Environnement

4 questions à Alexandre Cabral sur l’urgence climatique

Le professeur Alexandre Cabral
Le professeur Alexandre Cabral

Photo : Michel Caron - UdeS

Le professeur Alexandre Cabral est un ingénieur civil qui compte presque pour deux. En effet, ses intérêts de recherche sont doubles : ils couvrent l’environnement et la mécanique des sols.

Alexandre a enseigné dans ces deux domaines. Il a notamment donné le cours Développement durable pendant 17 ans! Des revues spécialisées, parfois en environnement, parfois en géotechnique – discipline incluant la mécanique des sols –, ont publié ses articles scientifiques.

Une partie importante de sa recherche traite des émissions résiduelles de gaz à effet de serre par les sites d’enfouissement.

Selon vous, quel est le plus gros enjeu dans votre domaine relativement à l’urgence climatique?

Un des plus gros enjeux est la gestion du méthane, et plus particulièrement celui produit par les sites d’enfouissement. Oui, les sites d’enfouissement émettent différents gaz à effet de serre.

Mais le méthane a un pouvoir de réchauffement 36 fois plus grand que celui du dioxyde de carbone.

Une bonne partie des gaz émis par les sites d’enfouissement est captée. Dans plusieurs cas, elle est aussi valorisée, c’est-à-dire qu’on arrive à l’utiliser pour générer de l’énergie.

Toutefois, à partir d’un certain moment, le système de valorisation n’est plus capable de traiter les quantités de méthane produites. Elles sont de plus en plus faibles… Et l’exploitant a le droit d’arrêter le captage. Tout méthane produit à partir de ce moment est donc relâché dans l’atmosphère.

C’est là que les technologies que je développe deviennent importantes.

Je construis des maisons confortables pour des bactéries friandes de méthane.

Ces bactéries, appelées « méthanotropes », se développent en « consommant » du méthane. Dans un milieu où l’oxygène est présent, elles transforment le méthane en dioxyde de carbone. Cette méthode de transformation se déroule sans intervention humaine et a besoin de très peu de maintenance : on dit qu’elle est passive. Et, parce qu’elle est efficace à long terme, elle est aussi durable.

Comment réagissez-vous face aux changements climatiques, comme chercheur?

Je suis un chercheur, oui, mais je ne dissocie pas le chercheur du citoyen. Je suis d’abord un éducateur, en classe ou auprès de mes étudiants de 2e et de 3e cycles.

Pour cette raison, j’explique les contextes d’application des technologies, mais aussi les contextes plus larges. Ma compréhension de ces contextes vient de mes lectures – scientifiques ou autres –, mais aussi de mon vécu.

Ces explications créent souvent des échanges d’expériences. Ce sont des moments très enrichissants.

De quoi traitez-vous dans la première édition du Climatoscope?

Je me penche sur le cas des étables à vaches! Comment traiter le méthane de ces étables, qui en produisent des quantités très grandes mais très diluées?

De façon générale, l’élevage émet de très grandes quantités de gaz à effet de serre. Des moyens de toutes sortes sont testés pour les réduire, mais peu reposent sur la biofiltration, soit mes « bébittes » mangeuses de méthane.

Les connaissances appropriées manquent encore pour appliquer cette option à la situation canadienne. Ou, plutôt, les connaissances manquaient encore, puisque je propose une solution dans un article scientifique… Et j’explique un peu cette solution dans le premier numéro du Climatoscope.

Qu’est-ce qui vous motive le plus ou vous donne le plus d’espoir dans le contexte des changements climatiques?

Ma motivation professionnelle est inscrite dans mon domaine de recherche.

Les ingénieurs veulent toujours trouver des solutions. Moi aussi.

Quant à l’espoir, il y a des moments où je suis sûr qu’on va s’en sortir; d’autres où c’est moins évident. Que des politiciens n’écoutent pas les scientifiques me trouble et diminue mon réservoir d’espoir.

Le Climatoscope est une revue de vulgarisation scientifique multidisciplinaire portant sur les changements climatiques. Publiée annuellement, elle présente un portrait des plus récentes avancées scientifiques en la matière à un public averti, mais non expert. À lire pour développer votre réflexion sur les problèmes, les enjeux, les défis et les solutions pour faire face à cette réalité.

Entièrement disponible en ligne, Le Climatoscope a été fondé par une équipe de l’UdeS..