Acfas 2019

Maltraitance : amener les personnes aînées à demander de l’aide

Photo : UdeS

Une personne aînée sur six vivant à domicile subirait de la maltraitance chaque année. Bien qu’un nombre croissant d’aînés soient conscients de vivre de la maltraitance ou de l’intimidation, peu d’entre eux passent à l’action lorsque vient le temps de faire une demande d’aide.

Dans le but de favoriser l’augmentation des demandes d’aide chez les aînés, un guide de pratique à l’intention des organismes communautaires qui les accompagnent a été développé par la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées, en partenariat avec DIRA-Estrie, un centre d’aide aux aînés victimes de maltraitance.

Photo : Fournie

L’élaboration du guide de pratique DAMIA (Demande d’aide en contexte de maltraitance et d’intimidation chez les aînés) résulte d’un projet de recherche-action qui s’est déployé sur une période de trois ans. Candidate au doctorat en gérontologie et travailleuse sociale, Caroline Pelletier a assuré la coordination de cette recherche, pilotée par la professeure Marie Beaulieu, titulaire de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées.

Photo : Fournie

Le guide, disponible depuis la fin de l’année 2018, se compose de deux fascicules. Le premier vise à développer et à maximiser la pratique de sensibilisation des personnes administratrices et coordonnatrices des organismes communautaires en matière de lutte contre la maltraitance et l’intimidation envers les aînés. Le deuxième a pour objectif de préparer et de soutenir les personnes qui animent des activités de sensibilisation auprès des aînés dans les organismes communautaires.

Plus de 400 aînés ont participé à la recherche, en répondant à un questionnaire ou en participant à des entrevues de groupe visant à identifier les freins et les leviers à la demande d’aide dans une situation où ils devaient se projeter dans une simulation de maltraitance et d’intimidation, de même que les motivations à participer aux activités de sensibilisation offertes par des organismes communautaires sur ces deux thèmes.

Une meilleure compréhension des freins et des leviers à la demande d’aide permet aux organismes communautaires qui travaillent avec les aînés d’ajuster leurs pratiques de sensibilisation et leur offre de services d’accompagnement.

Caroline Pelletier, coordonnatrice de la recherche

Les différents visages de la maltraitance

La maltraitance peut revêtir différentes formes. Près de 16 %* des personnes aînées vivant à domicile subissent de la maltraitance annuellement. Les types les plus fréquents sont les suivants : 

-  Maltraitance psychologique : 11,6 %
-  Maltraitance matérielle et financière :  6,8 %
-  Négligence :  4,2 %
-  Maltraitance physique : 2,6 %
-  Maltraitance sexuelle :  0,9 % 

*Un type de maltraitance s’accompagne souvent d’un autre type de maltraitance. Par exemple, la maltraitance psychologique est presque toujours présente, peu importe le type de maltraitance vécue.

Freins et leviers à la demande d'aide

Candidate au doctorat en gérontologie et travailleuse sociale, Caroline Pelletier a assuré la coordination de cette recherche-action.
Candidate au doctorat en gérontologie et travailleuse sociale, Caroline Pelletier a assuré la coordination de cette recherche-action.
Photo : Fournie

Les freins à la demande d’aide mentionnés par les répondants lors de la période de collecte de données visant à bâtir le guide sont nombreux. L’on note par exemple la peur des représailles, le sentiment de honte ou de culpabilité, la croyance que ça ne concerne pas les témoins d’un acte de maltraitance, ainsi que le manque de connaissances quant à la problématique et aux ressources d’aide.

À propos de ce qui pourrait l'empêcher de faire une demande d'aide, l'une des participantes en entrevue de groupe mentionnait :

 […] Si la personne est proche de toi, c’est ça qui va t’empêcher. C’est la relation, la perte de l’affection, c’est tout ça qui moi m’empêcherait de dénoncer.

Le fait d’être informé et sensibilisé par rapport à ses droits et aux ressources et services disponibles, de même que l’établissement d’un lien avec quelqu’un de confiance, des services professionnels qualifiés assurant la confidentialité ainsi que le soutien et l’accompagnement tout au long des démarches figurent parmi les leviers favorisant la demande d’aide.  Par exemple, une participante à la recherche indiquait :

Moi, j’irais me chercher une personne en qui j’ai entièrement confiance.

À la lumière des différents freins et leviers répertoriés, les éléments suivants permettent de maximiser et de développer la pratique de sensibilisation en matière de lutte contre la maltraitance et l’intimidation envers les personnes aînées :

  • Comprendre la maltraitance et l’intimidation
  • Démystifier les freins à la demande d’aide
  • Créer un lien de confiance
  • Souligner l’importance des témoins
  • Présenter les ressources d’aide

Et si l’on parlait de bientraitance?

Bien que des activités de sensibilisation auprès des aînés soient offertes par les organismes communautaires, plusieurs facteurs influent sur le fait d’y participer ou non.

Pour plusieurs, c’est un sujet difficile qui peut provoquer la fermeture. La crainte de devoir dévoiler une situation vécue ou le sentiment de ne pas se sentir concerné ou d’être déjà suffisamment informé sont des freins à la participation aux activités de sensibilisation.

 Caroline Pelletier

Moins péjorative que la maltraitance, la notion de bientraitance peut constituer un levier pour participer aux ateliers de sensibilisation, comme le précise la coordonnatrice de la recherche :

La promotion de la bientraitance permet de renforcer la prévention de la maltraitance et de l’intimidation.

Le fait de se sentir concerné par les thèmes abordés, le sentiment d’utilité et le désir d’aider autrui, un contenu concret et interactif de même que l’accessibilité physique, intellectuelle et financière sont des leviers favorisant la participation des aînés aux activités de sensibilisation qui leur sont offertes. Caroline Pelletier ajoute :

C’est important que la sensibilisation à la maltraitance s’insère dans des activités courantes chez les aînés qui regroupent plusieurs thèmes, autour de cafés-causeries, de repas communautaires, par exemple.

Des résultats positifs déjà observés

L’élaboration d’un tel guide de pratique de sensibilisation engendre déjà des résultats positifs. À la suite de la passation des questionnaires à des aînés dans le cadre de la recherche-action, l’organisme DIRA-Estrie a reçu huit demandes d’aide.

Ce sont des demandes qui n’auraient probablement jamais été acheminées, puisque ces répondants ne participaient pas aux différentes activités de sensibilisation offertes par le centre d’aide. Caroline Pelletier croit en outre que d’autres demandes ont pu être faites à la suite de cette sensibilisation sur le sujet, soit auprès d’autres organismes ou d’amis et de membres de la famille.

Caroline Pelletier présentera le développement du guide de pratique le lundi 27 mai prochain, dans le cadre du 87e congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), qui se tient du 27 au 31 mai à l’Université du Québec en Outaouais.