Environnement

4 questions à Geneviève Petit sur l’urgence climatique

La professeure Geneviève Petit
La professeure Geneviève Petit

Photo : Martin Blache - UdeS

La responsabilité sociale est au cœur de la pratique de Geneviève Petit. Santé publique et médecine préventive ont guidé le travail de cette professeure… Et ces préoccupations sont encore plus d’actualité quand il est question de la crise climatique.

Depuis le début de sa carrière, Geneviève Petit souligne aux acteurs de la santé l’importance cruciale qu’ont leurs actions professionnelles et citoyennes. À ses yeux, ce secteur forme la base d'une communauté saine et dynamique.

C’est aussi ce que véhicule son enseignement. Par ailleurs, la professeure Petit y insiste beaucoup sur l’importance des déterminants sociaux et environnementaux de la santé. Elle prône un réel partenariat entre le secteur de la santé, les communautés et les autres secteurs.

Geneviève Petit est professeure titulaire au sein du Département des sciences de la santé communautaire de la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS). Elle travaille à la Direction de santé publique de l’Estrie depuis plus de 10 ans. Elle s’investit principalement dans la prévention et la gestion des risques environnementaux, des maladies infectieuses et des sinistres touchant la population estrienne. Elle a récemment accepté de diriger un nouveau bureau de la responsabilité sociale, qui sera créé en 2020 à la FMSS.

Selon vous, quel est le plus gros enjeu dans votre domaine relativement à l’urgence climatique?

Les changements climatiques auront un impact majeur sur la santé physique et psychologique des individus et des populations, et ce, partout dans le monde. Certains de ces impacts s’observent déjà et ils s’accroîtront dans les prochaines années.

Dans un monde idéal, le réseau de la santé travaillera rapidement avec plusieurs autres acteurs afin de déterminer la nature des mesures à instaurer dans le but de réduire notre empreinte écologique collective. De plus, il déploiera les efforts nécessaires pour atténuer l’impact de la crise climatique et se préparer à y faire face… Et il devra faire les deux en même temps.

Les changements climatiques sont aussi fondamentalement injustes : ils ne toucheront pas tout le monde de la même façon.

Certaines personnes seront plus à risque de souffrir de la crise climatique, tout en ayant moins de moyens pour y faire face.

Il est impératif que le réseau de la santé prenne en considération cette réalité et mette en œuvre des efforts pour réduire les inégalités sociales de santé qui existent déjà, comme elles s’accentueront avec les changements climatiques.

Comment réagissez-vous face aux changements climatiques, comme médecin et professeure?

Mon travail de médecin en santé publique m’expose directement aux impacts des changements climatiques.

Et, des impacts sur la santé, il y en a déjà, notamment les évènements météorologiques extrêmes et la hausse de maladies transmissibles par les tiques, comme la maladie de Lyme.

Je vois le défi que cela représente dans le présent et dans l’avenir. Je suis prête à m’y engager. En santé publique, la lutte aux changements climatiques est reconnue comme un champ où des gains appréciables sont possibles dans les prochaines années. Mais il faut y mettre les efforts.

Comme professeure, je m’applique à former des professionnelles et professionnels de la santé sensibilisés aux enjeux des changements climatiques et aux rôles qu’ils auront à jouer. Plusieurs acteurs de demain sont déjà sensibilisés. C’est un bon début.

Or, tout un chacun doit prendre conscience de ses responsabilités et des actions à poser. Nous devons aussi apprendre à travailler en partenariat.

De quoi traitez-vous dans la première édition du Climatoscope?

J’ai réuni plusieurs signataires – médecins, étudiantes et étudiants – pour aborder les principaux impacts des changements climatiques ici au Québec, avec l’Estrie en exemple. Nous décrivons dans l’article les conséquences de la crise climatique sur la santé.

Quels effets auront les vagues de chaleur? les inondations? les tiques ou l’herbe à poux?

Nous abordons également les impacts psychologiques et les inégalités sociales de santé liés aux changements climatiques.

D’un côté plus pratique, nous soulevons des pistes d’intervention pour le personnel du domaine de la santé, en adressant à tous et toutes une invitation.

Jouez un rôle actif par rapport à cet enjeu, dans votre pratique et dans le réseau de la santé lui-même.

Professionnels et professionnelles du réseau de la santé peuvent être des leviers pour faire bouger les choses.

Qu’est-ce qui vous motive le plus ou vous donne le plus d’espoir dans le contexte des changements climatiques?

Je constate que plusieurs personnes reconnaissent l’importance de lutter contre les changements climatiques et se mobilisent. Elles joignent leurs efforts, combinent leurs idées. Des individus changent déjà leurs comportements, avec le transport actif, les autos électriques ou la réduction de la viande. De plus en plus d’organisations et de décideurs se lancent aussi. Cette mobilisation des acteurs sociaux me donne beaucoup d’espoir, parce que les actions individuelles sont importantes, oui…

Mais il faut des changements dans les milieux, dans les politiques et dans la norme sociale pour encourager, privilégier et faciliter les actions et les choix écoresponsables.

Ce qui me motive, c’est que tout le monde peut être acteur de ce changement, et de plusieurs façons : comme individu, mais aussi comme travailleur ou travailleuse, comme citoyen ou citoyenne… Cette multiplicité est susceptible d’entraîner des actions individuelles autant que structurelles.

Le Climatoscope est une revue de vulgarisation scientifique multidisciplinaire portant sur les changements climatiques. Publiée annuellement, elle présente un portrait des plus récentes avancées scientifiques en la matière à un public averti, mais non expert. À lire pour développer votre réflexion sur les problèmes, les enjeux, les défis et les solutions pour faire face à cette réalité.

Entièrement disponible en ligne, Le Climatoscope a été fondé par une équipe de l’UdeS.