L'un des textes gagnants du Concours de vulgarisation scientifique 2020

Délinquants associés aux gangs de rue : toute une personnalité !

Geneviève Beaulieu, gagnante du Concours de vulgarisation 2020
Geneviève Beaulieu, gagnante du Concours de vulgarisation 2020

Photo : Fournie

Laurent et Anthony, 16 ans, peignent à l’occasion des graffiti sur les murs de la ville. Cependant, Anthony est associé à un gang de rue (AGR), où il est encouragé à poser des gestes criminels, alors que Laurent ne commet que des actes de vandalisme. Bien que tous les deux adoptent des comportements délinquants, ils sont bien différents.

Qu’est-ce qui distingue ces jeunes ?

Des caractéristiques communes à la majorité des jeunes AGR sont connues : ils sont souvent de sexe masculin et vivent dans la pauvreté. Leur famille est non traditionnelle et présente des antécédents de criminalité. Ils subissent aussi de la discrimination, ont des pairs délinquants et manquent d’estime d’eux-mêmes et d’autocontrôle. Mais quels sont donc leurs traits de personnalité ?

Traits de personnalités associés à la délinquance

On sait que les jeunes délinquants (AGR ou non) présentent un taux élevé de névrotisme (beaucoup d’émotions négatives), un faible niveau d’agréabilité (peu d’empathie et de sensibilité) et de conscience (peu dirigés vers un objectif ou peu responsables). Ils recherchent aussi les sensations fortes, mais s’ouvrent moins à l’expérience que les autres jeunes. Cependant, on ignore encore la distinction entre les jeunes AGR ou non-AGR (NAGR).

Moins agréables, plus hostiles

Photo : Photo : iStock Photo, libre de droits

Fanny Guérin-Lazure, candidate au doctorat en psychologie à l'UdeS, et son équipe ont exploré ces différences auprès de 211 jeunes hommes de 14 à 25 ans détenus dans un établissement carcéral ou un centre jeunesse. Ils ont répondu à des questionnaires concernant leur niveau de délinquance, leurs traits de personnalité et leur appartenance à un gang de rue.

Les soixante-dix-neuf participants AGR se distinguent sur plusieurs points par leur niveau de délinquance et leur personnalité. D’abord, ils commettent des actes délinquants plus fréquemment, qui sont plus graves et plus diversifiés que les actes commis par les jeunes NAGR. Voies de fait, vols, fraudes et trafic de stupéfiants en sont des exemples.

Ensuite, sur le plan des traits de personnalité, les jeunes AGR présentent moins de traits d’agréabilité. Plus précisément, ils sont moins confiants, moins modestes et moins honnêtes. Ils sont aussi moins altruistes, conformistes et chaleureux, et plus enclins à la confrontation. Leurs traits de personnalité liés aux relations sociales sont donc distincts de ceux des jeunes NAGR, témoignant des difficultés sociales qu’ils peuvent vivre. Selon la chercheuse, c’est là une piste d’explication de leurs nombreux actes criminels.

De la connaissance à l’intervention : l’utilité de cette recherche

À la lumière des différences entre les jeunes AGR et NAGR, il est important d’agir spécifiquement selon les caractéristiques des jeunes pour réduire leurs vulnérabilités respectives. Par exemple, des ateliers sur les habiletés sociales et la gestion de la colère seraient plus appropriés pour les jeunes AGR. Cependant, ces résultats ne donnent aucune information sur les traits de personnalité des filles ni des adolescents qui ne sont pas mis sous garde. Ce sont là des pistes à étudier afin de diminuer davantage la criminalité dans notre société !

À propos de Geneviève Beaulieu
Étudiante à la maîtrise en psychoéducation à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, Geneviève Beaulieu prépare actuellement son mémoire supervisé par la Pre Catherine Laurier sur le thème des effets psychosociaux du sport chez les adolescents, selon leurs traits de personnalité. Adepte de cyclisme et de natation, Geneviève joue de la guitare et a récemment entrepris l’apprentissage du piano. C’est la deuxième fois en deux ans qu’un de ses textes est sélectionné dans le cadre du Concours de vulgarisation scientifique de l’UdeS.

À propos du Concours
L’Université de Sherbrooke tient annuellement un concours de vulgarisation scientifique dont les objectifs sont de stimuler des vocations en vulgarisation scientifique et d’augmenter le rayonnement des travaux de recherche qui s’effectuent à l’Université, qu’ils soient de nature fondamentale ou appliquée.