Montambault-Trudelle, coordonnatrice des cliniques juridiques à la Faculté de droit

Toute l’UdeS? « L’innovation juridique repose sur la multidisciplinarité. Ça prend des gens en communication et en marketing pour vendre une idée; d’autres en sciences ou en génie pour la développer… Le Lab.IJ sera leur point de rencontre », précise-t-elle.

Les projets sont divisés en 3 axes d’innovation : l’axe social, l’axe technologique et l’axe gestion. Mediato, par exemple, touche l’axe social et l’axe technologique, puisqu’il améliore l’accès la justice, en réduisant les frais et les délais, et utilise les nouvelles technologies. L’axe gestion, quant à lui, couvre tout ce qui a trait à la gouvernance.

Quand le Lab.IJ accepte un projet, il lui propose des ressources universitaires hors de la Faculté, une banque de mentors potentiels dans le milieu du droit et un appui financier, grâce au concours des cabinets Therrien Couture Joli-Cœur et BCF.

C’est là tout ce que cherchait Lucas Métral pour Mediato.

Un organisme pour aider avec le financement, compléter ton équipe et te mettre en lien avec d’autres facultés, c’est un soutien gigantesque pour une entreprise en émergence.

Lucas Métral

Lucas et Ari recevront donc un appui supplémentaire, notamment pour s’entourer d’expertes et d’experts capables de peaufiner le prototype.

D’ailleurs, vu la nature de Mediato et la réalité de la COVID, le Lab.IJ aide plus que le bébé de Lucas Métral : il soutient tous ceux et celles qui souhaitent régler leur différend grâce à un droit enraciné dans la modernité.