Environnement

4 questions à Alain Létourneau sur l'urgence climatique

Alain Létourneau, professeur titulaire au Département de philosophie et d'éthique appliquée.
Alain Létourneau, professeur titulaire au Département de philosophie et d'éthique appliquée.

Photo : Fournie

Le professeur Alain Létourneau contribue aux questions climatiques en tant que chercheur en sciences humaines. Il s’intéresse depuis plusieurs années à 2 enjeux importants en matière d’environnement d'un point de vue social : la communication et la gouvernance dans leurs aspects éthiques et politiques.

C’est surtout la structuration des interactions entre acteurs qui retient son attention sur le plan de la communication : comment s’organiser pour mieux prendre en charge ce type d’enjeu, lequel est complexe et difficile parce qu'il concerne plusieurs types d’acteurs et plusieurs questions? Sur le sujet de la gouvernance, ce sont, en particulier, les modalités de l’exercice de la prise de décision et du pouvoir dans nos sociétés l'intéressent. Pourquoi? Quand nous regardons les changements climatiques, c’est d’une gouvernance sans doute insuffisamment efficace que viennent, selon lui, les principaux problèmes.

Ayant mené des recherches sur la production de consensus et sur la gouvernance de l’eau par bassins versants et ayant aussi eu des engagements sur la question de l’eau au niveau local, je suis sensible à la question climatique, qui m’a vite rattrapé dans son actualité et son importance, et j’y consacre des recherches et des publications depuis une dizaine d’années.

Selon vous, quel est le plus gros enjeu dans votre domaine relativement à l’urgence climatique?

L’enjeu le plus difficile concerne l’établissement généralisé d’une prise en charge responsable devant cette urgence. Plusieurs changements importants sont requis et ils sont généralement bien connus. Mais le passage du savoir à l'action tarde à s’opérer. Dit autrement, nos processus habituels de prises de décisions depuis l’établissement des démocraties occidentales ne produisent pas les résultats qu’il faut espérer, si tant est que nous voulions relever les défis posés par cette urgence climatique.

Nous n’arrivons pas à des prises de décisions substantiellement suffisantes, tant du côté des décideurs politiques qu’en ce qui regarde les autres types d’acteurs, notamment organisés (comme les entreprises). Il suffit de prendre attentivement connaissance des résultats et des consensus scientifiques aujourd’hui pour se rendre compte du fait que les décisions ne suivent pas.

Comment réagissez-vous face aux changements climatiques, comme citoyen et comme chercheur?

Comme citoyen, je fais ce qui est en mon pouvoir : choix de la voiture électrique, alimentation avec moins de contenu carné, pratiques saines de traitement des eaux usées, etc. Il y a encore pas mal de progrès à faire!

Comme chercheur, je mène des recherches dans le domaine; je donne des cours et des séminaires; je publie et je fais des actions sur le terrain.

De quoi traitez-vous dans la première édition du Climatoscope?

J’ai eu l’opportunité de mener un projet de recherche-action subventionné, soutenu par le consortium Ouranos en climatologie, qui concerne l’adaptation aux changements climatiques dans et avec la MRC de Memphrémagog. Isabelle Thomas, professeure à L'université de Montréal, est ma cochercheuse.

J’ai ainsi la chance de contribuer au développement d’une meilleure conscience des acteurs de cette région, dans le but précisément de faciliter des prises de décisions.

Pourquoi? Non seulement faut-il transformer nos usages énergétiques et autres vers des pratiques radicalement sobres en carbone, mais il nous faut aussi prévoir les changements en cours, qui menacent déjà notre habitation des territoires et les bousculeront encore aussi, dans un avenir plus ou moins rapproché. Et, surtout, il faut nous y adapter.

Comme la recherche est en cours, je renvoie le public au texte publié dans la revue et aux suites qui viendront alors que le projet sera terminé.

Qu’est-ce qui vous motive le plus ou vous donne le plus d’espoir dans le contexte des changements climatiques?

La jeune génération est particulièrement sensibilisée à cette réalité, préoccupée par ces questions. Elle exerce une critique saine et vigilante, face à des acteurs en général trop pris par le quotidien des choses, dans leur logique usuelle – ce qu’on appelle en anglais le « business as usual ».

Les manifestations tenues un peu partout au Québec et ailleurs dans le monde à la fin de septembre 2019 nous l’ont rappelé! Ce mouvement d’opinion me donne de l’espoir.

Le Climatoscope est une revue de vulgarisation scientifique multidisciplinaire portant sur les changements climatiques. Publiée annuellement, elle présente un portrait des plus récentes avancées scientifiques en la matière à un public averti, mais non expert. À lire pour développer votre réflexion sur les problèmes, les enjeux, les défis et les solutions pour faire face à cette réalité.

Entièrement disponible en ligne, Le Climatoscope a été fondé par une équipe de l’UdeS.