Un des textes gagnants du Concours de vulgarisation scientifique 2020

Lire Hélène Monette : une poésie qui nous parle

Elise Benamer, gagnante du Concours de vulgarisation scientifique 2020.
Elise Benamer, gagnante du Concours de vulgarisation scientifique 2020.

Photo : Fournie

« Y a-t-il un reboom de la poésie québécoise? » C’est la question que pose Catherine Lalonde, journaliste au Devoir, en constatant l’explosion des ventes de la poésie dans les deux dernières années. Mais pourquoi et comment la poésie attire-t-elle toujours tant d’adeptes? Comment les mots, choisis méticuleusement, résonnent-ils dans le coeur des Québécoises et des Québécois?

Dans son article « Le lieu commun revisité dans Là où était ici d’Hélène Monette », Nicole Côté, professeure en traduction à l’Université de Sherbrooke, esquisse une réponse : pour atteindre nos lecteurs, pourquoi ne pas tout simplement leur parler de ce qu’ils connaissent.

Hélène Monette
Hélène Monette

Photo : Lea C. / Les Éditions du Boréal

Hélène Monette, poète québécoise, militante, humaniste, et fervente défenseuse des minorités, semblait être un choix tout naturel pour représenter la manière « d’intégrer l’oral, la langue de tout le monde, à la poésie, autrefois réservée aux lettrés et aux riches », comme l’explique Nicole Côté. Son article est aussi très certainement une manière de faire résonner à nouveau la voix de la poète, décédée en 2015 d’un cancer.

À la recherche d’une réponse

Pauvreté, femmes humiliées et hypocrisie, Hélène Monette nous présente sur un plateau les mœurs de la société québécoise qu’on préfère ne pas voir. Le langage concis et imagé de la poète illustre un monde glauque et, dans ce monde, des humains pas tout à fait glorieux non plus. Et ne vous y méprenez pas, elle prend bien soin d’y inclure tout le monde : les grandes villes du Québec, la campagne, les femmes, les hommes, les blancs, les noirs, les riches et les pauvres. Mais quel plaisir prend-on à lire de la poésie, qui en plus illustre un Québec et des Québécois au fond du gouffre?

Suite à son décès, les archives d'Hélène Monette, constituées d’une trentaine de boîtes contenant des documents couvrant la fin de la décennie 1970 jusqu'à 2015, ont été léguées à l'Université de Sherbrooke.
Suite à son décès, les archives d'Hélène Monette, constituées d’une trentaine de boîtes contenant des documents couvrant la fin de la décennie 1970 jusqu'à 2015, ont été léguées à l'Université de Sherbrooke.

Photo : Carnet de notes 2008-2009, Fonds Hélène Monette (P79), UdeS

Comme Nicole Côté le souligne, c’est en jouant à la détective que Monette attise notre curiosité. Elle nous invite à la suivre, à sortir de chez nous et à embarquer sur « La Route » pour trouver des réponses à nos questions. Elle nous emmène en voyage à travers le temps et l’espace. On fait étape à « la grotte de Lascaux », « la guerre de Corée », « dans les ruines du monde », un pied dans le présent et l’autre dans le passé, à la fois et ici. On réalise alors que c’est l’entre-deux, la clé de l’énigme, pas tout noir, pas tout blanc, mais « gris », ce gris qui revient si souvent dans Là où était ici.

La professeure Nicole Côté est spécialiste de la traduction littéraire et de la littérature comparée.
La professeure Nicole Côté est spécialiste de la traduction littéraire et de la littérature comparée.

Photo : Université de Sherbrooke

Ainsi, au fil des vers, la poète délocalise son lecteur, le détemporalise, mais le garde près d’elle par son langage simple et ses expressions familières; des mots qui dénoncent.

Les mots qui nous reviennent

Retour à la question posée au début : pourquoi la poésie nous attire-t-elle tant? Dans le cas d’Hélène Monette, c’est tout ce qui fait de l’individu ce qu’il est, avec ses qualités et ses défauts. À l’aide de sa langue humble, la poète appréhende le genre humain et son histoire avec une touche de légèreté; elle nous expose « un album-souvenir en quelque sorte », comme le dit Côté. Et finalement, les souvenirs, y en a des bons, et y en a des mauvais.

Et si c’était ça, la poésie qu’on voulait? Une poésie accessible et dénonciatrice?

Une poésie de la vraie vie.

À propos d’Elise Benamer
Elise Benamer est actuellement étudiante à la maîtrise en littérature canadienne comparée, dans le cheminement en traduction littéraire et traductologie, sous la direction de la professeure Nicole Côté. Ses intérêts de recherche sont multiples : littérature interculturelle, immigration, traumatisme, afroféminisme, etc. Elle travaille entre autres sur la traduction de Shut Up You're Pretty, écrit en 2019 par Téa Mutonji. Pour elle, la vulgarisation scientifique est une forme de traduction : on prend un texte long, parfois lourd à lire pour les lecteurs les moins aguerris, et on le transmet dans un langage accessible et attrayant.

À propos du concours
L’Université de Sherbrooke tient annuellement un concours de vulgarisation scientifique dont les objectifs sont de stimuler des vocations en vulgarisation scientifique et d’augmenter le rayonnement des travaux de recherche qui s’effectuent à l’Université, qu’ils soient de nature fondamentale ou appliquée.