Le cadeau de la diversité des genres

Photo : Martin Blache

Saviez-vous qu’une musicienne augmente ses chances d’être sélectionnée dans un orchestre si l’audition se fait à l’aveugle, puisque sa prestation sera jugée indépendamment de son genre? Que pour deux CV identiques, l’un signé par un homme, et l’autre, par une femme, la candidature masculine se verra offrir un salaire plus alléchant pour le même poste?

Ces faits – scientifiques! – ont de quoi nous faire grincer des dents. Ils figurent en fait parmi les nombreux constats compilés dans un ouvrage traduit et publié par la Chaire pour les femmes en science et génie au Québec, qui nous rappelle que la mixité se heurte, encore en 2019, à de nombreux obstacles.

En effet, on rapporte que les stéréotypes et les préjugés envers les femmes sont coriaces dans les milieux de travail, en sciences et en génie, mais dans d’autres domaines également.

Par exemple, traditionnellement, on associe les employées féminines à la gentillesse, au respect de l’autre et à la sensibilité, et on les dissocie de la fougue décisionnelle et de l’esprit de compétition. Elles sont aussi considérées comme moins douées en mathématiques. Ces idées reçues pèsent lourd sur les employées et les femmes cadres. À la longue, ces stéréotypes, même s’ils sont véhiculés implicitement, deviennent un facteur de stress qui les empêche d’atteindre leur plein potentiel et de gravir les échelons. Ils donnent aussi lieu à des préjugés involontaires qui sont défavorables à leur progression et à leur recrutement.

Pire : quand elles osent adopter des comportements stéréotypés masculins, en étant plus compétitives ou décisives, par exemple, les femmes sont perçues comme étant plus insensibles et froides que leurs collègues féminines. Une impasse?

Faire sa juste part comme décisionnaire et comme collègue

Selon la Pre Ève Langelier, qui chapeaute ce projet de publication en tant que titulaire de la Chaire, être une femme et mener de front une carrière prolifique, c’est tout à fait possible… à condition que les décisionnaires et les collègues y mettent du leur.

Comme premier pas, elle suggère aux organisations et aux entreprises de prendre conscience des menaces qui pèsent sur la diversité dans leur milieu, comme les microagressions, les biais inconscients et le langage ayant une connotation de genre.

Pre Ève Langelier, titutaire de la Chaire pour les femmes en sciences et génie au Québec
Pre Ève Langelier, titutaire de la Chaire pour les femmes en sciences et génie au Québec
Photo : Martin Blache

Les mots et les expressions utilisés dans les offres d’emploi peuvent dissuader les femmes à poser leur candidature. Le langage genré à connotation plus masculine est un exemple à éviter. Plusieurs femmes ne se reconnaissent pas dans l’expression "la domination d’une compagnie dans un marché", mais "l’excellence d’une compagnie dans un marché" les rejoindra davantage. Adapter les appels de candidatures est une bonne pratique en équité, diversité et inclusion. C’est ce genre d’information pratique qui se retrouve dans le livre.

Pre Ève Langelier


La Pre Langelier invite aussi à la mise en place de mesures qui favorisent l’intégration et la rétention des femmes, telles que des politiques de conciliation travail-vie personnelle et des pratiques équitables d’avancement de carrière.

Égalité homme-femme, pour des équipes vitaminées

En entreprise, on observe une corrélation entre la mixité des équipes et le degré de performance et d’innovation de l’organisation. Les milieux qui prônent un équilibre hommes-femmes sont également plus efficaces sur le plan organisationnel.

Il y a plusieurs avantages potentiels à la diversité des genres en sciences et en génie. Par exemple, il y a moins de risque d’erreurs, puisque différentes perspectives sont prises en considération. On remarque aussi une plus grande diversité d’idées et de stratégies possibles pour la résolution de problèmes complexes ou encore une meilleure représentation des préoccupations de la population. Pour ces raisons, viser la diversité, c’est viser l’excellence!

Pre Ève Langelier


Rappelons que l’Université de Sherbrooke fait de la diversité l’une de ses priorités. Elle s’est notamment dotée de mesures qui favorisent l’équité dans l’attribution des chaires et la nomination de professeures et de professeurs.

À propos du livre La diversité des genres : un résumé de la situation des femmes en sciences et en génie

Largement inspiré du livre WWEST’s Gender Diversity in STEM, a briefing on women in science and engineering, publié par l’Université de la Colombie-Britannique en 2015, l’ouvrage produit par l’équipe de la professeure Langelier est composé de feuillets informatifs et de témoignages de personnes influentes en matière de diversité des genres. Parmi celles-ci, Claire Deschênes, récipiendaire d’un doctorat honorifique de la Faculté de génie en septembre 2019, y présente un témoignage sur son expérience de mentore, et Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, y expose les détails de l’initiative « 30 en 30 », qui vise à atteindre 30 % de femmes parmi les nouveaux ingénieurs en 2030.

L’ouvrage fait état de la situation dans les domaines des sciences et du génie, mais aussi des milieux de travail en général. Il présente des façons de mettre en place, d’encourager et de maintenir un milieu de travail diversifié au sein des organisations.