Journées des sciences humaines 2019

Gros plan sur la liberté d'expression, ce principe capital

Des membres du corps professoral et un étudiant de l’UdeS participaient à une table ronde sur la liberté d’expression à l’université et les phénomènes de polarisation.

Des membres du corps professoral et un étudiant de l’UdeS participaient à une table ronde sur la liberté d’expression à l’université et les phénomènes de polarisation.


Photo : Michel Caron - UdeS

La 4e édition des Journées des sciences humaines est maintenant terminée et elle fut riche en découvertes, en apprentissages et en débats enflammés. Les 14 et 15 mars derniers, l’UdeS a célébré les sciences humaines sous le thème « cohabiter le monde ». En plus d’une conférence sur la Corée du Nord, d’un hommage à la réalisatrice autochtone Alanis Obomsawin et de plusieurs autres activités, une table ronde sur la liberté d’expression à l’université et les phénomènes de polarisation a eu lieu. Cette table ronde, réunissant des membres du corps professoral et un étudiant de l’UdeS, a tenté d’ouvrir une discussion le 14 mars dernier sur un sujet épineux et parfois difficile à cerner : la liberté d’expression.

La table ronde était animée par Isabelle Lacroix, directrice et professeure à l’École de politique appliquée de l’UdeS, David Morin, également professeur à l’École de politique appliquée et vice-doyen à l’enseignement et au développement international de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UdeS, ainsi que par William Leclerc Bellavance, étudiant à la maîtrise en administration et directeur général du REMDUS. Avec la participation de l’assistance, ils ont discuté des limites de la liberté d’expression et des sujets polarisants dans les milieux universitaires.

Liberté d’expression et polarisation

La liberté d’expression est un concept que tout le monde connaît, mais qui peut être difficile à définir précisément, car il évolue selon le contexte, l’époque et même selon chaque individu. Le professeur Morin a d’ailleurs fait état de cette situation, précisant qu’il est ardu de mettre des balises claires à la liberté d’expression : « La liberté d’expression n’est pas une notion absolue. Qu’avons-nous le droit de dire et de ne pas dire? Que vous soyez aux États-Unis, au Canada ou en France, la réponse à cette question sera différente, même chose si vous êtes dans un bar avec des amis ou sur un campus universitaire. »

Selon les personnes assises à cette table ronde, la polarisation des points de vue est également plus présente, c’est-à-dire qu’il devient de plus en plus difficile d’opposer des idées sans que cela tourne mal, ce qui empêche le dialogue et le débat.

Ainsi, dans nos sociétés, si la polarisation est grandissante et la liberté d’expression est réduite, est-ce la même chose dans les milieux universitaires?

Un contexte particulier

L’université a plusieurs raisons d’être, de rôles et de missions, mais pour toutes les personnes présentes dans l’assistance le 14 mars, un aspect fondamental de l’université reste d’encourager le dialogue social, comme le mentionne la professeure Lacroix :

Isabelle Lacroix, directrice et professeure à l’École de politique appliquée de l’UdeS

Isabelle Lacroix, directrice et professeure à l’École de politique appliquée de l’UdeS


Photo : Michel Caron - UdeS

Je crois fortement que le campus universitaire est un lieu où il devrait y avoir cette conversation libre, un espace où il y a véritablement une possibilité de débattre des idées, des faits et de faire avancer le savoir.

Toujours selon la professeure Lacroix, les personnes qui ne veulent pas entendre certaines opinions qui les heurtent ou qui vont contre leurs propres croyances peuvent nuire à la mission de l’université en encourageant la censure chez certains. Sur un campus universitaire, on doit tenir un débat avisé, rigoureux scientifiquement et nuancé, et un argument opposé doit être reçu, on ne peut le censurer.

Pour le professeur Morin, l’université ne peut quand même pas être complètement coupée de la société. Certaines règles existent tout de même, des règles qui ne permettent pas que l’on tienne des propos diffamatoires ou haineux. C’est ici que l’importance de l’esprit critique et du débat prend tout son sens.

Des changements perceptibles

Autant sur les campus universitaires qu’à l’extérieur de ceux-ci, la situation de la liberté d’expression et de la polarisation a beaucoup évolué au cours des dernières années, et elle continue de le faire. Le professeur Morin résume la situation :

David Morin, également cofondateur et codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent et cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents

David Morin, également cofondateur et codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent et cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents


Photo : Michel Caron - UdeS

La liberté d’expression est mise à l’épreuve présentement, car les extrêmes demeurent minoritaires, mais ils sont plus vocaux que la majorité. Ce débat n’est pas nouveau, mais l’utilisation croissante des réseaux sociaux vient accroître la polarisation des discours en ligne. Cette nouvelle façon de s’exprimer sur les réseaux sociaux, en partageant son opinion sans recherche et rigueur scientifique, impacte clairement nos relations sociales, même dans la vie réelle. 

Voilà pourquoi l’université, et plus largement l’éducation du primaire aux cycles supérieurs, demeurent essentielles pour enseigner le débat et le dialogue social, et pour renforcer l’esprit critique. Il faut désormais s’attarder à ces enjeux, la liberté d’expression et la polarisation, autant en sciences humaines qu’en génie, en biologie ou en mathématique.

William Leclerc Bellavance exprime assez bien le paradoxe de cette liberté d’expression : « On veut que tout le monde ait le droit de tout dire, mais on ne veut pas tout entendre. » Pour lui, la liberté d’expression s’exerce réellement lorsqu’on fait preuve d’ouverture d’esprit, c’est-à-dire qu’on écoute l’opinion inverse pour ensuite se fonder une opinion avec l’ensemble de l’information, ce qu’enseigne d’ailleurs le milieu universitaire.